Pandémie : la dangereuse spirale de l'emploi précaire

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Ils sont livreurs, coursiers, serveurs, caissiers, agents de nettoyage, plongeurs, intérimaires, auto-entrepreneurs... depuis le début de la pandémie, de nombreux travailleurs précaires subissent de plein fouet la pire récession économique depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Ils sont livreurs, coursiers, serveurs, caissiers, agents de nettoyage, plongeurs, intérimaires, auto-entrepreneurs... depuis le début de la pandémie, de nombreux travailleurs précaires subissent de plein fouet la pire récession économique depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. (Crédits : Reuters)
Près d'un salarié sur dix occupe un emploi durablement précaire, selon une récente étude du Centre d’études et de recherches sur les qualifications, le Cereq. Ces travailleurs de l'ombre ont souvent plusieurs employeurs, des horaires décalés et de faibles rémunérations. Avec la pandémie, leur situation préoccupante risque de s'aggraver.

Ils sont livreurs, coursiers, serveurs, caissiers, agents de nettoyage, plongeurs, intérimaires, auto-entrepreneurs... depuis le début de la pandémie, de nombreux travailleurs précaires subissent de plein fouet la pire récession économique depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. La persistance du virus, les vagues épidémiques et les mesures de restriction ont clairement bouché l'horizon professionnel de ces travailleurs de l'ombre.

Une protection sociale inefficace face au "travail éclaté"

Pourtant, ils représentent une part relativement importante de la population active. Selon un récent bulletin du Centre d'études et de recherches sur les qualifications (Cereq), près "d'un salarié sur 10 est en emploi éclaté durablement précaire". "Emploi éclaté", parce que ce sont des personnes qui souvent cumulent plusieurs emplois ou plusieurs employeurs ou connaissent des interruptions de contrats au cours de la même année.

Si les mesures de chômage partiel ont permis de préserver les revenus d'une grande partie de la population active, beaucoup de travailleurs en situation de sous-emploi risquent de passer à travers les mailles des filets de sécurité. En outre, ils servent souvent de variables d'ajustement pour les entreprises en cas de baisse de l'activité.

Les jeunes travailleurs en première ligne

Sans surprise, les travaux de recherche du laboratoire basé à Marseille montrent que les jeunes sont particulièrement concernés par cette situation professionnelle d'emploi éclaté. Ainsi, 35% des personnes qui occupent ce type de poste ont moins de 30 ans. Une bonne partie d'entre eux sont des étudiants qui exercent des jobs à temps partiel et à durée limitée pour financer leurs études. Pour ces derniers, la pandémie a contribué à accélérer les phénomènes de paupérisation. En effet, beaucoup ont perdu leur petit boulot du jour au lendemain sans vraiment de perspectives claires. La fermeture prolongée des bars et restaurants peut être mal vécue pour une grande partie de ces étudiants. L'autre partie des effectifs concerne ceux qui sortent de leur formation initiale et se retrouvent sur un marché du travail complètement déprimé. L'insertion professionnelle pour les jeunes fraîchement diplômés risque de se transformer en parcours du combattant.

> Lire aussi : Emploi : les obstacles se multiplient sur le parcours d'insertion des jeunes

La situation préoccupante des seniors

À l'autre bout du spectre, les plus de 50 ans sont également concernés par ces formes d'emploi éclaté. S'ils sont moins nombreux en proportion que les jeunes, ils y restent plus longtemps. Le chômage de longue durée supérieur à un an est particulièrement élevé dans cette catégorie de la population. Beaucoup de personnes de plus de 50 ans peinent à retrouver un emploi stable à ce stade s'ils perdent leur boulot et sont parfois obligés de postuler à des temps partiels ou des petits jobs pour arrondir leur fin de mois.

Les femmes surreprésentées dans l'emploi dévalorisé et sous-payé

Du côté des femmes, la situation est guère favorable. Elles seraient surreprésentées (54%) dans les emplois éclatés durablement précaires. Ce poids important des femmes peut s'expliquer par une forte féminisation des emplois peu reconnus économiquement et souvent sous-payés. Elles occupent plus souvent des emplois plus instables et moins rémunérés que leurs homologues masculins.

Corrélation entre "flexibilité" du travail et destruction des droits

La multiplication des employeurs et des petits boulots a des répercussions néfastes sur les droits des travailleurs. Selon les calculs des chercheurs, le volume d'heures travaillées à l'année en médiane est bien inférieur à celui de l'ensemble des salariés (2.841 heures contre 3.579 heures). Outre la flexibilité du travail et les horaires décalés, ces travailleurs cumulent souvent moins de droits au chômage, à la formation que les autres salariés en emploi stable alors qu'ils en auraient le plus besoin.

