Un calcul de l'inflation « aberrant » pendant les confinements ? La Banque de France réajuste l'indice des prix

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Pendant les confinements, le poids de l'alimentation dans la consommation a atteint 33% en avril, selon la Banque centrale. Or, selon l'Insee, cette part était de 18% dans son indice des prix en France.
Pendant les confinements, le poids de l'alimentation dans la consommation a atteint 33% en avril, selon la Banque centrale. Or, selon l'Insee, cette part était de 18% dans son indice des prix en France. (Crédits : Regis Duvignau)
L'Insee, l'institut de référence qui produit régulièrement la photographie du pouvoir d'achat en France, a-t-il donné une image conforme de l'indice des prix pendant les confinements ? La Banque de France, qui a fait sa propre étude, en doute. Elle révèle que l'augmentation des prix à la consommation pour les ménages a été plus forte que celle donnée par l'Insee.

La crise du Covid, en tant que révélatrice, met-elle aussi en lumière une vision partielle de l'indice des prix publié par l'Insee ? Alors que les restrictions liées à la pandémie ont entrainé une perte de revenus de 11 milliards d'euros pour les ménages et les entreprises indépendantes, selon un rapport de l'Observatoire Français des Conjonctures Économiques, l'impact sur le porte-monnaie des foyers a probablement été plus important qu'envisagé. C'est ce que révèle une étude publiée vendredi par la Banque de France qui constate que l'augmentation des prix à la consommation durant les périodes de confinement du printemps et de l'automne 2020 a été plus forte que celle mesurée par l'indice des prix de l'Insee.

Si, pendant le confinement, la consommation finale des ménages s'est réduite de l'ordre 30%, selon l'Observatoire, les prix sur les produits alimentaires - en demande accrue avec la fermeture des restaurants - ne se sont, eux, pas relâchés. Bien au contraire. Le poids de l'alimentation dans la consommation a ainsi atteint 33% en avril, selon la Banque centrale. Or, selon l'Insee, cette part était de 18% dans son indice des prix en France.

Les économistes ont noté cette différence en modifiant le panier de référence qui sert à calculer l'inflation en tenant compte des changements rapides intervenus dans la consommation des Français, qui ont notamment plus dépensé pour s'alimenter et moins pour se déplacer.

« C'est complètement aberrant »

De plus, durant les périodes de confinement, les prix alimentaires, surtout des produits frais, ont connu des hausses importantes tandis que ceux des transports ont baissé, notamment à cause de cours du pétrole déprimés.

« L'Insee a fait comme si le confinement n'avait pas existé, c'est complètement aberrant. Le panier de référence de la ménagère est changé annuellement, alors qu'il est évident que la structure de consommation des Français a changé radicalement pendant les confinements. Le budget alimentaire a explosé et en plus avec des prix à la hausse, l'inflation a été bien supérieure », commente à La Tribune l'économiste Philippe Herlin, auteur de « Pouvoir d'achat : le grand mensonge » (2018, Eyrolles), dans lequel il pointe les défauts des méthodes de calcul de l'Institut national des statistiques.

Et d'ajouter : « L'Insee aurait du faire un correctif ».

Lire aussi : Comment se protéger d'un retour de l'inflation ? Les réponses du stratège de H2O AM

Vers un nouvel indice des prix ?

Dans le détail, la différence a été la plus importante au mois d'avril, avec une hausse des prix atteignant 1,5% sur un an une fois tenu compte de cette "déformation" de la consommation, contre 0,4% de hausse de l'indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH) publié par l'Insee, soit un écart de 1,1 point de pourcentage.

Durant le mois de novembre, alors que le confinement a moins ralenti l'activité économique qu'en avril, l'écart a été de 0,4 point, selon les chercheurs de la Banque de France.

"Sur l'ensemble de l'année 2020 l'écart entre la mesure alternative et l'inflation publiée est demeuré contenu en moyenne, à 0,2 point de pourcentage", d'après l'étude réalisée par Barbara Catelletti Font, Youssef Ulgazi et Paul Vertier sous la direction d'Erwan Gautier.

Lire aussi : Pourquoi la perspective d'une inflation incontrôlée n'est plus à exclure

En dehors des périodes de confinement, les effets sur les prix des changements dans la consommation des Français ont aussi évolué en 2020, mais nettement moins. En juin et en juillet, l'écart entre l'indice "alternatif" et l'IPCH n'était ainsi que de 0,1 point.

Pour construire leur nouvel indice, les chercheurs ont utilisé des données de cartes bancaires anonymisées.

Ainsi "on a pu reconstituer mois par mois les évolutions de la structure de consommation", mais "c'est moins précis que la structure utilisée pour le calcul de l'indice des prix publié" par l'Insee, ont déclaré les chercheurs à l'AFP.

En 2021, l'écart devrait être moindre car le panier de référence « a été mis à jour à partir des données de consommation observées sur 2020, et reflète les changements observés de la structure de consommation », ont-ils ajouté.

Quid d'un nouvel indice des prix après la crise Covid ?

« Cela révèle en tout cas qu'il y a des défauts. De la même manière, l'immobilier est sous-estimé, à 6% seulement dans le panier de la ménagère, selon l'Insee. Alors que c'est plutôt de l'ordre de 20%. Cela contribue à minorer l'inflation », affirme Philippe Herlin.

« Nous devons avoir un regard plus critique sur le calcul de l'inflation. Il faut faire en sorte que l'Insee soit en discussion avec d'autres organismes statistiques, telle la Banque de France », conclut-il.

Lire aussi : La BCE va accélérer ses rachats de dette et ne s'inquiète pas pour l'inflation

(Avec AFP)

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Commentaires
a écrit le 28/03/2021 à 10:26 :
Bon pouvoir d achat .prix bas.c est la politique depuis 20ans et hausse de salaire il connaissent plus
a écrit le 27/03/2021 à 7:47 :
la provocation des banquiers devient un scandal ignoble
a la sortie de crise il faudra que les restaurateurs se penche sur leurs cas en augmentant leurs notes et la il crierons aux feux
a écrit le 26/03/2021 à 14:11 :
Or nous avons quand même plutôt fortement tendance à croire la banque de France sur ce coup là.

"Le poids de l'alimentation dans la consommation a ainsi atteint 33% en avril, selon la Banque centrale."

J'ai fais mes courses il y a peu de temps et je reste étonné par le nombre de gens achetant des produits bios bien plus chers sans en regarder le prix alors que bien souvent 2 fois plus élevés que le produit de la même marque non bio. Bon par contre les cadis sont quand même bien moins remplis qu'il y a un an c'est quand même assez impressionnant.
Réponse de le 26/03/2021 à 15:19 :
On achète des produits bio, pas tellement parce qu'ils sont bio, mais parce qu'ils sont haut de gamme. Par exemple, les fruits bio, sont mûrs, alors que les fruits non bio ne le sont pas. En payant deux fois plus, on s'assure que le producteur aura un budget suffisant, pour faire de la qualité
Réponse de le 29/03/2021 à 10:46 :
Déjà, je ne sais pas pourquoi on "achète" à une époque on n'avait pas besoin de la FNSEA pour se nourrir. Une véritable regression marchande de plus.
a écrit le 26/03/2021 à 13:51 :
Notre concept d'inflation (du panier de la ménagère) est assez douteux. Avez vous remarqué que dans les beurres premiers prix on ne trouve que de l'allégé en matières grasses. Y a un an c'était pas comme ça. Le lapin est une ménagère féroce.

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