Quel avenir pour Business France ?

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Parce que Business France est placée sous sa tutelle, ainsi que sous celle du Quai d'Orsay, Bruno Le Maire, le ministre de l'Economie, pourrait bientôt statuer sur le sort de l'agence.
Parce que Business France est placée sous sa tutelle, ainsi que sous celle du Quai d'Orsay, Bruno Le Maire, le ministre de l'Economie, pourrait bientôt statuer sur le sort de l'agence. (Crédits : CHARLES PLATIAU)
Le gouvernement planche actuellement sur la prochaine gouvernance de l'agence en charge du soutien à l'export et de l'attractivité, et donc sur son avenir. Plusieurs pistes sont envisagées.

Business France est dans l'œil du cyclone. Créée en janvier 2015 grâce à la fusion d'Ubifrance, qui centralisait le soutien public à l'export, et de l'Agence française des investissements internationaux (AFII) en charge de l'attractivité, Business France est visée par une enquête préliminaire, ouverte en mars 2017 par le parquet de Paris.

Après les premières révélations du Canard enchaîné, pèsent des soupçons de délit de favoritisme, complicité et recel. Précisément, l'agence publique est suspectée d'avoir confié sans appel d'offres à l'agence Havas ­l'organisation d'une soirée pour célébrer les startups françaises à Las Vegas en janvier 2016, lors du Consumer Electronic Show (CES), le grand rendez-vous de la high-tech mondiale, et dont Emmanuel Macron fut l'invité d'honneur.

Mercredi, le quotidien Libération a dévoilé des informations qui tendraient à démontrer que l'ancienne directrice générale de l'agence, aujourd'hui à la tête du ministère du Travail, est soupçonnée d'avoir dissimulé certaines erreurs pour tenter de dédouaner Emmanuel Macron et son cabinet, lesquels auraient poussé Business France à organiser cette soirée dans l'urgence.

Une mauvaise ambiance

Le 20 juin, des perquisitions ont été menées par les policiers de l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF) au siège du groupe Havas et dans les locaux de Business France dans le cadre de cette enquête préliminaire. Selon nos informations, cette visite a laissé des traces palpables au sein de Business France. "Une perquisition n'est pas une simple visite de courtoisie... C'est une expérience assez traumatisante", confie une source proche du dossier.

En attendant que la justice fasse la lumière sur les responsabilités des uns et des autres dans cette affaire, les effectifs de Business France risquent d'avoir peu de temps pour se remettre de leurs émotions. Malheureusement.

Bien décidé à donner un tour de vis budgétaire pour permettre à la France de respecter ses engagements communautaires en matière de réduction du déficit public, Bruno Le Maire, le ministre de l'Economie a prévenu : il faudra prendre des décisions difficiles. En clair, des coupes budgétaires sont à prévoir et Business France pourrait bien en subir les conséquences.

Le sujet est d'ores et déjà sur la table des ministres de l'Economie et des Affaires étrangères qui se partagent la tutelle de l'agence. Selon nos informations, des réunions interministérielles sont en cours sur le statut de la nouvelle agence, sans que ses membres puissent y participer, ce qui conditionne son avenir.

Les rumeurs vont bon train

Quels pourraient être les décisions prises à l'issue de ces réunions auxquelles n'assiste qu'une poignée de conseillers ministériels ? Plusieurs rumeurs circulent, achevant de déstabiliser des troupes déjà fortement éprouvées par les réformes successives ayant transformé Ubifrance et l'AFII, jusqu'à la dernière qui entérina leur fusion en 2015.

Afin de rationaliser la dépense publique, un démembrement pur et simple de l'agence est envisagé par les cabinets des deux ministres. La partie export (ex-Ubifrance) pourrait être intégrée à Bpifrance, la banque publique d'investissement, qui compléterait ainsi son champ de compétences. Rappelons que Business France compte Bbifrance parmi ses clients et lui facture déjà des prestations d'accompagnement à l'international.

Par ailleurs, les deux parties travaillent déjà ensemble. Depuis mai 2013, Bpifrance, Ubifrance - puis Business France -, la Coface et les régions de France collaborent au sein de Bpifrance export, une structure qui réunit sous un même label les organismes publics chargés d'accompagner les entreprises à l'export. Lors de la campagne présidentielle, le candidat Macron avait à plusieurs reprises déclaré son intention de simplifier Bpifrance et Business France pour améliorer leurs actions.

Façon puzzle

La partie attractivité pourrait être placée sous l'autorité du Premier ministre, via un haut-commissaire en charge de l'attractivité par exemple. A moins que Bercy ou le Quai d'Orsay veuille se saisir de ce dossier. Quant à la partie communication et promotion, elle serait fléchée vers le Service d'information du gouvernement (SIG) chargée de faire briller les atouts de notre pays, en France et à l'étranger.

