Monsieur Zemmour, ambigu ou pas ?

POLITISCOPE. En faisant durer le suspense sur sa candidature, Eric Zemmour joue sur la même ambiguïté qu'Emmanuel Macron lorsqu'il a joué avec François Hollande sur ses intentions. Une partie des macronistes espèrent qu'un éparpillement des voix d'extrême-droite favorisera la réélection du président sortant. Le débat Mélenchon-Zemmour a pour effet de repolariser le spectre politique. Les deux débatteurs ont réussi à doubler, l'un sur sa droite, l'autre sur sa gauche, ce qu'il reste de LR et PS. Cette sortie du « en même temps » n'est pas forcément une bonne nouvelle pour Emmanuel Macron.

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(Crédits : ERIC GAILLARD)

Il y a quinze jours, quand Léa Salamé et Laurent Ruquier se sont affrontés à leur ancien collègue Éric Zemmour dans leur émission « On est en direct » sur France 2, une question est revenue tout au long de l'interview : « Etes vous candidat à l'élection présidentielle Éric Zemmour ? » Cette question devait ravir l'intéressé car elle lui permet depuis la rentrée de focaliser l'attention médiatique sur lui. C'est le propre d'un feuilleton d'entretenir son propre suspense. En faisant de cette question un enjeu de dévoilement, les interviewers tombent finalement dans le piège tendu par Éric Zemmour. En quelques jours, le futur candidat (et simple éditorialiste) a réussi à faire de sa personne un enjeu pour la prochaine présidentielle, en personnalisant son combat contre les règles du CSA, se posant, bien évidemment en victime. Au cours de ladite interview, Léa Salamé a pointé à plusieurs reprises « l'ambiguïté » d'Eric Zemmour quant à ses intentions prochaines.

En réalité, Zemmour emprunte toutes les méthodes employées cinq ans plus tôt par Emmanuel Macron, qui ne cessait de jouer, alors, avec une posture d'ambiguïté, notamment vis-à-vis de François Hollande et de Manuel Valls. Tout en assurant qu'il n'avait pas l'intention (pas encore) de se présenter à la présidentielle, il mettait tout en place pour susciter l'envie, et la mobilisation. Mouvement de jeunes (présenté comme spontané), supporters sur les réseaux sociaux, cartes postales médiatiques, tournée dans toute la France... L'idée était alors de s'adresser directement aux Français, en contournant le jeu politique traditionnel, et ses acteurs, notamment les journalistes. C'est avec cette méthode qu'Emmanuel Macron a conquis la victoire.

Les commentateurs l'ont oublié, mais à l'automne 2016, alors que l'élection présidentielle américaine faisait surgir Donald Trump dans l'Histoire, le candidat Macron salua sa victoire comme une preuve que tout était possible... À l'époque, le candidat que d'aucuns présentait comme « centriste », ou « libéral », n'avait aucune gêne à prendre comme référence un populiste comme Trump. De fait, la désintermédiation permise par les réseaux sociaux est le ferment même du populisme, lequel nie l'existence des corps intermédiaires et des contre-pouvoirs nécessaires à toute démocratie.

Populisme d'extrême droite d'un coté, comme populisme technocratique de l'autre, les deux souhaitent s'adresser directement au « peuple ». Bien sûr, ce n'est qu'une fois arrivé au pouvoir qu'on voit les limites de cette méthode. Macron comme Zemmour ont d'ailleurs comme point commun de s'affirmer « gaullo-bonapartiste ».

C'est justement pour cette raison que les commentateurs qui prédisent un éparpillement des voix d'extrême-droite feraient mieux de rester prudents. La plupart prédisent aujourd'hui un affaiblissement de Marine Le Pen, du fait de la candidature d'Éric Zemmour, qui ferait le jeu, in fine, d'Emmanuel Macron. Une partie des macronistes espèrent la même chose. On se souvient du déjeuner dévoilé par Le Monde entre Bruno Roger-Petit et Marion Maréchal Le Pen dans cette même logique du « diviser pour mieux régner ». Or, tous ces pronostics oublient un peu vite le niveau d'abstention majeure que la France a connu ces dernières années. Dans ce silence pourrait advenir de multiples surprises.

En attendant, Zemmour doit gérer une difficulté de taille, celle de pouvoir réellement emprunter le costume de président. Si Macron conserve un avantage conséquent, c'est que, malgré son jeune âge, « il fait président », pour reprendre les mots d'un de ses soutiens de 2017. Une différence également entre les deux stratégies : alors qu'Emmanuel Macron souhaitait, et souhaite toujours, rassembler centre-droit et centre-gauche, Éric Zemmour a l'ambition de fédérer toutes les droites (y compris les plus extrêmes), n'hésitant pas à reprendre le projet d'Édouard Drumont de lier une partie des classes populaires et classes bourgeoises dans le rejet de l'autre,  comme il l'a admis l'autre soir face à Léa Salamé et Laurent Ruquier.