Ainsi, si deux tiers (65% pour l'ensemble des salariés) d'entre eux souhaitent se former dans les cinq prochaines années, 35% des répondants déclarent ne pas être informés des possibilités de formation et 41% affirment ne pas pouvoir faire de demande de formation, contre 27% pour le reste des salariés. Si l'accès à la formation a connu de nombreuses réformes durant les dernières années, elles "n'ont pas encore pleinement porté leurs fruits", affirment les chercheurs. Avec la pandémie actuelle, l'émiettement du travail risque encore de s'amplifier.

> Lire aussi : Le "big bang" de Pénicaud sur la réforme de la formation professionnelle

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Commentaires
a écrit le 09/02/2021 à 9:03 :
Il vaut mieux travailler au noir. De toute facon les retraites ne seront pas payees, elles le sont deja, ouvrez les yeux, on se fiche de vous.
a écrit le 08/02/2021 à 18:15 :
je discutais avec un petit entrepreneur francais
il me disait que quand il voit le niveau des gens qui arrivent, il va y avoir de quoi etre tres inquiet pour la france dans 10 ans; pas seulement pour le bac pour tous pour 478% de la population francaise ( derniere au pisa, dans un grand cadre de nivellement par le bas bien egalitariste)
c'est aussi vrai pour tous les metiers manuels ou les gens arrivent et ne savent rien faire donc ils cherchent un c qui va les embaucher a un bon salaire avec plein de droits acquis
donc ils finissent livreur a velo, ca ne demande aucune qualif, juste des mollets
la france recolte ce qu'elle a seme
et ce bon miserabilisme reenchante va se poursuivre comme il faut
a écrit le 08/02/2021 à 13:30 :
Je la connaissais pas cette boutique 180043036, 100 a 199 salariés selon societe.com, on en a combien des trucs comme ça? Créée en mai 1985, c'était fabius et delabarre au travail et emploi, enfin au travail, façon de parler. Joli parcours celui là aussi, ministre d'état a la ville c'est pas rien, aux réformes administratives aussi, ça en jete. 35 ans, il y en a qui ont du faire carriere. C'est sympa marseille, la mer et les alpilles a coté
Réponse de le 08/02/2021 à 13:49 :
En fait ça dépend plutôt de l'éducation nationale, c'était chevenement et crise de rire, a l'époque, et oui il y avait déjà un Ministre du Redéploiement industriel et du Commerce extérieur avec cresson Il y a 35 ans. Ca ne nous rajeunit pas. Rien que d'y penser je suis fatigué
a écrit le 08/02/2021 à 12:28 :
Ce n'est pas la pandémie !!! le petit jeu qui consiste a l'ubérisation n'a rien a voir avec le covid, mais des choix économiques par celui qui était le ministre de l'économie il y a quelques années, non?

Le même qui a les clefs aujourd'hui !!! Alors l'ultra libéralisme qui est la clef de voute des dirigeants protégés, (haut fonctionnaires) qui prêchent ce qu'ils ne font pas pour eux...

Il n'est pas difficile non plus de constater que l'objectif de l’Europe est ainsi, non?

Et comme l'économie française est inadaptée, que de plus tout les entrepreneurs se sont fait retourné pendant le covid, qui peut croire un seul instant que ce serait la question du covid.

C'est juste un choix économique fait par ceux qui ne l'assume pas et qui s'en protègent !!! (les clones d'écoles).

Alors constater qu'aujourd'hui ces jobs (et la pub d'amazon actuellement) permet de comprendre l'objectif qui n'est pas assumé, et dont encore une fois, ceux qui l'on prôné tente de constater les dégâts !

Finalement, la gestion du covid est a l'image, responsable mais pas coupable.

Et difficile a présent avec la techno, de se sortir des actes produits !

Le pire libéarlisme est celui de l'élite économique française, depuis le début de la révolution industrielle! les anglais aussi, mais la différence est que sans doute ils assument !

Ici, on tente d'expliquer que ce serait les autres (entreprises étrangères) qui l'oblige, comme les migrants, la même rhétorique, mais dans les faits les choix se doivent d'être assumé.

Si il y a bien une chose que les zélites ne savent faire, c'est d'assumer !

Alors après on chauffe l'extrême et l'on adapte le discours pour laisser croire que la précarité serait la faute des autres.....

Et avec 480 000 chômeurs passant au RSA a la fin du mois, disons qu'il va être difficile a la macronie ubérisé de plaider l'innocence !

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