Pourquoi la mobilité des salariés intéresse-t-elle si peu les entreprises ?

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53% des entreprises estiment que le télétravail constitue un outil intéressant pour limiter les déplacements domicile-travail, devant l'amélioration de l'offre de transports (47%). Ce serait même la solution à mettre en oeuvre en priorité pour 34% des sociétés sondées.
53% des entreprises estiment que le télétravail constitue un outil intéressant pour limiter les déplacements domicile-travail, devant l'amélioration de l'offre de transports (47%). Ce serait même la solution à mettre en oeuvre en priorité pour 34% des sociétés sondées. (Crédits : © Regis Duvignau / Reuters)
Selon une étude du Forum Vies Mobiles, les déplacements et leurs conséquences sur la vie personnelle des salariés ne sont pas une priorité des responsables des ressources humaines.

La mobilité des salariés n'intéresse pas beaucoup les entreprises. C'est en tout cas ce qui ressort de la dernière étude du Forum Vies Mobiles, think tank de la mobilité soutenu par la SNCF. D'après cette enquête réalisée par l'Institut d'Administration des Entreprises, une entreprise sur deux admettrait ne pas intégrer les risques de burn-out ou de problèmes familiaux liés aux déplacements répétés ou de longue durée de leurs employés dans leur politique de gestion des déplacements.

Pourtant, le temps passé à se déplacer pour travailler n'est pas négligeable, d'après cette étude. Dans le détail, les déplacements liés au travail sont ceux qui prennent le plus de temps au quotidien: avec une moyenne nationale de 50 minutes, et de 1h08 en Ile-de-France. Près de la moitié des personnes passant plus de 35 minutes sur le trajet de leur travail estimerait ainsi qu'il est "très important" de réduire le temps de transport.

Au-delà de ce constat général, l'étude évoque des situations particulières non identifiées par les entreprises. Une personne sur deux serait ainsi susceptible de connaître une situation de "grande mobilité" au cours de sa carrière, c'est-à-dire, passer au moins deux heures par jour pour se déplacer ou 60 nuits par an hors du domicile principal. Des situations qui peuvent entraîner des risques tels qu'un burn-out pour le salarié ou des problèmes familiaux, mais pour l'heure non pris en compte par la moitié des entreprises sondées.

Si les responsables des ressources humaines n'avaient pas encore pris en compte de tels risques, ils ne se montrent cependant pas réfractaires à y remédier. Ainsi, 70% des entreprises déclarant ne pas encore se préoccuper de tels problèmes se disent prêtes à intégrer ces éléments dans leur gestion des déplacements. Et 63% se disent prêtes à mettre en place des check-up réguliers afin de repérer les difficultés rencontrées par les salariés.

Quel impact environnemental ?

Par ailleurs, le forum rappelle que les déplacements domicile-travail et les déplacements professionnels représentent, selon l'Ademe, 50% des émissions de CO2 des entreprises. De plus, le travail serait le premier motif de déplacement (21% des déplacements totaux, suivis par les achats). Or 72% de ces déplacements sont effectués au moyen d'une voiture occupée individuellement.

Cela dit, seules 24% des entreprises disent avoir mis en place un plan de déplacement d'entreprise (PDE) pour leurs salariés. Ce dispositif, défini par la loi sur la transition énergétique, vise à optimiser les déplacements liés aux activités professionnelles. Cela passe par des offres d'auto-partage et de covoiturage, mais aussi par le fait d'encourager à utiliser les transports en commun, le vélo, ou encore par l'aménagement des horaires de travail.

Mais lorsqu'elles mettent en place une politique de gestion des déplacements des salariés, les entreprises attendent avant tout des retombées économiques, bien avant l'amélioration de leur situation environnementale, précise l'étude. Ainsi pour la majorité des entreprises (78%), c'est l'amélioration de la productivité des salariés qui prime sur la réduction de l'impact carbone.