C'est la raison pour laquelle le futur candidat Zemmour a accepté de débattre avec Jean-Luc Mélenchon, alors qu'en 2017, Emmanuel Macron avait toujours refusé de débattre avec Jean-Luc Mélenchon craignant d'apparaître à cette occasion aux yeux des électeurs de gauche... un candidat de droite. L'enjeu d'Éric Zemmour, comme celui du leader de la France Insoumise, est bien de re-polariser le spectre politique français entre droite et gauche. À ce jeu-là, les deux débatteurs de la semaine, qui ont d'ailleurs explosé les scores d'audience de BFM TV, ont bien réussi à doubler, l'un sur sa droite, l'autre sur sa gauche, ce qu'il reste de LR et PS, permettant au candidat président d'en récupérer les morceaux éventuels. À l'inverse, si les débats se polarisent de nouveau durablement entre droite et gauche dans les prochains mois, cette sortie de « l'ambiguïté », du « en même temps », n'est pas forcément une bonne nouvelle pour Emmanuel Macron.

Reste qu'en près de quarante ans, les idées portées par Éric Zemmour se sont imposées dans la bulle médiatique. Rappelons que dans les années 1980, le premier à avoir accepté de débattre avec Jean-Marie Le Pen, l'un des modèles aujourd'hui d'Éric Zemmour, n'était autre que Lionel Jospin, alors premier secrétaire du PS. C'était sur RTL, et c'était la fin du boycott des positions d'extrême-droite dans le champ médiatique. Depuis, on est passé à la stratégie du dévoilement des idées, et désormais, à la normalisation. Car ce qui compte désormais pour les journalistes, c'est de savoir avant tout si Eric Zemmour sera candidat, ou pas. Peu importe son discours dans l'ère du « tout se vaut » médiatique.


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Commentaires 13
à écrit le 26/09/2021 à 9:30
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et les autres parti politique qui n'ont toujours pas compris ce n'est pas en disant merci a bruxelles et a berlin c'est d'ecouter les francais tout ce que souhaite les francais est le pleine emploi et pas achetez tout ce qui vient de chine

le 26/09/2021 à 17:52
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Ça pique... On est mal barré.

à écrit le 26/09/2021 à 8:40
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c'est quoi ton programme Zemmour ???

le 27/09/2021 à 10:52
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C'est quoi le programme des autres ?

à écrit le 26/09/2021 à 8:39
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gaullo-bonapartiste. Le gaullo est clairement de trop, ils sont tous les deux aussi jetés l'un que l'autre, obnubilés par la place de la france dans le monde et la "force" de l'état quitte a ce que ce soit au détriment de la population. Faut se faire...

à écrit le 25/09/2021 à 15:24
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Je ne sais pas pourquoi, mais il me fait penser à Gargamel...il ne lui manque que le chat Azraël.

le 25/09/2021 à 19:00
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Reste à savoir qui sont les Schtroumpfs.

le 25/09/2021 à 22:59
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Tout maigre avec de grandes zooreilles avec l'aigreur qui l'accompagne qu'au premier coup de vent il s'affaisse.. Ça amuse la galerie... c'est quand même indicateur d'une sacré décadence qu'accordé le soupçon du début d'un commencement d'intérêt à u...

à écrit le 25/09/2021 à 12:12
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Concernant ce que dit Zemmour sur les fraudes aux prestations sociales, il a raison. Après vérification, source cour des comptes, la fraude est estimée entre 20 et 40 milliards d'euros par an (le 1/3 de l'IR). Elle concerne les minimas sociaux, le RS...

à écrit le 25/09/2021 à 10:09
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C'est un monsieur qui ne veut que rien ne change, niant tout ce qui a pu changé pour faire la France d'aujourd'hui!!

le 25/09/2021 à 15:52
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l'archipel français fait eau de tous bords , finira bien par couler même sans être torpiller !

le 25/09/2021 à 15:52
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l'archipel français fait eau de tous bords , finira bien par couler même sans être torpillé !

à écrit le 25/09/2021 à 10:04
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"Une partie des macronistes espèrent qu'un éparpillement des voix d'extrême-droite favorisera la réélection du président sortant" Ce qui est idiot les macronistes n'ont certainement pas intérêt à un éparpillement des voix d'extrême droite qui leur pe...

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