Philippot au Front national, c'est fini

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Les opposants de la ligne anti-européenne de Florian Philippot sont finalement parvenus à avoir sa tête.
Les opposants de la ligne anti-européenne de Florian Philippot sont finalement parvenus à avoir sa tête. (Crédits : Jacky Naegelen)
Accusé d'entretenir des velléités d'indépendance, Florian Philippot s'était vu retirer mercredi l'élaboration de la stratégie et de la communication du Front national.

Le divorce est consommé. Après des années passées à conseiller Marine Le Pen au FN, Florian Philippot fait ses adieux au parti d'extrême-droite. Le vice-président du Front national, en désaccord avec la présidente du parti, a annoncé jeudi matin qu'il quittait le Front National.

"Je n'ai pas le goût du ridicule. Bien sûr, je quitte le Front national", a déclaré Florian Philippot à la chaîne de télévision France 2 en disant contester la réorganisation du parti d'extrême droite.

"J'ai vu semaine après semaine que cette refondation se passait mal", a déclaré le vice-président. Déjà contesté au sein du FN en raison de sa ligne politique, Florian Philippot a exaspéré une partie de sa direction en fondant sa propre association au mois de mai, sans attendre la fin de la campagne des législatives. Lui présente "Les Patriotes" comme un "laboratoire d'idées" destiné à alimenter la réflexion frontiste dans le cadre de la "refondation" du parti engagée après le second tour de l'élection présidentielle.

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La veille, Marine Le Pen avait demandé à Florian Philippot de trancher "rapidement" le conflit d'intérêts qu'il a créé selon elle avec son association "Les Patriotes", faute de quoi elle "choisirait" pour lui.

Partisan de la dédiabolisation

Conseiller occulte de Marine Le Pen à partir de 2009 et vice-président depuis 2012, l'énarque est un partisan de la "dédiabolisation" du parti et d'une ligne davantage portée sur un souverainisme anti-Union européenne que sur le discours anti-immigration et identitaire. Accusé d'entretenir des velléités d'indépendance, Florian Philippot s'était vu retirer mercredi l'élaboration de la stratégie et de la communication du Front national.

Interrogé quelques jours avant ce départ, Jérôme Fourquet, de l'Ifop avait souligné "l'apport qualitatif [plutôt] que quantitatif de Florian Philippot".

"C'est une machine intellectuelle qui a amené des jeunes cadres qui alimentent le parti en argumentaires. [...] Or on a vu entre les deux tours [de la présidentielle] que le FN et Marine Le Pen elle-même sont cruellement en manque de ce type de ressources."

"Bonne nouvelle"

Dans la foulée, l'eurodéputée Sophie Montel, l'une des rares fidèles de Florian Philippot parmi les hauts cadres frontistes, a annoncé sur Twitter qu'elle démissionnait également du FN. Malgré son "histoire" avec le parti, le départ du vice-président du FN a reçu un accueil froid au sein de sa désormais ex-formation politique.

Robert Ménard, maire de Béziers et allié au FN, a parlé de "bonne nouvelle", tandis que Nicolas Bay, le secrétaire général du Front national, a dit "regretter" cette décision, tout en estimant que Florian Philippot avait "refusé le débat".

"Je l'ai souhaité, demandé, dit et redit depuis deux ans. Il incarne une ligne politique néfaste pour le courant de pensée que nous représentons, dont je me sens proche", a déclaré Robert Ménard à la chaîne de télévision CNews.

"Même à l'intérieur du FN, il ne représente pas grand-chose. Et quant à l'extérieur, il ne représente rien, ce sont des gens qui n'ont jamais été élus sur leur propre nom où que ce soit", a-t-il ajouté en conseillant à la présidente du FN de tirer toutes les conclusions de ce départ. "J'espère que Marine va aller jusqu'au bout de la logique."

"Il faut en finir avec la position anti-européenne et un mélenchonisme de droite", a-t-il ajouté.

