Quand la médiation secrète de Mestrallet permet à Veolia de gagner contre Suez
Marc Endeweld
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PHILIPPE WOJAZER
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Un combat de titans. Depuis l'été dernier, la place financière parisienne vivait au rythme des escarmouches entre deux frères ennemis, deux géants français des « utilities », les services à l'environnement (eau, déchets...), Veolia et Suez, héritiers de la Compagnie Générale des Eaux et de la Lyonnaise des Eaux. Deux sociétés au cœur du capitalisme d'Etat à la française, où luttes de pouvoir et guerres de réseaux se confondent. Lors de ce dernier épisode, qui mobilisa une bonne partie des banquiers et avocats d'affaires de la place parisienne, sans parler des communicants, le terrain financier se transforma très vite en bataille politique. Pour espérer remporter le morceau, les « moines soldats » de Veolia eurent l'imprudence initiale de revendiquer leur proximité élyséenne, tandis que les « résistants » de Suez, pour contrer les assauts de Veolia, mobilisèrent tout azimut les élus locaux.
Ces derniers jours, l'épilogue de cette lutte acharnée prit un tour surprenant. En à peine dix jours, Veolia gagna par KO sur Suez. Une véritable Blitzkrieg qui ne manque pas de susciter la colère des salariés de Suez (et leurs représentants). Pour eux, les choses sont entendues : la « trahison » de leur président, Philippe Varin, est totale, « coupable » à leurs yeux d'avoir privilégié les intérêts des actionnaires aux enjeux industriels et sociaux, comme le confie un représentant des salariés, dépité. À la décharge du patron de Suez, sur un strict plan financier, la proposition finale de Veolia (20,50 euros par action) pour racheter Suez était difficile à écarter. Soit une surenchère d'un peu plus de 1,5 milliard d'euros pour un total de 13 milliards d'euros. De quoi faire des heureux du côté des banquiers d'affaires : « Jean-Marie Messier était prêt à lâcher au-delà de 20 euros si le périmètre proposé par Veolia n'était pas discuté par le camp d'en face », nous confie un acteur des négociations.
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Mais si la colère se mêle à la sidération du côté des troupes de Suez, c'est que la médiation menée tambour battant par Gérard Mestrallet, ancien PDG d'Engie (ex GDF-Suez) et du groupe Suez, est restée secrète jusqu'au bout. Tout commence avant le week-end de Pâques. La tension est alors à son comble. Dans un communiqué publié quelques jours plus tôt, l'autorité des Marchés Financiers (AMF) se montrait réservée quant à la proposition alternative du clan Suez avec l'aide des fonds français Ardian et américain GIP. De son côté, Veolia décidait de menacer de poursuivre en justice les administrateurs de Suez (en leur réclamant tous solidairement 300 millions d'euros de dommages), pour avoir voté la création d'une fondation de droit néerlandais destinée à bloquer son OPA.
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