Le chiffre d'affaires des auto-entrepreneurs en chute libre, la précarité menace

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(Crédits : Reuters)
Le chiffre d'affaires des micro-entreprises à la fin du mois de juin 2020 a plongé de près de 20% en glissement annuel. Plusieurs fédérations d'auto-entrepreneurs et d'indépendants alertent sur les risques de précarisation exacerbés par les vagues d'épidémie à répétition.

La crise fait des ravages dans les rangs des micro-entreprises. Selon le bilan de la caisse nationale des Urssaf dévoilé ce vendredi 29 janvier, le chiffre d'affaires des auto-entrepreneurs a chuté lourdement de 19% à la fin du second trimestre 2020. Sur près de deux millions d'indépendants enregistrés sous ce statut, seuls 846.000 ont déclaré un chiffre d'affaires positif avec un recul de l'ordre de 8% sur un an. Ces travailleurs ont ainsi déclaré 3.792 euros de revenus contre 4.303 euros auparavant entre avril et juin. En outre, le nombre d'auto-entrepreneurs économiquement actifs baisse dans toutes les régions françaises.

Avec la pandémie, beaucoup de travailleurs ont adopté ce statut pour exercer leur activité dans des conditions parfois rudes. Si les Français n'ont jamais crée autant d'entreprises, ce record masque aussi un plus grand risque de paupérisation d'une partie de la population active dépourvue de filets de sécurité.

Aucun secteur n'est épargné

Le bilan de l'Accoss est particulièrement angoissant. En effet, les données montrent l'ampleur des dégâts accélérés par la propagation du virus sur l'ensemble du territoire et la mise sous cloche de l'économie tricolore lors du printemps 2020. Ainsi, quasiment tous les secteurs ont enregistré une perte de chiffre d'affaires. Les domaines de la culture, des arts et spectacles ont été frappés de plein fouet (-35,7%). Viennent ensuite le commerce de détail sur les marchés (-32,3%), les activités sportives (-26,2%) ou encore l'hébergement restauration (-20,5%). Les secteurs des transports et de l'entreposage ont également subi des pertes colossales (-25,4%).

Derrière cet effondrement quasi généralisé, certains secteurs ont tiré leur épingle du jeu. Sans surprise, les activités de poste et de courrier (+21%), les secteurs du nettoyage (+21%), de l'informatique et de l'information-communication (+7%) ont été les gagnants de cette crise immense.

Une généralisation du statut

Ils sont coiffeurs, livreurs, maçons, bouchers, graphistes, comptables... tous les secteurs de l'économie française font désormais appel à ce type de prestation. La libéralisation du statut d'auto-entrepreneur mise en oeuvre sous la présidence de Nicolas Sarkozy a contribué à accélérer le mouvement de "plateformisation" de l'économie française. Le doublement du plafond de chiffre d'affaires autorisé depuis 2018 a également contribué à renforcer le nombre de créations de micro-entreprises. "Les activités liées de façon générale à l'ubérisation de l'économie ont été boostées et amplifiées par la crise sanitaire. Il s'agit de la vente à distance, les activités de livraison à domicile, comme Uber Eats, Deliveroo. A chaque fois ce sont des créations de micro-entreprises qui viennent alimenter cette dynamique. Les enseignes de distribution ont fait appel à des micro-entrepreneurs pour assurer leur livraison. C'est cette dynamique du e-commerce et des livraisons qui est à l'origine du boom des immatriculations en 2020" expliquait l'économiste de Xerfi Laurent Freulat lors d'un récent point presse organisé par l'ordre national des greffiers des tribunaux de commerce.

