Sprint final pour les Jeux Olympiques durables de Paris

Rénovation plutôt que construction, verdissement des bateaux, sortie du plastique à usage unique... à un peu plus de 200 jours du coup d'envoi des Jeux olympiques et paralympiques de Paris, les organisateurs ont mis en avant, lors du Forum Zéro Carbone organisé jeudi dernier par La Tribune à l'Hôtel de Ville de Paris, des avancées concrètes dans la préparation de cet événement qui se veut emblématique d'un nouveau modèle durable, dont ils attendent un héritage environnemental et social positif. Si les transformations accélèrent, plusieurs défis olympiques doivent être relevés, notamment celui des transports.
On change le modèle », a martelé Tony Estanguet, président de Paris 2024, lors du Forum Zéro Carbone, qui s'est déroulé le 7 décembre dernier.
On change le modèle », a martelé Tony Estanguet, président de Paris 2024, lors du Forum Zéro Carbone, qui s'est déroulé le 7 décembre dernier. (Crédits : Georges Vignal/La Tribune)

C'était la promesse de la candidature de Paris : des Jeux olympiques durables et responsables. Avec un objectif chiffré, celui de diviser par deux, comparé aux JO de Londres, l'empreinte carbone de la plus grande compétition sportive de la planète. « On change le modèle », a martelé Tony Estanguet, président de Paris 2024, lors du Forum Zéro Carbone, qui s'est déroulé le 7 décembre dernier, soit à 232 jours du lancement des JOP, à l'Hôtel de Ville de Paris. « Si pendant des décennies, les JOP ont permis à des territoires de se doter d'infrastructures lourdes, de routes, d'aéroports, de gares..., ce n'est pas notre cas. Nous avons voulu prendre le contre-pied, en organisant ces Jeux avec 95 % des infrastructures existantes ou temporaires », a-t-il rappelé.

Par exemple, rénover le Stade de France plutôt que construire un nouveau stade olympique. Pour le reste, les travaux de construction devraient se terminer d'ici à la fin de l'année avant une livraison le 1er mars. Ils représentent « 70 ouvrages différents, pour un coût total de 4,5 milliards d'euros. C'est la moitié du budget de Londres et un tiers de celui de Tokyo », souligne pour sa part Nicolas Ferrand, directeur général exécutif de la Solideo, l'établissement public chargé des infrastructures olympiques et paralympiques.

Construction bas carbone

Situé à Saint-Ouen, le village olympique, qui s'apprête à accueillir 3.000 athlètes puis, à partir de 2026, des habitants et des bureaux, est l'une des vitrines de cette volonté d'exemplarité. « On atteint moins 47 % de carbone et ce, sans subventions publiques, autrement dit dans un modèle standard de la promotion privée », se félicite Nicolas Ferrand. Le Village des athlètes est « un démonstrateur global d'innovations à l'échelle de la ville en 2050 et un héritage en tant que tel », abonde Nicolas Joly, directeur général d'Icade, l'un des bâtisseurs du chantier. Quelques illustrations d'innovations mises en œuvre dans le cadre de ce projet pharaonique : valorisation de l'ensemble des eaux usées et des eaux-vannes, conception bioclimatique avec des balcons comme pare-soleil, utilisation de matériaux bas carbone et du bois en provenance de forêts certifiées, îlots de verdure pour lutter contre la chaleur, plusieurs bâtiments équipés de panneaux photovoltaïques, boucles de géothermie pour chauffer par le sol en hiver et refroidir en été... et même une future structure juridique réunissant l'ensemble des bâtiments pour surveiller l'évolution de la biodiversité.

Fontaines de Coca-Cola, énergie verte... une transformation accélérée

L'éco-responsabilité des JOP 2024 se décline aussi dans le combat contre le plastique à usage unique. Partenaire historique du CIO, Coca-Cola joue le jeu... « On a un peu au départ contraint Coca-Cola et maintenant ils ont pris le pas. Il s'agit de mettre en place des fontaines et des gobelets réutilisables pour ne plus utiliser des bouteilles en plastique sur l'ensemble des sites de compétition temporaires dans Paris intra-muros », explique Pierre Rabadan, adjoint à la Mairie de Paris en charge du sport, des Jeux olympiques et paralympiques et de la Seine.

Autre avancée à marche forcée : fini les groupes électrogènes au diesel qui font tourner les stades, Paris 2024 et Enedis les raccordent désormais au réseau électrique pour les alimenter en énergie renouvelable. « La somme de tous ces efforts, sur le volet énergie, réduit les émissions de 80 % », affirme Georgina Grenon, directrice de l'Excellence environnementale des JOP de Paris 2024. Sans oublier de nourrir les spectateurs avec des repas plus végétariens, locaux et frais.

En somme, « sur nombre de sujets, on a gagné entre 10 et 15 ans par rapport à une période dite normale sans l'effet accélérateur que peuvent être les JOP », estime de son côté Pierre Rabadan. « On a gagné de 15 à 20 ans », renchérit Mohamed Gnabaly, maire de l'Île-Saint-Denis, une commune qui surfe sur cette transformation en marche. Elle a ainsi lancé un plan de rénovation du parc de logement social, développe des pistes cyclables et ambitionne d'atteindre 5.000 m2 de panneaux photovoltaïques. Dans cette ville où 75 % de la population vit dans le parc de logements sociaux et dont le revenu médian ne dépasse pas 1.200 euros, « on s'est servi des Jeux olympiques pour accélérer nos politiques publiques », résume cet élu.

En parallèle, l'événement sportif pousse à la décarbonation du transport fluvial sur la Seine. « Au minimum trente bateaux auront été verdis et seront présents dans le défilé de la cérémonie », indique Tiphaine Pinault, adjointe au secrétaire général aux politiques publiques de la préfecture de la Région d'Ile-de-France. Jusqu'ici fonctionnant au fioul, ils seront électrifiés à moins d'être propulsés à hydrogène, précise cette responsable, affichant par ailleurs sa confiance dans le Plan baignade, un héritage phare de l'événement sportif qui représente « un énorme travail collaboratif avec nombre de partenaires ».

Alerte sur les transports en commun

Reste un défi de taille, celui des transports en commun, colonne vertébrale du concept responsable de cette édition des JOP. « On a un modèle compact qui a essayé de rapprocher les sites, de réduire les déplacements et les émissions de carbone en incitant à l'utilisation des transports en commun pour se rendre sur les différents sites de compétition », analyse Pierre Rabadan. Mais les transports franciliens pourront-ils solutionner les déplacements des 15 millions de spectateurs attendus ? Des polémiques enflent et la question inquiète... « L'alerte du moment est sur ce point-là », admet-t-il. « On y travaille collectivement pour accélérer », rassure-t-il. Tic-tac, tic-tac... Il ne reste plus que quelque 200 jours pour se mettre à l'heure.