Sans annoncer de suspension de la réforme très controversée, le Premier ministre a, dans son discours de politique générale mardi, invité syndicats et patronat à se pencher à nouveau sur ce « sujet en chantier » pendant trois mois.
[Article publié le mercredi 15 janvier 2025 à 12h36, mis à jour à 14h47] François Bayrou fait « confiance » aux partenaires sociaux pour trouver un accord sur les retraites. « À l'issue des travaux du conclave, on est persuadés qu'ils vont y arriver et donc il y aura à légiférer », a indiqué l'entourage du Premier ministre ce mercredi.
Ils sont, en effet, appelés à de nouvelles négociations comme François Bayrou l'a annoncé la veille lors de son discours de politique générale : « Je choisis de remettre ce sujet en chantier, avec les partenaires sociaux, pour un temps bref, et dans des conditions transparentes », à savoir trois mois.
Le Premier ministre assure que les partenaires sociaux peuvent« rechercher une voie de réforme nouvelle, sans aucun totem et sans aucun tabou, pas même l'âge de la retraite, les fameux 64 ans », à condition de répondre à l'exigence de maîtriser le déficit. « Dès vendredi », il réunira les « représentants de chaque organisation » et leur proposera « de travailler autour de la même table, de s'installer dans les mêmes bureaux ensemble pendant trois mois, à dater du rapport de la Cour des comptes » qui doit établir, par une « mission flash », « l'état actuel et précis du financement du système de retraites », a-t-il encore expliqué.
Le Parlement saisi même sans accord
Matignon a, en effet, confirmé qu'une réunion aura bien lieu ce vendredi à 11 heures, autour de François Bayrou, après que la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a déclaré ce mercredi matin que celle-ci « n'aurait pas lieu ».
En attendant une éventuelle fumée blanche, les salariés et agents continueront de solder progressivement leurs retraites comme prévu dans la loi, jusqu'à l'automne. Et « faute d'accord, la réforme actuelle s'appliquera », a prévenu François Bayrou.
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Un point confirmé par la porte-parole du gouvernement, Sophie Primas, après que les socialistes ont demandé, en échange de leur non-censure, que le Parlement soit saisi même en cas d'échec des négociations sociales.
« Ce que je demande au Premier ministre, c'est qu'il soit clair et qu'il dise que, qu'il y ait accord ou pas accord » entre les partenaires sociaux, « le Parlement sera saisi de la question des retraites sur la base des propositions qui auront été faites par les uns et par les autres », a déclaré sur TF1 le Premier secrétaire du PS, Olivier Faure, mardi. Avant la prise de parole de François Bayrou, le PS espérait encore obtenir de celui-ci une suspension de la réforme dès le début des négociations. Mais ce mot est demeuré aux abonnés absents lors du discours.
Et le PS a obtenu des gages du Premier ministre en ce sens. « Il est peut-être probable qu'il se produise une situation dans laquelle des marges de progression, de mouvement, de changement, d'adaptation auront été identifiées sans qu'il y ait un accord général », a estimé François Bayrou ce mercredi. Avant d'ajouter : « Si c'est le cas, nous proposerons un texte qui reprendra ces adaptations et ces progrès et nous le soumettrons à l'Assemblée », a-t-il promis devant les députés, lors de la séance des questions au gouvernement.
« Mission impossible » pour la CGT
Sophie Binet a dénoncé une « faute », regrettant « que le Premier ministre n'ait pas annoncé le blocage de la réforme ». « En disant d'entrée de jeu que s'il n'y a pas d'accord, c'est la réforme des retraites qui s'applique, on ne voit pas quel est l'intérêt du patronat à négocier », a taclé la numéro 1 de la CGT, qui redoute « des discussions corsetées et une mission impossible ». « La démocratie doit trancher. Le Parlement doit pouvoir voter sans 49.3 ou un référendum doit être organisé », a réaffirmé la CGT dans un communiqué.
« Normalement tous les films "Mission impossible" se finissent bien », a pour sa part ironisé Yvan Ricordeau, numéro 2 de la CFDT. « La discussion qui est devant nous est difficile par nature », a-t-il admis, « mais pour la première fois, on nous dit que tous les sujets sont abordables ». « On est entendu », a abondé le dirigeant de la CFTC, Cyril Chabanier, qui parie « que l'accord est possible, évidemment pas avec tout le monde ».
Les syndicats, qui sont parvenus à un accord cet automne sur l'emploi des seniors et la réforme de l'assurance chômage, se retrouveront jeudi dès 16h30 par visio en intersyndicale pour discuter des premiers contours de la négociation.
Le patronat pose ses lignes rouges
De leur côté, les organisations patronales se montrent ouvertes au dialogue, mais restent prudentes. La concertation, sans « détricoter en parallèle la réforme en cours, semble une méthode de nature à apaiser les choses », salue dans un communiqué la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME).
« La CPME participera bien entendu à cette concertation et évoquera, notamment, la nécessité de corriger l'actuel déséquilibre entre le secteur public et le secteur privé. Elle proposera également des pistes pour sécuriser notre système de retraites en ajoutant au dispositif par répartition, une part de capitalisation individuelle », indique-t-elle.
Se pose aussi la question du déficit. Ainsi, dans un communiqué, le Medef se dit « très attentif à ce que ces discussions s'inscrivent dans le cadre de budgets ne portant pas atteinte à la compétitivité, à la croissance et à l'emploi ». « Tout sauf ce qui serait une aggravation des finances publiques », a prévenu le leader de l'U2P, Michel Picon. « Si les organisations syndicales ont leurs lignes rouges, nous, on a les nôtres : il est hors de question de demander aux entreprises une contribution plus large ! », a-t-il ajouté.
Interrogé sur France Info ce mercredi, Michel Picon a néanmoins estimé que c'était « une bonne chose de faire appel aux partenaires sociaux parce qu'ils ont démontré sur des sujets compliqués, que ce soit l'assurance chômage ou la gestion de l'Agirc-Arrco, qu'ils étaient capables de prendre des responsabilités ».