Réduction du déficit public : Bruno Le Maire appelle Bruxelles à plus de « flexibilité »
latribune.fr

Le pacte de stabilité et de croissance « doit être tourné vers l'avenir et pas vers le passé », a déclaré Bruno Le Maire.
STEPHANIE LECOCQ
latribune.fr

Le pacte de stabilité et de croissance « doit être tourné vers l'avenir et pas vers le passé », a déclaré Bruno Le Maire.
STEPHANIE LECOCQ
Alors que les ministres des Finances des États membres de l'Union européenne se réunissaient ce jeudi après-midi pour plancher sur de nouvelles règles de stabilité, Bruno Le Maire a déjà fait part des désidératas de la France. Pour rappel, les règles portant sur une dette inférieure à 60% du produit intérieur brut et un déficit public inférieur à 3% avaient été gelées en 2022 pour laisser les pays européens affronter la crise de l'énergie et l'inflation.
Les ministres européens discutent donc en ce moment de nouvelles règles et notamment de la possibilité d'obliger les pays en déficit excessif à réduire leur déficit structurel de 0,5 point par an, dans l'objectif d'amener tous les États à réduire ce dernier à 2% du produit intérieur brut d'ici 2008. Mais Bruno Le Maire a annoncé, ce jeudi, que la France exigera que soit introduite « une flexibilité » de 0,2 point dans le rythme demandé, qui serait « raisonnable », a-t-il affirmé à la presse avant de quitter Paris rejoindre Bruxelles.
Surtout, le ministre souhaite que cette flexibilité soit appliquée aux pays qui investissent dans la transition écologique, l'IA ou la défense. Cette condition serait d'ailleurs, « une ligne rouge que la France ne franchira pas » a-t-il déclaré avant d'ajouter que le pacte de stabilité et de croissance « doit être tourné vers l'avenir et pas vers le passé ».
Le ministre français devait donc tenter de convaincre, cet après-midi, ses homologues européens, mais il sait déjà que c
ette question constitue « les 10% » avec lesquels il n'est pas d'accord avec le ministre allemand de l'É
conomie Christian Lindner, a-t-il précisé.Il justifie néanmoins sa proposition par un besoin d'investissement au niveau européen. « Nous voulons cette incitation à investir et à faire des réformes de structures, quelle que soit la situation financière » du pays, a-t-il insisté : « il en va de l'avenir du continent européen ».
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

« Sinon l'Europe sortira de la course du 21ème siècle, elle ne pourra rivaliser avec les Etats-Unis, la Chine, l'Inde et les puissances émergentes », a-t-il plaidé.
Le 10 novembre, la Commission européenne a, d'ailleurs, abaissé ses prévisions de croissance à 0,6% en 2023 sur l'ensemble de la zone euro. Une prévision partagée par l'OCDE. De son côté, la France devrait voir son PIB augmenter de 0,9% en 2023, d'après le dernier rapport de l'OCDE publié mercredi 29 novembre. Une croissance faible, mais qui reste meilleure que celle de nombreux pays européens. À commencer par l'
Allemagne, qui serait la moins bien lotie puisque l'organisation internationale table sur une croissance de -0,1% pour le pays cette année.
« Sur la politique budgétaire, l'Europe a toujours l'impression de faire du "quoi qu'il en coûte", mais les Etats-Unis en font beaucoup plus. Le gouvernement américain soutient l'offre via sa politique industrielle et aussi la demande via sa politique budgétaire »
, soulignait-il.Un point de vue partagé par Patrick Artus, économiste chez la banque Natixis, et selon qui la compétitivité à venir de l'Europe se joue maintenant. « Il faut que les Vingt-Sept mettent en place un Inflation reduction act européen comme l'ont fait les Etats-Unis. Il faut accorder des aides fiscales à l'investissement plutôt que des subventions publiques bureaucratiques et inefficaces. Il faut réfléchir à une politique économique européenne efficace en réindustrialisant pour attirer les investissements », expliquait-il dans cet article.
À lire également
Pour répondre aux exigences de l'Europe et réduire le déficit de la France d'ici à 2028, le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, veut engager un plan d'économies drastiques de plus de 16 milliards d'euros en 2024. L'exécutif prévoit, d'une part, 10 milliards d'euros d'économies avec la fin du bouclier tarifaire. Le reste doit venir d'une réforme des aides aux entreprises pour 4,4 milliards d'euros, et 1 milliard seront économisés sur les politiques de l'emploi et 700 millions sur l'assurance-chômage.
Confronté à une dette de plus de 3.000 milliards d'euros, l'exécutif veut, en effet, donner des gages de sérieux budgétaire. Les ministres de Bercy ont répété ces dernières semaines leur objectif de ramener le déficit public en dessous du seuil des 3% d'ici 2027. Il tient notamment à rassurer les agences de notation qui ont une influence non négligeable sur le taux auquel peut emprunter la France.
Si la note de l'Hexagone n'a pas été dégradée le 1er décembre par l'agence de notation S&P Global Ratings, maintenue à AA avec une perspective négative, le gouvernement sait que l'épée de Damoclès, qui pèse sur les capacités d'emprunts de l'Etat, est loin d'être écartée. Aussi, le ministre de l'Économie Bruno Le Maire s'est dit le 2 décembre « déterminé » à réduire encore le déficit public, à 4,9% en 2023 et à « accélérer le désendettement » de la France. Aujourd'hui à 112% du PIB, la dette française se situe largement au-delà des 60% imposés par le traité européen de Maastricht en 1992. Et l'an prochain, la France compte lever 285 milliards d'euros de dette sur les marchés financiers, un record.
(Avec AFP)
latribune.fr