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ÉconomieFrance

Prévisions de croissance : Bercy fait profil bas

Photo de Fabien Piliu

Fabien Piliu

Publié le 21 avril 2015 à 12:49 - Mis à jour le 21 avril 2015 à 12:49

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Lors de la présentation du Pacte de stabilité, le gouvernement a témoigné d'une grande prudence. Il rompt ainsi avec certaines habitudes prises depuis le début du quinquennat.

Michel Sapin est un ministre optimiste. Lors de son passage au ministère du Travail, il avait jusqu'au bout prédit l'inversion de la courbe du chômage fin 2013. On l'attend toujours. Elle devrait se produire en 2016 assure désormais l'exécutif. Aujourd'hui, ministre des Finances, le ministre annonce régulièrement la fin de la crise et le redémarrage de l'économie française.

Est-ce par volontarisme forcené ? Michel Sapin est seulement et simplement dans son rôle. Les critiques seraient bien plus vives si le ministre prononçait des discours défaitistes. Toutefois, à la lecture du Pacte de stabilité présenté la semaine dernière par le ministre des Finances, le temps du jusqu'au boutisme semble révolu. Si volontarisme il y a, il est aujourd'hui dosé.

En avril 2014, lors de la présentation du Pacte de stabilité, le ministère des Finances envisageait l'avenir avec une certaine sérénité. La crise ? Du passé !

Selon ses estimations, le PIB devait progresser de 1% en 2014, de 1,7% en 2015 puis de 2,25% lors des deux années suivantes. Avec de telles performances, le déficit public chutait à vitesse grand V pour atteindre 2,2% et 1,3% du PIB en 2016 et 2017. Quant à la dette publique, elle fondait également, passant de 95,6% à 91,9% du PIB entre 2014 et 2017.

On sait maintenant que ces estimations étaient fantaisistes. La plupart des économistes avaient alors mis en doute la capacité de l'économie française à se relever ainsi de la crise de 2008-2009, la plus grave connue depuis la seconde guerre mondiale.

Un exemple : la Commission européenne visait une augmentation de 0,4% du PIB en 2014, de 1% en 2015 et de 1,5% en 2016. On était alors très loin des pronostics élaborés quai de Bercy. Un an plus tard, on a pu constater que la consommation des ménages a très - trop - peu progressé (+1,6%) et que l'investissement des entreprises a continué à reculer, cédant 1,6% par rapport à 2013.

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Quand Bercy vise une hausse de 1% seulement

Un an plus tard, Bercy affiche des ambitions bien moins élevées. Le nouveau programme de stabilité présenté le 15 avril par Bercy table sur une augmentation de 1% du PIB en 2015, de 1,5% en 2016 ainsi qu'en 2017. Seule fanfaronnade que s'offre Michel Sapin, l'objectif de croissance fixé pour 2015 devrait être dépassé.

«C'est un minimum», a déclaré le ministre début avril après la publication des dernières statistiques de l'Insee.

Avec ces performances, le déficit public ne diminuerait pas aussi rapidement que prévu un an plus tôt. En 2017, il s'élèverait à 2,7% du PIB. La dette publique atteindrait 96,9% du PIB.

Si la Commission européenne aligne ses prévisions sur celle de Paris, la plupart des économistes établissent des prévisions supérieures à celles de Bercy. S&P vise un PIB en hausse de 1,1%. L'OCDE est sur la même longueur d'ondes quand le Fonds monétaire international (FMI) anticipe une progression de 1,2%. Chez les économistes, on note également moins de prudence qu'à Bercy. COE-Rexecode et BNP Paribas tablent sur un PIB en hausse de 1,2%. Les économistes de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) sont les plus optimistes, visant une augmentation de 1,4% de l'activité cette année. La reprise se profile, même si le niveau des défaillances reste élevé.

Cette situation est plutôt paradoxale. En avril 2014, les indicateurs macroéconomiques étaient loin d'être tous au vert. La consommation des ménages affichait une baisse 0,3% de et de 0,5% sur un an. La production industrielle progressait certes sur un mois (+0,3%). Mais sur un an, elle affichait une baisse de 1%. Le prix du Brent, le baril de brut coté à Londres s'établissait en moyenne à 78,2 dollars et l'euro valait 1,38 dollar !

Actuellement, l'euro s'échange 1,07 dollar, le baril de Brent se négocie aux alentours de 63 dollars. Quant aux indicateurs macroéconomiques, ils sont pour la plupart en phase de redressement, même si le niveau des défaillances d'entreprises reste très élevé. Selon le cabinet Altares, elles ont bondi de 7,6% au premier trimestre sur un an pour s'élever à 18.134, contre 16.858 un an plus tôt.

"La baisse des prix du pétrole donne une impulsion à la croissance de la France et de ses principaux partenaires commerciaux, qui pourrait cependant être contrariée en cas de remontée des cours. La poursuite de la baisse des prix du pétrole constituerait un facteur de soutien supplémentaire à l'activité à court et moyen terme, mais sans certitude. À l'inverse, une remontée prématurée des prix du pétrole pourrait peser sur la croissance", explique le gouvernement dans le Pacte de stabilité.

L'Insee anticipe une hausse de 0,4% du PIB au premier trimestre et de 0,2% au deuxième trimestre. A titre de comparaison, l'activité avait reculé de 0,1% au premier et au deuxième trimestre 2014.

Cette tendance peut-elle se prolonger ? Comme le précise le gouvernement dans le Pacte de stabilité, plusieurs aléas peuvent faire varier ces prévisions. Si le niveau du brut et si l'euro remonte face au dollar, les gains de compétitivité que procurent ces deux facteurs exogènes aux entreprises pourraient vite s'effacer. Pour l'instant, ce n'est pas le scénario central. En outre, le gouvernement mise beaucoup sur les effets d'entraînement des réformes - pacte de solidarité, loi Macron, montée en puissance du CICE en 2015 et 2016 et des plans de relance de l'investissement - au niveau national et au niveau européen - sur l'activité.

A deux ans des présidentielles,
le gouvernement change de stratégie

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Comment expliquer ce paradoxe ? A cause de ses erreurs répétées de pronostic, l'exécutif est-il soudain saisi de la peur du vide ? A deux ans des prochaines élections présidentielles, le gouvernement a tout simplement changé son fusil d'épaule. Il a en effet tout intérêt à faire profil bas. Si ses prévisions - considérées comme modestes - sont dépassées, le gouvernement peut espérer retrouver dans la dernière ligne droite la confiance des Français. Surtout si le nombre e demandeurs d'emplois recule enfin. En revanche, s'il échoue, une fois de plus, à atteindre ces objectifs, cette reconquête peut s'avérer impossible.

Fabien Piliu

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