Toujours élevé, le rythme des défaillances d'entreprises perd du souffle
latribune.fr
144.469 emplois sont menacés depuis le début de l'année, avec notamment, « la conversion en liquidation judiciaire » en septembre du distributeur de tracts publicitaires Milee, qui emploie plus de 10.000 salariés.
Le nombre de défaillances d'entreprises sera élevé cette année en France, mais avec des signes de ralentissement de leur progression, selon une étude publiée mardi.
Le constat a de quoi alarmer. Sur 12 mois glissants, le nombre de défaillances d'entreprises atteint 63.401, au niveau des années record de 2009 (63.425) et 2015 (62.834), selon l'Observatoire des données économiques du Conseil national des Administrateurs judiciaires et des Mandataires judiciaires (CNAJMJ).
Cependant, le nombre de défaillances a baissé de 18,5% au 3e trimestre par rapport au 2e, avec 13.217 défaillances contre 16.224. Une baisse en trompe-l'œil ? Selon l'Observatoire, elle « peut s'expliquer pour partie par la fermeture des tribunaux de commerce en août », et nombre de défaillances observées continuent de dépasser les niveaux « standard » constatés aux troisièmes trimestres d'avant Covid : 11.465 en 2018 et 10.470 en 2019.
Les activités financières et immobilières particulièrement touchées
Par rapport à la moyenne du 3e trimestre en 2018/2019, on constate de juillet à septembre une hausse très importante des défaillances dans les activités financières et d'assurance (+75%), les activités immobilières (+73%) ainsi que le transport et entreposage (+56%) et les activités spécialisées, scientifiques et techniques (+49%). La hausse est également relativement importante dans les secteurs de la construction (+37%), de l'hébergement/restauration (+32%) et du commerce (+32%).
De janvier à septembre, 46.879 entreprises sont entrées en défaillance, soit une hausse de 19,2% par rapport à 2023 sur la même période, et une hausse de 21,7% par rapport à 2018/2019. Ces données, précise l'Observatoire, « montrent néanmoins un ralentissement de la dynamique de hausse » constatée depuis la fin du « quoi qu'il en coûte » : sur le premier semestre 2024, cette hausse était de 21,4% par rapport au premier semestre 2023 et de 22,1% par rapport à la moyenne 2018/2019. Au 3e trimestre ces hausses respectives sont de 14% et 20,5%. 144.469 emplois sont menacés depuis le début de l'année, avec notamment, souligne l'étude, « la conversion en liquidation judiciaire » en septembre du distributeur de tracts publicitaires Milee, qui emploie plus de 10.000 salariés.
La Corse en souffrance, du mieux pour les régions du Nord
Toutes les régions ne sont pas logées à la même enseigne. En métropole, selon le CNAJMJ, le premier semestre a été particulièrement difficile en Corse (où les défaillances ont bondi de 39% par rapport à la même période de 2023) et en Ile-de-France (+ 28%). Il a été à peine meilleur en Auvergne-Rhône-Alpes (+ 23%).
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A l'inverse, trois régions du Nord de la France, toutes à forte dominante industrielle, se distinguent dans le baromètre semestriel. Avec un peu moins de 2.300 défaillances, les Hauts de France ont ainsi connu une augmentation bien inférieure à la moyenne nationale (+ 7%). Le département du Nord peut même s'enorgueillir d'un petit recul. Dans le Grand Est, le nombre d'entreprises en défaut a progressé de 11%, mais est en repli de 9% par rapport aux années 2018 et 2019. La situation est assez comparable en Normandie. Les procédures collectives (1200) y ont cru de 14% mais leur nombre est strictement égal à celui qu'il était avant la crise.
Les créations d'entreprises en nette hausse
A l'autre bout du spectre, les Français ont créé en 2023 près de deux fois plus d'entreprises que dix ans auparavant, soit 1,05 million selon l'Insee. Une dynamique nourrie principalement par les micro-entrepreneurs (63% des créations d'entreprises en 2023) et qui permet à la France de franchir pour la troisième année consécutive la barre symbolique du million de sociétés créées. En 2013, seules 567.000 firmes avaient vu le jour.
Dans l'Indice entrepreneurial, le principal frein à la création d'entreprise chez les « intentionnistes » est ainsi « un revenu insuffisant ou trop instable » (cité par 29% des répondants). 16% des sondés jugent que le lancement d'une activité à son compte demande « un investissement financier trop important ». A en croire l'Insee, l'obstacle financier ne serait cependant pas insurmontable. En 2022, près de quatre créateurs d'entreprises sur dix (37,5%) ont démarré leur activité sans y consacrer de moyens financiers. Et pour deux entrepreneurs sur dix (20,3%), la mise de départ était inférieure à 1.000 euros.