Un risque de précarité accru

Depuis maintenant plusieurs semaines, les organisations d'auto-entrepreneurs et d'indépendants tirent la sonnette d'alarme sur les risques de paupérisation. Si certains ont pu bénéficier du fonds de solidarité mis en oeuvre par le gouvernement, beaucoup passent entre les mailles des filets de sécurité. Faute de cotisations, beaucoup de micro-entrepreneurs ne sont pas couverts par un système de protection sociale. Dans un récent communiqué, l'Union des auto-entrepreneurs et des travailleurs indépendants a indiqué que la reprise d'activité des auto-entrepreneurs "est aujourd'hui insuffisante pour assurer leur pérennité. Cette population de nouveaux travailleurs est en risque de précarisation".

"Si l'on n'y prend pas garde, plusieurs centaines de milliers d'auto-entrepreneurs seront dès demain des chômeurs supplémentaires, qui plus est non indemnisés sauf par les minimas sociaux. Une situation tragique qui mérite un regard urgent des pouvoirs publics et la mise en œuvre du «quoi qu'il en coûte» pour eux aussi."

Lire aussi : « Le contexte du Covid a décomplexé les entrepreneurs », François-Xavier Combe (Easyblue)

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Commentaires
a écrit le 30/01/2021 à 9:20 :
Le terme "précarisation exacerbée" convient parfaitement étant donné que déjà le statut d'auto entrepreneur, intéressant en soi, fut une précarisation, conséquence directe du dumping social européen via le travail détaché, travail déjà massacré par le dumping social chinois. Ça commence à faire beaucoup tout ça.
a écrit le 29/01/2021 à 22:13 :
On ne doit pas dire auto-entrepreneur mais on doit dire vélo entrepreneur!
a écrit le 29/01/2021 à 20:18 :
La France moderne et un pays crypto-communiste ou "L'Etat" deteste l'entreprise prive - sauf cela du nomenklatura (le CAC 40) - et fait tout pour le supprimer. Oui, seulement un "entrepreneur" independant completement idiot voudrait faire recuter des employes dans ce pays. Protection Sociale = Raquet de Protection. L'autoentrepreneur n'existe que parce que j'ai ecrit a M. Chirac pour lui informer qu'en Angleterre et en Allemagne il n'y a pas aucunes formalites quelque ce soit pour se travailler pour soi-meme. Aucunes. On travaille, declare les revenus sur votre declaration des revenus et quand on franche la fracnshise TVA, on immatricule pour TVA. C'est tout. Et on peut deduire ses depenses professionelles des revenus bien sur. Et on ne paye pas 24% des le premier euro de chiffre d'affaires, pour ne parler de 24% des le premier euro de benefice, pour une service. Et ce pays se demande pourquoi il s'appauvrit? Car il etouffe la population, leur initative, leur liberte d'etre pernseurs et acteurs independants - c.a.d, c'est un pays communiste.
a écrit le 29/01/2021 à 18:34 :
he oui!
la realite arrive!
plus personne n'est assez idiot pour crer des boites avec salaries, donc plus de droit du travail qui protege desormais les cgtistes et leurs amis!
( et si seulement 15% des gens reprennent les boites des parents, c'est que certains francais -84% des fils d'entrepreneurs- ont compris ou ca allait)
les autres decouvrent qu'au lieu d'avoir un patron qui les exploite, mais avec une paye reguliere, et un risque finalement pas trop eleve d'etre vire ( sauf si ca derouille vraiment), ils ont des clients qui coupent net quand ca ne va plus
la gauche a bien negocie pour ses ultra neos paleos privilegies nantis, et va hurler a la precarite ( alors qu'au passage Attali en parlait deja il y a 10 ans! dans son bouquin sur marx)
le stade suivant sera de financer tout ent n'importe quoi et n'importe qui, ' finance par personne'
et le stade suivant du stade suivant sera que tout le monde va vraiment deposer le gant, et la ca sera la guerre
bon, il reste 20 ans ( dont 10 finances par personne par la bce)
a écrit le 29/01/2021 à 17:55 :
pas grave, les milliardaires ont augmenté leur patrimoine de 15% en 2020 , hihi, quelle rigolade, le président des riches fait un super boulot!!!!

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