Avec cette stratégie, le gouvernement pourrait réaliser quelques économies. L'agence, qui compte environ 1.500 personnes dans ses effectifs, affiche un budget annuel de l'ordre de 100 millions d'euros. En saucissonnant ainsi Business France, on peut penser que le gouvernement procéderait à quelques suppressions de postes. C'est surtout dans la partie export, qui emploie environ 1.300 personnes, que le risque de casse sociale est élevé.

Un déficit commercial chronique

Certes, quelques résultats prometteurs ont été enregistrés par la partie export de Business France. Le nombre d'entreprises accompagnées et de volontaires internationaux en entreprises (VIE) expédiés à l'étranger s'est envolé. Mais cela ne parvient pas à faire oublier le caractère chronique du déficit commercial et la stabilisation, voire la réduction du nombre d'entreprises exportatrices. La France en compte à peine 120.000, soit deux fois moins que l'Italie et trois fois moins que l'Allemagne. Bien entendu, Business France n'est pas entièrement responsable de cette situation mais c'est un angle d'attaque tout trouvé pour ses détracteurs qui accusent l'agence de leur faire de l'ombre et de leur faire concurrence.

"Le Medef, les chambres de commerce et d'industrie n'ont eu de cesse de casser l'image d'Ubifrance et de Business France, comme si elles étaient les seules responsables des errements du commerce extérieur français. Ils feraient mieux de balayer devant leurs portes. Qui mieux que le Medef et les CCI peuvent détecter les potentiels champions à l'export? On attend toujours leurs résultats dans ce domaine", explique un fin connaisseur des arcanes de l'appareil du commerce extérieur tricolore.

Ce démembrement aurait un autre avantage pour l'exécutif, d'ordre financier. En répartissant ainsi ses troupes (les effectifs de l'ex-AFII sont essentiellement hors de France, dans ses 70 bureaux implantés à l'étranger), Business France pourrait quitter ses locaux du boulevard Saint-Jacques dans le 14e arrondissement, locaux acquis en 2006 grâce à la revente de l'ancien hôtel particulier de Roland Bonaparte, le siège historique du Centre français du commerce extérieur (CFCE). En les remettant sur le marché, l'Etat, qui en est le propriétaire, pourrait empocher une jolie plus-value.

Si ce scénario devait se réaliser, les mauvaise langues pourraient se défouler en dénonçant l'absence totale de vision stratégique de l'Etat dans le domaine économique. Considérée comme le mariage de la carpe et du lapin au sein même d'Ubifrance et de l'AFII, la fusion de ces deux agences en une entité unique n'a jamais fait l'unanimité, leurs effectifs ayant peiné à travailler ensemble et à mutualiser leurs forces, en France comme à l'étranger.

Un autre scénario est envisageable

Une autre hypothèse est sur la table. Dans le cas où Business France conserverait son identité et l'ensemble de ses missions, il serait toutefois étonnant qu'elle passe à travers les gouttes. L'austérité menace, en effet. Pour conduire ces réformes structurelles, une nouvelle gouvernance est envisageable avec un président exécutif non politique qui aurait rang d'ambassadeur, secondé par un directeur général.

Jusqu'en 2015, un président issu de la classe politique siégeait au conseil d'administration. Jean-Paul Bacquet, le député PS du Puy-de-Dôme fut le dernier en date, avant que Muriel Pénicaud cumule la fonction de directrice générale et d'ambassadeur.

Pour le poste de président exécutif, un nom circule : Ross McInnes. Cet ex-banquier (Kleinwort Benson, puis Continental Bank, devenue Bank of America), ex-industriel (Safran) est l'ambassadeur économique de l'Île-de-France depuis la fin 2016. Pourquoi lui ? Tout d'abord, il est membre de la société civile, ce qui est la condition sine qua non imposée par le gouvernement pour occuper ce poste.

Un duo à la tête de Business France

Autre atout, il connaît bien le secteur. En février 2015, il a été nommé représentant spécial pour les relations avec l'Australie par le ministère des Affaires étrangères pour renforcer les échanges commerciaux bilatéraux entre les deux pays et assurer la promotion de l'attractivité de la France auprès des investisseurs australiens. Il a accompli sa mission avec brio. Il a en effet participé au succès de DCNS qui, en avril 2016, a remporté le contrat du siècle : la fourniture à Canberra de douze sous-marins, pour un montant de 35 milliards d'euros sur cinquante ans.

Qui pourrait le seconder ? Chez Business France, et en particulier chez les ex-Ubifrance, on rêve d'un retour de Christophe Lecourtier, l'ancien directeur général d'Ubifrance de 2008 à 2014, actuellement ambassadeur de la France en... Australie et qui, selon nos informations verrait d'un bon œil son rapatriement boulevard Saint-Jacques où il a laissé de bons souvenirs. Au cours de son mandat, il avait réussi à réformer une première fois Ubifrance tout en limitant les réductions d'effectifs.

