Formation professionnelle et apprentissage  : une réforme à contre-sens  ?

Alors que la situation économique du pays s'améliore, le secteur de l'ingénierie, créateur de plus de 9000 emploi par an, connait un défi sans précédent pour attirer et former des talents. Dans la bataille mondiale des compétences qui s'ouvre, la tournure prise par la négociation sur l'avenir de la formation professionnelle et de l'apprentissage apparait en décalage avec la mesure de l'enjeu pour les entreprises et les salariés. Il n'est pas trop tard pour faire de cette réforme une chance ! Mais cela suppose que le sujet soit pris dans le bon sens. Par Nicolas Jachiet, président de Syntec-Ingénierie
(Crédits : DR)

Les entreprises d'ingénierie s'inquiètent de l'orientation prise par la réforme de la formation voulue par le gouvernement. Au lieu de la révolution copernicienne promise et attendue, on entrevoit dans les prémices de cette réforme une énième redistribution des compétences entre une multitude d'acteurs, avec à la carte une nouvelle équation financière qui va fortement pénaliser les entreprises. Les développements des derniers jours au sujet du partage de compétences entre les branches professionnelles et les régions sur le dispositif d'apprentissage confortent nos craintes.

Il n'est pas trop tard pour faire de cette réforme une chance pour le développement des entreprises et la formation des salariés, mais cela suppose de prendre le sujet dans le bon sens, quitte à rappeler des évidences :

  • Il est nécessaire d'encourager les entreprises à investir dans la formation, plus que de les y contraindre.

dans l'économie de la compétence qui vient, voir la formation d'abord comme une rubrique des prélèvements obligatoires relève d'une vision dépassée. Pour les entreprises de l'ingénierie, former c'est d'abord croire dans la capacité d'un individu ou d'une équipe à relever des défis et le(s) préparer en donnant les moyens nécessaires pour progresser. Or, nous ne voyons dans le projet de réforme aucun signal de confiance envoyé aux entreprises qui investissent dans la formation et qui en font un axe stratégique de leur développement.

  • La formation professionnelle doit prioritairement répondre aux besoins des entreprises et des salariés.

Alors que les métiers de nos entreprises sont impactés par les transformations technologiques et digitales sans précédent, diminuer l'accès aux financements mutualisés (plan de formation) constitue un contre-sens. Nous comprenons la volonté de donner plus de liberté aux individus et de tout tenter pour réduire le nombre de chômeurs mais cela ne doit pas se faire au détriment du maintien dans l'emploi des salariés qui sont en activité. Nous sommes convaincus que la formation est le meilleur moyen de préparer les salariés aux transformations que vont connaitre leurs métiers. Nous appelons à ce que la réforme aide les entreprises à mettre en œuvre une employabilité réelle et durable de leurs salariés.

  • La partage du savoir est multiforme ; la réforme doit en tenir compte !

La génération qui arrive sur le marché de travail maîtrise parfaitement les outils d'accès à la connaissance, nés de la révolution numérique, et pourtant, nous continuons de penser la formation comme des heures d'enseignements qui se déroulent dans des lieux spécifiques et  à l'extérieur de l'entreprise. Pour les entreprises d'ingénierie, former c'est avant tout de permettre au salarié l'acquisition d'un savoir, peu importe où il se trouve : dans une école, dans l'entreprise ou en ligne. Nous croyons qu'il est enfin temps de tirer profit de la révolution pédagogique en cours avec le développement de nouvelles formes d'apprentissage et de valoriser les pratiques internes de partage des savoirs. La réforme de la formation peut y contribuer si elle ouvre largement les modalités de prise en charge, et qu'elle sort d'une logique de formations comptabilisées en heures.

« Les entreprises (...) ne doivent plus tourner autour du système, mais c'est à l'inverse le système lui-même qui doit se mettre à tourner autour des entreprises » : tel est le souhait du gouvernement au sujet de la formation, notamment par alternance.

Nous partageons pleinement ce point de vue et croyons qu'une réforme qui encourage les entreprises dans des démarches vertueuses reste possible. Nous appelons l'ensemble des acteurs à remettre le projet de l'entreprise au cœur de cette réforme essentielle.

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Commentaire 1
à écrit le 21/02/2018 à 11:34
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Les entreprises ne doivent pas tout attendre de l'état , des pouvoirs publics et de tout ce qui tourne autour , à elles de créer leurs propres structures avec leurs objectifs sans attendre un consensus qui se perdra dans les méandres administratifs....

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