Monsieur Zemmour, ambigu ou pas ?
Marc Endeweld
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ERIC GAILLARD
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Il y a quinze jours, quand Léa Salamé et Laurent Ruquier se sont affrontés à leur ancien collègue Éric Zemmour dans leur émission « On est en direct » sur France 2, une question est revenue tout au long de l'interview : « Etes vous candidat à l'élection présidentielle Éric Zemmour ? » Cette question devait ravir l'intéressé car elle lui permet depuis la rentrée de focaliser l'attention médiatique sur lui. C'est le propre d'un feuilleton d'entretenir son propre suspense. En faisant de cette question un enjeu de dévoilement, les interviewers tombent finalement dans le piège tendu par Éric Zemmour. En quelques jours, le futur candidat (et simple éditorialiste) a réussi à faire de sa personne un enjeu pour la prochaine présidentielle, en personnalisant son combat contre les règles du CSA, se posant, bien évidemment en victime. Au cours de ladite interview, Léa Salamé a pointé à plusieurs reprises « l'ambiguïté » d'Eric Zemmour quant à ses intentions prochaines.
En réalité, Zemmour emprunte toutes les méthodes employées cinq ans plus tôt par Emmanuel Macron, qui ne cessait de jouer, alors, avec une posture d'ambiguïté, notamment vis-à-vis de François Hollande et de Manuel Valls. Tout en assurant qu'il n'avait pas l'intention (pas encore) de se présenter à la présidentielle, il mettait tout en place pour susciter l'envie, et la mobilisation. Mouvement de jeunes (présenté comme spontané), supporters sur les réseaux sociaux, cartes postales médiatiques, tournée dans toute la France... L'idée était alors de s'adresser directement aux Français, en contournant le jeu politique traditionnel, et ses acteurs, notamment les journalistes. C'est avec cette méthode qu'Emmanuel Macron a conquis la victoire.
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Les commentateurs l'ont oublié, mais à l'automne 2016, alors que l'élection présidentielle américaine faisait surgir Donald Trump dans l'Histoire, le candidat Macron salua sa victoire comme une preuve que tout était possible... À l'époque, le candidat que d'aucuns présentait comme « centriste », ou « libéral », n'avait aucune gêne à prendre comme référence un populiste comme Trump. De fait, la désintermédiation permise par les réseaux sociaux est le ferment même du populisme, lequel nie l'existence des corps intermédiaires et des contre-pouvoirs nécessaires à toute démocratie.
Marc Endeweld
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