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a écrit le 07/08/2017 à 16:04 :
Le favoritisme a aussi toute sa place en interne
a écrit le 04/07/2017 à 12:14 :
Bonjour,
votre article est intéressant et une fois, on s'apprête à appliquer le bon vieil adage en cours dans la marine (les sous-marins sont concernés également) : "Peinture sur rouille = propreté"; dans la réalité les vrais marins qui sont plus triviaux que cela disent: "peinture sur m... = propreté".
Et si en plus on peut faire des économies ne nous en privons pas !

L'Italie a démantelé sa structure publique d'accompagnement à l'export et elle a fait des économies et en plus elle enregistre depuis un excédent de son commerce extérieur. Comme quoi les entreprises n'ont pas besoin de machins qui n'ont jamais été capables de vendre une rondelle à l'export, mais s'arrogent une pseudo expertise déconnectée de la réalité du terrain et font une concurrence déloyale au secteur privé de l'accompagnement à l'international en abaissant artificiellement le prix de leur prestations, grâce aux subventions que l'État, en généreux sponsor qu'il est, leur accorde sans être trop regardant.

Et pour qu'elle contrepartie chiffrée en terme de chiffre d'affaires généré chez les entreprises accompagnées ?
Ça c'est la question à ne surtout pas poser. C'est tabou de parler comme dans le privé de retour sur investissement... C'est pour cela que l'on préfère faire du chiffre et afficher des "résultats prometteurs" en terme de nombre d'entreprises accompagnées. La fameuse politique du chiffre chère aux spécialistes de la sécurité publique. Ça rassure le contribuable qui au final paie la note. Peu importe si, comme le démontrent les douane 78 % de primo exportateurs jettent le manche de l'export avant même la fin de leur premier exercice de prospection.

Et si on se posait plutôt la question de la préparation de nos entreprises et de leur réelle motivation pour aller conquérir des marchés à l'export, plutôt que d'en envoyer des bataillons au casse-pipe, sans la moindre idée de ce qui les attends ? Dans le vrai business, ce n'est pas comme dans la vraie politique: On a qu'une seule occasion de faire bonne impression et si on se loupe, c'est mort. On ne ressente pas sa chance à la prochaine législature.

Nos chers élus de tous bords qu'ils soient qui votent les budgets de Business France tous les ans, sont trops curieux et bien traités à coup de petits déplacements à l'étranger et autres menus avantages, pour poser les questions qui fâchent... Il suffit pour s'en convaincre de visionner l'audition de l'ancienne DG de Business France au Sénat fin 2016 qui est en ligne sur le site du Sénat : http://videos.senat.fr/video.283919_585a2eb819fcb.audition-de-mme-muriel-penicaud?timecode=9965000
C'est édifiant ! entre nos chers élus qui piquent un roupillon, tellement ils se sentent concernés et une DG qui débite des généralités en réclamant plus de moyens, sans être capable de dire ce que l'action de ses services ont permis aux entreprises françaises d'engranger comme chiffre d'affaires à l'export, c'est à pleurer. Messieurs les journalistes il est encore temps de poser les vrais enjeux du débat sur la table.

Nos concurrents allemands, italiens et d'autres pays étrangers peuvent dormir tranquilles, les PME françaises ne leur piqueront pas beaucoup de parts de marché tant qu'elles seront accompagnées par Business France.
Alors simplifions le millefeuille de l'export et autant fermer cette "boutique" et convertir l'équivalent de son budget en aides directes aux entreprises qui veulent réellement prospecter commercialement à l'export; mais en les conditionnant à un vrai business plan préalable et à un contrôle à postériori de l'utilisation des fonds accordés, avec obligation de restituer les aides en cas d'utilisation à d'autres fins que celles de favoriser la croissance du chiffre d'affaires à l'export des entreprises demandeuses. Là nous soutiendrons les vrais guerriers de l'international et ce pays en compte beaucoup et nous génèrerons de la récurrence et une pérennisation des résultats de notre pays à l'export. Fini les balades touristiques sans lendemains, le terrain et rien que le terrain ! Car tous les exportateurs expérimentés vous diront que ce n'est pas dans les cocktails chez l'Ambassadeur que l'on fait des affaires aujourd'hui.

Malheureusement à vous lire, le débat et mal parti pour être public et risque une fois de plus de ne pas avoir lieu et des commissions "d'experts", qui ne se sont jamais retrouvé la valise à la main en prospection à l'étranger, se réunissants à huis clos devraient nous poudre le énième re lifting de notre sous-marin de l'export pour "faire moins avec encore moins". Peinture sur rouille = .....
La France avance, mais dans quel sens ?

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