Santé : « Il devient incontournable de territorialiser certaines politiques publiques » (Caroline de Pauw)
Propos recueillis par Lysiane J. Baudu
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Caroline de Pauw.
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LA TRIBUNE- Quel rapport entretiennent les Français avec la santé ?
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CAROLINE DE PAUW- Que ce soient les patients, les soignants ou les politiques, rares sont ceux qui contrediraient l'idée que le système de santé français est un bien précieux. S'il est question de le sauver aujourd'hui, c'est bien pour cette raison. De même, personne, dans le discours public, ne remet en cause l'approche universelle du droit à la santé. Cet objectif, issu de la Révolution française et la notion d'égalité des conditions pour les individus, n'a donc pas changé. Ceci n'empêche pas la complexité dans son fonctionnement et notamment la question des bénéficiaires, répartis en deux catégories : les contributeurs actifs, autrement dit, les travailleurs qui alimentent le système par leurs cotisations, et ceux qui ne sont pas en capacité d'y contribuer mais en sont bénéficiaires grâce au mécanisme de solidarité fiscalisée. S'il n'est aujourd'hui pas question d'abandonner cette approche universelle de l'Assurance maladie, la part de plus en plus grande laissée aux complémentaires santé, par exemple, montre bien qu'elle évolue malgré tout... En outre, la question des inégalités face à la santé réveille toujours le débat - depuis Rousseau et Diderot - entre l'inné et l'acquis. Les différences en matière de santé sont certes liées à quelques critères innés, biologiques, mais surtout imputables aux trajectoires et conditions de vie, qui sont des situations générées par la société, et donc acquises, comme l'accès à un logement décent ou à une alimentation saine et équilibrée. Nos comportements de santé sont clairement liés à nos conditions de vie. La plupart des inégalités de santé démontrées aujourd'hui - géographiques, professionnelles, genrées, etc. - sont des conséquences de constructions sociales, ce qui veut dire qu'il est possible de lutter contre, car la société peut jouer sur ces déterminants individuels. Penser le contraire serait réducteur et injuste. Or, les politiques publiques mettent aujourd'hui l'accent sur l'individualisation des parcours, y compris en matière de santé. Si la stratégie est louable en soi, puisqu'il s'agit de s'ajuster à la personne et à sa trajectoire personnelle, elle a un travers majeur : la déresponsabilisation de la société dans la genèse du problème.
Propos recueillis par Lysiane J. Baudu