Réforme de la formation professionnelle : les Français dans le flou

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La ministre du Travail Muriel Pénicaud souhaite que les droits versés au compte personnel de formation détenu par tout salarié ou demandeurs d'emploi soient renforcés.
La ministre du Travail Muriel Pénicaud souhaite que les droits versés au compte personnel de formation détenu par tout salarié ou demandeurs d'emploi soient renforcés. (Crédits : Reuters)
La réforme de la formation professionnelle plonge les Français dans l'inconnu selon la dernière enquête d'opinion exclusive BVA/La Tribune. Seuls 17% des interrogés ont déclaré savoir en quoi consiste le projet contre 55% qui ne voient pas précisément ce dont il s'agit. La ministre du Travail va devoir faire oeuvre de pédagogie.

La multiplication des réformes ne joue pas en faveur du gouvernement. Alors que la ministre du Travail Muriel Pénicaud a présenté les grandes lignes du nouveau dispositif de la formation professionnelle le 5 mars dernier, beaucoup de Français ignorent encore les grands axes du projet de l'exécutif selon la dernière enquête mensuelle d'opinion BVA/La Tribune sur "les questions de l'économie."

> Lire aussi : Le "big bang" de Pénicaud sur la réforme de la formation professionnelle

Manque de pédagogie

72% des répondants ont déclaré à l'institut de sondages qu'ils avaient entendu parler du projet de réforme de la formation professionnelle, 26% des Français ignorent totalement l'existence de cette réforme et 2% ne se sont pas prononcés. En revanche, les résultats indiquent que le gouvernement devra faire preuve de pédagogie dans les semaines à venir. En effet, seuls 17% des Français déclarent voir en quoi il consiste contre 55% qui ne voient pas précisément ce dont il s'agit. Des chiffres qui peuvent inquiéter sachant que cette réforme va avoir des conséquences sur la vie professionnelle de millions d'actifs.

Au niveau des profils, il existe de fortes disparités. La notoriété du projet de réforme est plus importante chez les plus de 50 ans (83%) et les cadres (73%), que chez les moins de 50 ans (62%) et chez les employés et ouvriers (65%). Sur le plan politique, là encore les résultats présentent quelques contrastes.

"La notoriété du projet annoncé par Muriel Pénicaud est légèrement plus importante chez les sympathisants des Républicains (89%) et du Parti socialiste (81%) que chez ceux de LREM (75%) alors que les sympathisants FN (62%) et LFI (61%) se situent en retrait."

Le système actuel très critiqué

Si une minorité de Français perçoivent les principaux enjeux de la nouvelle réforme, une grande majorité des répondants désapprouvent totalement le système actuel. 77% des interrogés estiment que le système de formation n'est pas efficace (84% des cadres), ils sont également 77% à juger qu'il n'est pas facile à comprendre (85% des moins de 35 ans) ou encore 75% jugent qu'il n'est pas facile d'accès. Ces résultats reflètent "la très forte défiance des Français à l'égard du système de formation, une défiance qui se lit plus fortement encore auprès des sympathisants LREM, des moins de 35 ans et des cadres qui ont exprimé des opinions plus négatives encore."

Quelles sont les mesures soutenues ?

Les mesures relatives à la formation des demandeurs d'emploi et les salariés les moins qualifiés sont largement soutenues par les Français. 63% des Français estiment qu'il est prioritaire de soutenir la formation de ces publics. Il faut rappeler qu'actuellement, ce sont en priorité les actifs occupés du secteur privé (42,8%) et les agents du secteur public (17,4%) qui se partagent la plus grande part de l'enveloppe annuelle consacrée à la formation professionnelle (32 milliards d'euros). À l'inverse, les personnes en recherche d'emploi (15,1%) et les jeunes (23,7%) bénéficient d'une part bien bien plus faible de la dépense consacrée à la réforme rappelle une récente étude du ministère du Travail.

Les autres mesures jugées comme prioritaires par les Français (40%) concernent la participation des grandes entreprises au financement de la formation des TPE/PME (40% des Français jugent ceci prioritaire) et la création d'une instance pour certifier les formations et un observatoire de l'évolution des prix des formations, prioritaire pour 39% des Français.