Des solutions

Pourtant, on ne peut pas dire que les solutions manquent. D'ailleurs, 53% des entreprises estiment que le télétravail constitue un outil intéressant pour limiter les déplacements domicile-travail, devant l'amélioration de l'offre de transports (47%). Ce serait même la solution à mettre en oeuvre en priorité pour 34% des sociétés sondées.

Notons à cet égard que la Mairie de Paris a récemment mis en place une politique en faveur du télétravail pour ses agents. Avec l'objectif d'inciter 1.500 agents de la ville à s'y mettre à l'horizon 2020. D'ailleurs, selon une récente étude du cabinet Randstad, spécialisé dans les ressources humaines, deux salariés sur trois seraient favorables au télétravail. Une appétence peu suffisamment encouragée pour les entreprises, qui peut s'expliquer par la "crainte" des employeurs de perdre le "contrôle sur l'activité" de leurs salariés, mais également par les contraintes technologiques et juridiques que cela suppose (amplitude horaire, droit à la déconnexion, etc.)

L'étude précise ainsi que les outils numériques, notamment lorsqu'ils sont associés à la pratique du télétravail arrivent en tête des solutions pour gérer les déplacements des salariés dans le futur, devant, par exemple, le développement d'offres de transports plus performantes. Mais d'après les auteurs de l'enquête, ces solutions technologiques rencontrent de nombreuses limites à leur déploiement et ne pourront pas se généraliser à moyen terme, permettant une substitution, voire une diminution radicale des déplacements des salariés.

Il reste donc encore du chemin pour replacer la mobilité au cœur du débat national, comme c'est le souhait de la Fédération nationale des associations d'usagers des transports (FNAUT), la Fédération nationale des transports de voyageurs (FNTV), le GART, Régions de France, Transport Développement Intermodalité Environnement (TDIE) et de l'Union des Transports Publics et ferroviaires (UTP),qui ont, pour cela, lancé les états généraux de la mobilité durable. Avec des débats organisés dans plusieurs villes jusqu'à la fin de l'année. les prochains auront lieu à Bordeaux le 12 décembre et à Strasbourg le 22, avant une présentation nationale programmée pour mars 2017 à Paris.

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Commentaires
a écrit le 07/12/2016 à 11:16 :
TOUS SINPLEMENT PARCEQUE L USINE ET UN LIEU DE L EXPLOITATION DE L HOMME PAR L HOMME/VIVRE AVEC DES PETIT SALAIRES COMME LE SMIC ET SUBIR DES TRANPORST INSUPORTABLE DU LIEU D HABITATION JUSQU AU LIEU DE TRAVAIL ET UN TRES GRAND TRESS.VOYEZ LE NONBRE DE DEMISSION C EST DERNIER TEMPT CRACE AU DEMISIONS NEGOSIER MALGRES LA CRISE??? ///LA RACINE DE TOUS LES MAUX L EGOISME///GANDHI///
a écrit le 06/12/2016 à 11:02 :
L'UE a mis a la mode, le travailleur détaché, ce n'est pas pour rien!
a écrit le 06/12/2016 à 10:34 :
C est sur qu avec plus de 3 millions de chomeurs, les entreprises francaises n ont que l embarras du choix pour leur personnel. donc pourquoi se preoccuper si l employe met 2 h pour venir le matin ? et s il est pas content il peut prendre la porte mais il ne le fera pas (cf les 3 millions de chomeurs). Au pire on trouvera facilement un remplacant.
De toute facon le probleme est plus vaste: si on a une politique du logement cher, on favorise la rente immobiliere et penalise le travail -> la personne qui travaille doit habiter loin et perdre des heures tous les jours car pas les moyens d habiter pres. Mais il faut voir le bon cote des choses: le retraite baby boomer lui est content de sa plus value potentielle et va voter pour cleui qui lui promet de faire encore plus payer les jeunes
a écrit le 06/12/2016 à 9:57 :
De ce que je peux voir dans la vraie vie, c’est que la France qui travaille doit subir :
Un carburant de plus en plus écolotaxé
Des temps de trajets rallongés par des aménagements autophobes
Des taxes parking pour les travailleurs
Des politiques démentes comme à Paris
Des leçons de morale environnementalistes
Des employeurs qui s’en moquent et réorganisent comme il leur plait
Une Société qui incite à la mobilité (soyez mobile, changez de métier, travaillez à deux etc.)
La voiture, que l’on critique pour en tirer encore plus d’argent : qui la remplacerait dans le budget ?
Des soi-disant alternatives grotesques : remplacer 1 h de voiture par N heures à vélo par tout temps, jusqu’à 65 ans ? Et toujours les transports en commun subventionnés, présentés comme solution : et les usagers de la route qui représente 75 % des déplacements avec une souplesse incomparable ?
Et aucun moyen de s’en sortir, déjà bien contents d’avoir un emploi et un logement compatible avec les besoins de la famille.
Le jour où la corde va casser, je prévois « du sport ».
J’ai vraiment l’impression d’une politico-technocratie de plus en plus disjonctée du monde réel.
a écrit le 05/12/2016 à 18:58 :
Excellent sujet et bon article merci.

