Le climat d'incertitude politique depuis la dissolution a « un impact négatif fort » sur l'activité des TPE-PME, selon une étude publiée ce jeudi. Les dirigeants sont encore plus inquiets qu'avant l'arrivée de Michel Barnier à Matignon et la présentation du projet de budget 2025.
La nomination du gouvernement n'a pas rassuré les dirigeants des TPE-PME. Plus de la moitié (56%) estiment que le climat d'incertitude politique depuis la dissolution a « un impact négatif fort » sur leur activité, et 45% ont reporté des investissements, selon le baromètre trimestriel de Bpifrance Le Lab et Rexecode* publié jeudi.
Ils sont même encore plus inquiets : ces proportions ont augmenté respectivement de 5 et 9 points par rapport au précédent baromètre réalisé fin août-début septembre, avant l'arrivée de Michel Barnier à Matignon et la présentation du projet de budget 2025.
« L'inquiétude n'a pas ralenti depuis la nomination du gouvernement. Elle n'est donc pas liée à l'absence de gouvernement, ce qu'on aurait pu penser fin août, mais à l'absence de majorité au Parlement », impliquant« une absence de visibilité sur la politique économique », relève auprès de l'AFP le directeur des études de Bpifrance, Philippe Mutricy.
Par ailleurs, 36% des personnes interrogées ont fait état d'un impact « léger », seules 8% n'en anticipant « aucun ».
Report des investissements et embauches
Ceux qui avaient des projets d'investissements ou d'embauches sont 45% et 35% à les avoir reportés ou à envisager de le faire, dans un contexte marqué par des annonces de suppressions d'emplois industriels. Ils sont 21% et 19% à les avoir annulés, et 34% et 46% à les maintenir.
Après les« rétentions d'emplois »de la période post-Covid,« cette préservation absolue du capital humain en entreprise - parce qu'il est rare et difficile à recruter - est peut-être en train de s'atténuer », a commenté Philippe Mutricy.
Les intentions d'investissements continuent d'accuser un ralentissement. La proportion de dirigeants ayant investi en 2024 ou comptant le faire (43%) a reculé de 3 points par rapport au trimestre précédent, et de 9 points par rapport au quatrième trimestre de l'an dernier (pour 2023).
Perspectives de demandes dégradées
De mauvais augure, les freins à la croissance de l'activité sont désormais perçus du côté de la demande plutôt que de l'offre : 60% des dirigeants ont fait part de leur inquiétude à ce sujet.
Les perspectives de demandes dégradées (53%), les difficultés de recrutement (44%), la concurrence (30%) et le manque de débouchés (24%) sont les principales entraves citées. Le solde d'opinion entre ceux qui considèrent que leur trésorerie s'est améliorée et ceux qui l'estiment dégradée s'est aussi détérioré (-6 points à -26).
Newsletter
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.
Les ETI également pessimistes
Les entreprises de taille intermédiaire (ETI) sont également plus pessimistes, selon le baromètre Palatine-Meti publié jeudi. Près d'une ETI sur deux anticipait en octobre un repli de son chiffre d'affaires en 2024 par rapport à l'année précédente, dans un environnement très largement jugé dégradé et préoccupant. 45,2% des chefs d'entreprise interrogés estiment que leur chiffre d'affaires sera moins bon cette année, contre 22,6% qui le voient stable et 29% en hausse.
Lors du précédent baromètre en juin, ces proportions étaient quasiment inversées : 14,1% anticipaient une baisse du chiffre d'affaires, 31,3% une stabilité et 45,3% une hausse. Les dirigeants d'ETI sont également 67,7% à penser que leur secteur d'activité s'est dégradé en octobre par rapport à la même période en 2023 (contre 39% précédemment), 64,5% jugent leur carnet de commandes moins fourni et 61,3% font état d'une dégradation de leur rentabilité d'exploitation.
*En tout, 3.586 dirigeants ont été interrogés par mail du 15 au 27 octobre. Moins d'un tiers ont fourni des réponses complètes.