Spécialiste de la communication d'influence, à la tête d'un cabinet de conseil, experte de l'analyse de l'opinion, Véronique Reille-Soulte scrute les réseaux sociaux. Pour elle, cette campagne présidentielle est très singulière. Voici pourquoi.
LA TRIBUNE - Que vous apprend l'analyse des réseaux sociaux sur l'intérêt que portent les Français à cette campagne présidentielle ?
VÉRONIQUE REILLE-SOULTE -
Rarement, nous avons vu si peu d'intérêt de la part des Français pour une élection présidentielle. Le sujet s'est longtemps effacé derrière la guerre en Ukraine, le Covid, la question du pouvoir d'achat, etc. Les citoyens étaient pris par d'autres préoccupations. Même aujourd'hui, à quelques jours du scrutin, l'intérêt n'est pas aussi manifeste que lors des précédentes présidentielles.
Est-ce dû au président sortant qui est candidat à sa réélection alors qu'on voit un effet "drapeau" se dessiner ? Les internautes se disent sans doute : "à quoi bon, puisque les jeux sont faits". Même si, bien entendu, ce n'est pas le cas. On constate surtout - et c'est très marqué sur les réseaux sociaux - qu'il n'y a pas d'engagement autour d'Emmanuel Macron - qui est pourtant désigné comme le favori - alors qu'en 2017, il avait bénéficié d'une forte phase de curiosité. En général, cette séquence est suivie par une phase d'intérêt, de notoriété. Puis par une phase d'engagement, d'adhésion - on partage, on commente, on like, on reprend les propos.
Emmanuel Macron n'est pas le seul à enregistrer peu d'intérêt. Pendant longtemps, ça a été le cas pour Marine Le Pen. Elle n'était pas très présente sur les réseaux. Il faut dire qu'elle n'a pas une équipe digitale très dynamique.
Quant à l'engagement, c'est pareil, outre sa base de sympathisants, Emmanuel Macron n'a pas suscité une forte adhésion. En revanche, on note beaucoup de rejet à l'égard du président qui a du mal à effacer son image d'arrogance, de président des riches, etc.
Quels sont les candidats qui ont suscité le plus d'intérêt et d'engagement ?
Eric Zemmour suscite, dès le début, de la curiosité, mais aussi de l'engagement. Il a une grosse communauté, qui se mobilise pour lui. Il a animé cette campagne, même si ces derniers jours, c'est un peu moins vrai. L'autre candidat qui gagne petit à petit de l'engagement, c'est Jean-Luc Mélenchon. Il attire - les jeunes notamment - et mobilise avec l'idée qu'il porte le vote "utile". Pour lui, sur les réseaux, les militants ou sympathisants "mouillent le maillot", partagent, le défendent, montent au créneau, diffusent ses idées.
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