Gilles Mitteau : "La pandémie remet sur le devant de la scène des sujets importants : la dette publique, la monnaie, le financement de la politique de relance, etc. Cela déconstruit les discours du type : « Il n'y pas d'alternative », « il n'y a pas...
GRAND ENTRETIEN. Ancien trader, Gilles Mitteau fait partie de cette génération de youtubeurs qui révolutionnent la vulgarisation des savoirs. Comptant prés de... 230.000 abonnés à sa chaîne "Heu?reka", il explique depuis 2015 avec pédagogie et humour le fonctionnement de l'économie et de la finance, en particulier leurs mécanismes les plus complexes et les plus austères. Riche d'une centaine de vidéos, celui qui se définit comme un post-kenésien en a condensé l'essentiel dans un ouvrage original d'introduction à l'économie : "Tout sur l'économie (ou presque)" (éd. Payot) (*).
GILLES MITTEAU - Je dois dire qu'il s'agit d'abord d'une commande de l'éditeur. Je ne l'aurais pas fait spontanément, étant plus à l'aise à l'oral. Mais j'avais tellement de vidéos que je pouvais extraire de quoi fournir les connaissances de base pour comprendre comment fonctionne l'économie. Ayant passé énormément de temps à lire des manuels dont les formulations sont souvent alambiquées, je voulais que le propos soit clair.
Vous prenez soin d'expliquer comment fonctionne la finance, notamment la création de la monnaie. L'une des critiques courantes à l'égard des marchés financiers est la déconnexion d'avec l'économie réelle. Qu'en pensez-vous ?
Évidemment, lorsque des États émettent des obligations et des entreprises des obligations ou des actions, c'est pour se financer et investir. Mais sur les marchés financiers, notamment sur le marché secondaire, les acteurs cherchent en priorité à acheter le produit financier qui va prendre de la valeur. Ils ne s'intéressent donc pas au projet qui va développer l'économie réelle mais plutôt au projet qui sera choisi par le plus grand nombre, et dont le prix sera orienté à la hausse. Cette recherche exclusive de la valeur devient une démarche auto-référentielle, qui d'ailleurs explique en partie la formation de bulles spéculatives. Car même si le produit n'a pas été vendu et une plus-value réalisée, la performance donne droit à une réelle rémunération pour le financier à qui vous avez confié votre épargne. C'est ce que l'on appelle le bonus dans les salles de marché.
Quelle pourrait être la solution à ce problème ?
Elle pourrait consister à fixer le prix d'un actif une seule fois par jour en fonction de l'offre et de la demande, ce qui réduirait considérablement le nombre de transactions et la construction d'une valeur fictive. C'est d'ailleurs un problème qui se pose aussi pour les banques, qui comptent sur ces gains potentiels pour afficher de meilleurs bilans. Si corréler leur rémunération avec une performance réelle est intéressant, la corréler avec une performance spéculative est très problématique.
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