Un an après le début de la pandémie, et après des injections massives de liquidités, la question d'un retour de l'inflation taraude les marchés financiers. « Il ne faut pas attendre que le débat soit tranché car il sera alors trop tard pour réagir. Le risque est réel, il faut donc s'y préparer », estime Vincent Chailley, directeur des investissements de H2O Asset Management. La société de gestion, spécialisée dans les stratégies "Global Macro", s'est taillée une solide réputation dans ses choix de gestion lors des précédentes sorties de crise. Dans un entretien exclusif, Vincent Chailley...... e sa vision des marchés et détaille les grandes lignes de sa stratégie pour faire face aux risques à venir et saisir les nouvelles opportunités. « L’idée de n'intégrer que les bonnes nouvelles en ignorant les risques est toujours signe de bulle », prévient-il.
LA TRIBUNE - Un an après le krach du Covid, les marchés retrouvent leurs niveaux d'avant-crise dans un climat presque euphorique. Quels enseignements tirez-vous de cette année écoulée sur les marchés ?
VINCENT CHAILLEY - La crise sanitaire a confirmé l'extrême volatilité des marchés. Le phénomène avait déjà été identifié, mais cette crise nous en a donné une version survitaminée. Cette volatilité croissante est tout d'abord la conséquence des évolutions réglementaires depuis la crise financière de 2008, qui ont privé le marché d'intervenants porteurs de risque capables d'absorber les chocs. Elle est ensuite le fruit des taux d'intérêt bas qui favorisent la spéculation sur les marchés. Mais personne ne pouvait s'attendre à un choc de cette violence, sur l'ensemble des actifs, en moins de trois semaines. C'est trois fois plus fort et trois fois plus rapide qu'en 2008. Même pour des gestions aussi actives que les nôtres, nous n'avions pas eu le temps de réagir et d'ajuster nos portefeuilles aussi vite que nous le souhaitions, d'autant que la liquidité s'était évaporée. Si les germes de la crise étaient déjà bien présents, c'est sa violence qui est l'élément nouveau. Malheureusement, les causes de la volatilité des marchés sont toujours présentes, sans doute plus qu'hier. Nous avons davantage de liquidités, des taux extrêmement bas et la réglementation reste sévère pour ceux qui souhaitent prendre des risques. Il faut donc s'attendre régulièrement à de nouveaux chocs et s'y préparer.
Quelle sera, selon vous, la principale conséquence sur les marchés de cette crise ?
Cette crise a fait réapparaître un risque que l'on croyait disparu depuis 30 ans, celui de l'inflation. Les banques centrales et les gouvernements devaient bien évidemment intervenir. Les banques centrales et les États ont injecté des montants considérables de liquidités. Avec le nouveau paquet fiscal, Les Etats-Unis auront mis sur la table plus de 5.000 milliards de dollars. L'Europe, qui sortait de dix ans d'austérité, a également dépensé sans compter.