" avec une moyenne nationale de 50 minutes, et de 1h08 en Ile-de-France. "

Car oui nous sommes tous concernés, on pourrait croire que cela ne concerne que les citadins à causes des bouchons mais non, à la campagne on fait de plus en plus de kilomètres pour aller travailler, et cette moyenne nationale semble particulièrement bien étudiée.

ET fillon va nous ajouter encore des heures de boulot, avec 5 millions de chômeurs, au secours.
a écrit le 05/12/2016 à 18:20 :
"mais d'après les auteurs....nombreuses limites " dans quelques années ces limites n'existeront plus lorsque les dirigeants d'entreprises et même des administrations publiques auront intégré les économies réalisables : économies d'énergies , surfaces des bureaux , loyers , pollution, stress et fatigue , maladies cardiaques et pulmonaires , qualité de vie ...et j'en oublie .
Imaginons le salarié qui réside aux environs de Nemours et travaille à Paris: voiture+train = gare de Lyon +bus ou métro = La Défense 7 heures devant un écran pour faire ce qui serait possible de chez lui et retour !!!! 5 jours par semaine alors qu'une seule
journée au bureau suffirait !!!
a écrit le 05/12/2016 à 18:14 :
Ce que vivent ou ressentent les salariés ne sont pas du tout un sujet tant coté employeurs que coté syndicats...
Et l'engouement actuel pour le télétravail n'est abordé que pour des raisons d'économies de m², d'electricité et de chauffage... se heurtant à l'opposition des syndicats qui craignent un surcroit d'individualisation des salariés

les outils d'aujourd'hui permettent un flicage sans limite des salariés, où qu'ils soient.

J'admets que travaillant à distance, ne plus mettre les pieds au bureau est un grand luxe, mais aussi un isolement total....
a écrit le 05/12/2016 à 16:52 :
"le développement d'offres de transports plus performantes"
Ceci sera inefficace. Si on étudie l'histoire des villes (depuis le moyen age), on voit que chaque évolution technologique ne sert à diminuer le temps de trajet domicile-travail, mais à étendre la ville.
Ayez par exemple en tête les villes peu étendues au moyen age, new york qui est une ville plutôt ramassé dans sa structure; avec les mêmes problèmes de circulation que les villes européennes; les villes + étendues en allant vers l'ouest des états unis; qui datent d’après l'invention de l'automobile et des chemins de fer.
Ayez également à l'esprit ceux qui travaillent en région parisienne et habitent à des centaines de km et viennent par TGV :
Les évolutions des transports servent à étendre la ville, pas à raccourcir les trajets.
Réponse de le 05/12/2016 à 18:24 :
Elle y voit plutôt clair la Taupe :) Il faudrait déjà commencer par recruter "local", comme on devrait acheter sa viande :)
a écrit le 05/12/2016 à 16:47 :
Test pour voir si inscription nécessaire.

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