Dans les coulisses de Veolia/Suez : réseaux, jeux de pouvoir et avenir d'Engie

 |  | 3441 mots
Lecture 18 min.
(Crédits : STEPHANE MAHE)
L'ENQUÊTE. Veolia avait prévu de mener une guerre-éclair, un véritable Blitzkrieg sur Suez. Mais rien ne s'est passé comme prévu. Freinée par la résistance acharnée du management de Suez, par les rodomontades du gouvernement qui n'a cessé d'envoyer depuis deux mois des signaux contradictoires, l'opération est à la peine. Surtout, derrière l'offensive de Veolia pour créer le "champion mondial de la transition écologique", c'est aussi l'avenir d'Engie qui se joue en coulisses, avec Emmanuel Macron en marionnettiste. Récit et révélations.

Fin août, l'effet de surprise a joué à plein. Quand Antoine Frérot, PDG de Veolia, annonce son intention de racheter à Engie, vendeur depuis la fin juillet, de 29,9 % des actions Suez, c'est un tremblement de terre chez son concurrent. La direction de Suez n'est tenue au courant de l'offensive de Veolia que quelques heures avant son dévoilement public. Un syndicaliste CFDT chez Suez se souvient : « La surprise est totale. Ce sont même des collègues d'Engie le dimanche 30 août qui nous préviennent qu'une OPA va être balancée contre nous. C'est nous qui avons appelé le directeur [Bertrand Camus]. Du côté de la direction, ils n'étaient pas au courant ! » Certes, racheter Suez à tout juste 29,9% permet à Veolia de ne pas lancer une OPA en bonne et due forme. Cela y ressemble fort pourtant. L'objectif de l'ex-Générale des Eaux est bien de réussir à fusionner avec sa concurrente historique l'ex-Lyonnaise des Eaux.

Si la direction de Suez est surprise, c'est que le patron d'Engie, Jean-Pierre Clamadieu les avait rassuré plusieurs semaines avant sur le calendrier d'une éventuelle vente de Suez : « On a tout le temps », avait-il ainsi expliqué au coeur de l'été à Philippe Varin et Bertrand Camus, les dirigeants de Suez. Et lorsqu'en février, il leur avait déjà annoncé son intention de vendre, Clamadieu avait également tenu à les rassurer :

« Ne vous inquiétez pas, vous serez prioritaires ».

Pour discuter à nouveau du sujet, rendez-vous avait été pris entre les trois hommes pour le 7 septembre. « Contrairement à la légende qui voudrait qu'on soit parti en vacances en se tournant les pouces, on a passé tout l'été à travailler sur des offres à soumettre à Engie et à faire le tour des cabinets », nous raconte, un poil crispé, un haut cadre de Suez.

Quand il part dans la bataille, Antoine Frérot est confiant. Durant l'été, il s'est assuré le soutien des syndicats de Veolia. Ses éléments de langage pour les médias et les pouvoirs publics sont prêts : ils sont axés sur la souveraineté économique, très à la mode depuis l'épidémie de Covid-19. Il s'agit ni plus ni moins de constituer « un champion français des services à l'environnement ». Et puis, dès début juin, il a annoncé ses projets à Emmanuel Macron lors d'une entrevue à l'Elysée. « Ce n'était pas une rencontre bilatérale », tient désormais à nous préciser le château. Manière toutefois de prendre la température du pouvoir sur un secteur économique éminemment politique : « Il a été demandé à cette occasion à l'Elysée s'ils s'y opposeraient », nous relate aujourd'hui un conseiller de Veolia. Bref, le feu vert du pouvoir suprême semble acquis. Pourquoi s'inquiéter ?

D'autant qu'à la manoeuvre auprès de Veolia, on trouve Jean-Marie Messier, un banquier d'affaires redevenu incontournable depuis quelques années sur la place de Paris, et en particulier sous l'actuel quinquennat. Pour cet ancien inspecteur des finances, ex-conseiller d'Edouard Balladur, cette offensive de Veolia sur Suez a comme un goût de revanche. En 1994, il avait pris la succession de Guy Dejouany à la tête de la Générale des Eaux. Il s'était alors lancé dans la constitution du groupe Vivendi, en séparant l'activité eaux - rebaptisée Vivendi Environnement puis Veolia -, pour la faire coter séparément. On connait la suite... Peu de temps après la seconde victoire de Jacques Chirac en 2002, il sera éjecté de son groupe.

« Dallas, c'est plus simple ! »

Depuis, Messier a retissé patiemment - et loin des médias - sa toile d'influence dans le Paris des affaires et de la politique. Quand Emmanuel Macron devient ministre de l'Economie en 2014, ce dernier rencontre d'ailleurs le banquier d'affaires alors qu'il est le conseil de l'Etat, épaulé alors par François Roussely, sur l'épineux dossier Areva. Auprès de Kohler et Macron, ces deux-là vont alors distiller leur « vision » de l'énergie en France. Après 2017, le pouvoir macroniste fait ainsi nommer Jean-Pierre Clamadieu président d'Engie, et chez EDF, le projet Hercule est rapidement lancé. Un futur « big bang » de l'énergie en France est bien en route. Au...

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 09/11/2020 à 10:42 :
Voilà bien une entité monopolistique qui mérite d'être nationalisé afin qu'elle ne fasse "la pluie et le beau temps"!

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :