Vers une inflation de primes pour les Jeux olympiques

Face au surcroît de travail occasionné par l’événement, les syndicats demandent des compensations.
Fanny Guinochet
Les contrôleurs de Sud Rail ont déposé un préavis de grève, du 15 au 19 février.
Les contrôleurs de Sud Rail ont déposé un préavis de grève, du 15 au 19 février. (Crédits : Valérie Dubois/Hans Lucas via AFP)

Demain soir débute le préavis de grève déposé par la CGT RATP, premier syndicat de transport public d'Île-de-France. Préavis qui court jusqu'au... 9 septembre, incluant donc toute la période des Jeux olympiques et paralympiques, lors desquels 19.000 agents seront mobilisés quotidiennement. Une prime « socle » de 15 euros par jour de présence est déjà prévue pour les personnels qui travailleront au moment de l'événement. Mais « c'est très insuffisant », jugent les centrales, qui négocient métier par métier (conducteur, maintenance, etc.). « Et aucune proposition de la direction n'est à la hauteur des contraintes vécues par les agents », prévient Laurent Djebali, secrétaire général FO du groupe RATP.

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À la SNCF, où l'événement occasionnera, là aussi, un afflux de voyageurs, les syndicats mettent également la pression. Des « négociations JO » ont débuté, mais les contrôleurs de Sud Rail ont d'ores et déjà déposé un préavis de grève, du 15 au 19 février, en plein chassé-croisé des prochaines vacances scolaires. Pour tenter de calmer le jeu, la direction vient d'accepter d'étendre les primes - prévues au départ pour les seuls personnels roulants - aux équipes des centres d'appels qui renseigneront les clients. Pour limiter les frais, elle multiplie les autres mesures : bonification des jours déposés sur les comptes épargne temps, mise en place de colonies de vacances pour faciliter les gardes d'enfants cet été, etc. Dans les hôpitaux publics parisiens, alors que les étés sont déjà difficiles, la direction a, très tôt, octroyé des compensations aux personnels qui seront sur le pont. Notamment une prime de 1.200 euros brut par semaine pour un infirmier et jusqu'à 2.500 euros pour un médecin.

De quoi susciter les appétits des autres agents publics

Aussi, dans les ministères, tous se mobilisent: « Matignon a posé le cadre d'une indemnisation pour les JO allant jusqu'à 1.500 euros, mais la répartition et les montants restent très flous, ça réveille les traumatismes de la prime Covid que certains avaient eue, d'autres non », regrette Mylène Jacquot, secrétaire générale de la CFDT Fonction publique. L'annonce, cette semaine, d'une gratification pour les policiers pouvant aller jusqu'à 1900 euros, soit au-delà du cadre prévu, a encore fait monter les enchères. Ainsi, les douaniers demandent-ils le même traitement... Dans le privé, des conflits sont aussi attendus.

Nombre d'employeurs prévoient de recourir au télétravail, au chômage partiel ou de changer les horaires de travail. « Les entreprises sont inquiètes, car elles n'ont pas de visibilité. Les plans de circulation, les zonages sont encore inconnus... », note Dominique Carlac'h, membre du Medef et coprésidente du comité de suivi de la charte sociale Paris 2024. Et pour certaines, à cause des Jeux, leur activité se réduit comme peau de chagrin. En témoigne le Prodiss, syndicat regroupant les professionnels du spectacle vivant privé. « Entre les spectacles annulés et les tournées bouleversées, les pertes sèches dépasseront 150 millions d'euros, soit 13 % des recettes totales de notre filière. Et aucune mesure n'est prévue pour soutenir notre secteur, déjà bien secoué par le Covid », regrette Malika Seguineau, la directrice générale.

Tous se tournent vers le gouvernement. Confiant, l'Élysée mise sur le sens des responsabilités de chacun: « Aucune demande n'est illégitime, mais ces JO ne sont ni ceux d'Emmanuel Macron ni ceux d'Anne Hidalgo, ce sont ceux de la France et des Français. » Reste que dans l'aviation, le syndicat SNCTA des contrôleurs a adopté avec la direction générale du secteur le principe d'une « trêve olympique », conditionnée à des augmentations et des discussions salariales après les JO. Ce qui fait dire à l'ancien ministre du Travail Xavier Bertrand que « pour éviter une grève du ciel, le gouvernement a payé une rançon ». À combien va-t-elle s'élever ? Et jusqu'où l'exécutif est-il prêt à payer pour garantir la paix sociale ?

Fanny Guinochet