En revanche, la possibilité que le compte personnel de formation (CPF) soit abondé en euros et non plus en heures recueille relativement peu d'intérêts chez les Français puisque 14% jugent cette mesure prioritaire. Enfin, la mesure qui consiste à proposer des formations uniquement sur Internet ne rencontre pas non plus un franc succès. Seuls 9% des Français considèrent que cette proposition est prioritaire. Ce taux illustre un attachement des répondants à des formats de formation plus classiques en présence d'un formateur par exemple.

Une réforme jugée peu efficace pour faire baisser le chômage

Même s'il est encore un trop tôt pour évaluer l'impact d'une telle réforme sur le marché du travail, seuls 41% des répondants interrogés par BVA jugent que la réforme gouvernementale pourra réduire le chômage. Quand ils sont interrogés sur les possibles bénéfices de la réforme, les Français semblent la percevoir comme "un nouveau dispositif à même d'améliorer les bénéfices directs de la formation professionnelle plus que de faire significativement évoluer le marché de l'emploi". Les interrogés se montrent également favorables sur les impacts possibles de la réforme sur la performance des actifs et des entreprises.

"65% considèrent que cette réforme permettra de remonter le niveau de compétence des actifs français, 52% qu'elle pourra améliorer la compétitivité des entreprises françaises et 49% qu'elle pourra les faire progresser personnellement sur le plan professionnel (52% des actifs)".

 > Lire aussi : Formation professionnelle : les chefs d'entreprise veulent plus de liberté

Méthode : Enquête réalisée auprès d'un échantillon de 1.021 Français interrogés par Internet du 12 au 13 mars 2018. La représentativité de l'échantillon a été assurée grâce à la méthode des quotas appliquée aux variables suivantes : sexe, âge, CSP du chef de famille et de la personne interrogée, après stratification par région et catégorie d'agglomération.

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Commentaires
a écrit le 15/03/2018 à 17:04 :
Il y a de quoi être méfiant quand on voit des propositions de formation de 24 mois pour un poste de simple agent de production, payé bien sûr une fraction du SMIC. Cela ressemble plus à un emploi subventionné, non ?
a écrit le 14/03/2018 à 19:01 :
Les chiffres donnés sur la notoriété de ce projet de réforme ne concerne donc que les 17% des français qui déclarent voir en quoi il consiste.
a écrit le 14/03/2018 à 12:49 :
Quelle est la différence entre Macron et Hollande ? Même inefficacité, même verbiage, même pilotage au jour le jour.....Ca commence à se voir....
Réponse de le 14/03/2018 à 14:10 :
Non pas au jour le jour mais minute par minute...en fonction des lobbies qui montent voir la ministre pour discuter du bout de gras!
a écrit le 14/03/2018 à 12:11 :
"Quand c'est flou, y a un loup". Certes, il faut revoir la formation professionnelle où coexistent tout et n'importe quoi...et beaucoup de n'importe quoi. Une partie de la manne de la formation professionnelle devrait en priorité être distribuée aux écoles, lycées, collèges , IUT, qui manquent souvent de professeurs et de matériels ad hoc.
a écrit le 14/03/2018 à 8:44 :
Le programme concocté par les cabinets conseils des marchés financiers doit aller vite car "il est plus difficile d'atteindre une cible qui bouge", cela se traduit donc dans les actes par de la précipitation, nos dirigeants politiques ont la pression de leurs maitres milliardaires pour aller le plus vite possible du coup on en oublie la moitié en chemin et au final tout ceci a un goût de plus en plus prononcé d'inachevé.

A l'image de la réforme des cartes grises alors que nombreuses préfectures n'ont pas de bornes informatiques et que par internet de nombreux modèles de voitures ne peuvent pas encore être immatriculées, il ne nous reste plus donc que payer un garagiste pour payer notre carte grise. Emballer c'est peser.
a écrit le 14/03/2018 à 8:06 :
Le problème urgent concerne le chomage et les retraites. Il faut appliquer la note n°6 du conseil d'analyse économique. Tous les autres problèmes auront alors une solution. Qui le comprendra?
Réponse de le 14/03/2018 à 9:38 :
Et l'énergie, c'est fini ?
a écrit le 14/03/2018 à 7:28 :
Si c'est flou c'est qu'il y a un loup...😎

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