(avec Reuters)

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a écrit le 21/09/2017 à 18:17 :
Le FN avec le départ de Philippot vient perdre sa caution de gauche (loi travail ,mariage pour tous, retraite etc..) ,ce qui lui a permis de rafler des voix ouvrières dans le nord. Il lui restera le sud et les vieux friqués.La mère Le Pen ne va pas tarder à proposer la retraite à 65 ans comme son père l'avait fait dans les années 80.
a écrit le 21/09/2017 à 17:57 :
Marion s'est effacée. Elle a raison. Elle est la seule intelligente du F.N
a écrit le 21/09/2017 à 17:20 :
En dehors de ses positions sur l'UE et l'€, peu compatibles avec l'accès au pouvoir, Philippot était l'un des seuls au FN intellectuellement capables d'argumenter et de débattre tout en évitant les traditionnels dérapages de ce parti.
a écrit le 21/09/2017 à 16:09 :
Dans le fond le FN est un parti épuisé idéologiquement, qui a pris une position mortifère en se réclamant de la sortie de l'Euro contre l'avis d'une grande majorité des français. La détresse idéologique du FN a connu son point d'orgue dans le débat du deuxième tour de l'élection présidentielle lorsque Marine Le Pen a explosé en plein vol face à Emmanuel Macron. La déflagration "Macron" a également touché le PS, qui est en état de mort clinique et devra très probablement changer de nom. Philippot fait comme d'autres cadres de l'appareil politique agonisant : il tente de construire un nouveau parti d'opposition sur les décombres.
a écrit le 21/09/2017 à 13:46 :
Qu'est qu’un énarque est allé faire dans un parti extrême, idéologiquement et historiquement douteux ?
On peut se prévaloir de la Nation, mais on ne peut en même temps s’assoir sur les idéaux universels de liberté, d’égalité et de fraternité, et sur les fondements de la démocratie.
Or ce parti ressemble à un fourre-tout idéologique qui confond souvent Nation et Nationalisme et où sévissent également des adeptes qui prônent la discrimination, le racisme et en essayent d’exacerber la haine et la violence pour aboutir au pire. Au moment ou le conflit d’idées ou d’intérêts dérive, amenant les extrémistes les plus fous ou les plus bêtes à passer aux actes, il faut se demander « à qui profite le crime » et qui est responsable des agitateurs fanatisés ?
Vu la concordance des événements, on pourrait même se demander si le climat actuel, qui gangrène une partie de l’Europe, n’est pas organisé ou du moins concerté.

M. Philippot ne fut pas le seul à « monter à bord de cette galère » et on a même vu des membres d’obédiences habituellement réfractaires aux thèses fascisantes y adhérer. Comme quoi l’appât du gain et du pouvoir peuvent conduire à toutes les dérives et à de l’amnésie historique.

La passivité ambiante, sinon la complaisance envers thèses les plus dangereuses, auxquelles s’ajoutent de graves entorse aux libertés ainsi que l’affaiblissement des contre pouvoirs, sont très préoccupants et nécessiterait des prises de position plus courageuses de la part de tous les adeptes de la République et de la Démocratie. En espérant que les deux ne deviennent pas antinomiques.
a écrit le 21/09/2017 à 10:07 :
Au moins "Les Patriotes" vont pouvoir se rapprocher de l'UPR!
a écrit le 21/09/2017 à 9:41 :
Je pense que c'est Marine qui aurait dû prendre acte de sa défaite, et démissionner ! Cela dit, la position de Philippot me semble plus cohérente, car la souveraineté passe bien entendu par la gouvernance de sa propre monnaie. Si le FN décide que sa seule ligne politique c'est l'immigration, il a perdu d'avance :-)
Réponse de le 21/09/2017 à 12:50 :
Entièrement en accord avec M. Philippot, écoutez la cronique de campagne de M. Soral est vous aurez tout compris, sur le soi-disant Bay et Alliot ainsi que l'Avocat!!!!!!
Réponse de le 21/09/2017 à 18:24 :
Je pense surtout que Marine LePen aurait du prendre acte de son erreur de l'entre deux tours de la presidentielle. C'est à ce moment qu'elle a commencé se détacher de la gouvernance d'une monnaie nationale avec un embroglio de deux monnaies (même si cela peut être totalement comprehensible). Elle y a perdu beaucoup de voie. Et une ligne politique fixée sur l'imigration n'est pas une ligne politique de gouvernement., je suis d'accord. Le FN n'a plus de projet et de vision.

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