VIDEO - Arnaud Montebourg : « Je veux faire une politique du made in France taille XXL »

ÉLYSÉE 2022. Troisième invité de « La grande Tribune de la présidentielle », Arnaud Montebourg se présente avec une ambition, la remontada. Il faut dire que l’ancien ministre de l’Economie et du redressement productif part de très bas. La Remontada, il en a fait un slogan de campagne et un livre-projet « de reconstruction d’un pays à terre ». Le politique devenu entrepreneur explique dans cet entretien ses principales propositions économiques : reconquête industrielle en créant un nouvel Alcatel, un nouvel Alstom et un nouveau Pechiney, une augmentation immédiate du Smic et des bas salaires financée par la création d'une taxe sur la valeur ajoutée, un bras de fer avec l'Europe au nom d'un Made in France XXL. Retrouvez ici le replay de l'interview vidéo du candidat, disponible aussi sur Spotify et Deezer.

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(Crédits : DR)

LA TRIBUNE - Ce début de campagne est dominé par le thème de l'immigration, imposé par la possible candidature d'Eric Zemmour. Vous y avez pris part avec votre position sur l'interdiction des transferts d'argent à l'étranger pour les travailleurs immigrés, pour faire pression sur les Etats et les forcer à reprendre leurs ressortissants expulsés. Vous regrettez désormais cette initiative. Pourquoi l'avoir proposé alors et l'excluez-vous désormais ?

Arnaud Montebourg - J'ai retiré cette mesure, parce qu'elle ne correspondait pas avec ce que je voulais exprimer. Ma vision de l'immigration, c'est celle de l'histoire de France, un pays qui a accueilli, intégré, fabriqué des Français. La France est une machine à intégrer qui constitue la nation politique que nous sommes. Vous avez d'un côté un projet identitaire, celui de l'extrême-droite, qui vise à constituer une nation ethnique ; et une position anti-identitaire, la mienne, qui consiste à rappeler que nous sommes au contraire une nation politique et civique : notre ciment n'est pas dans nos origines, notre sang, ou notre religion, mais dans ce que nous faisons ensemble de notre diversité.

C'est le projet qui nous rassemble et nous construit comme nation. Et si la France se déchire aujourd'hui, c'est parce qu'elle n'a pas de projet autre que d'obéir aux injonctions extérieures de l'Europe ou des contraintes de la mondialisation débridée. La « remontada » que je propose est au contraire un projet de rassemblement du pays : se retrousser les manches pour reconstruire notre force. J'y mets beaucoup d'ambition, de l'audace, de l'imagination et j'ai pour objectif de nous rassembler autour. Saint Exupéry disait des Français : « Donnez-leur des cathédrales à construire, ils s'aimeront ». Des cathédrales, il y en a beaucoup à reconstruire et pas seulement celle de Notre-Dame, abîmée par un dramatique incendie. C'est l'objet de mon projet de « nation politique », dans lequel je suis engagé dans cette candidature.

Avez-vous évolué sur cette thématique ? En 2012, vous parliez de démondialisation et de société multiculturelle. C'est devenu un gros mot d'en parler ou c'est une réalité de la société française dans toute sa diversité ?

Je n'ai pas bougé sur mes fondamentaux. Je reste un démondialisateur, et pour venir à bout des problèmes des énergies fossiles et des émissions de gaz à effet de serre qui vont exploser, (parce que la Cop 26 est un échec), la démondialisation progressive reste la seule solution. Six ans après la Cop21 et l'accord de Paris, la Chine, l'Inde et quelques grands pays continuent à construire des centrales à charbon. Il s'en construit 620. Si on ne s'attaque pas à l'organisation mondiale du commerce tel qu'il est aujourd'hui, c'est-à dire le libre échange, il n'y aura aucun changement, et nous fonçons vers le chaos. Ma vision du made in France, c'est à dire du rapprochement raisonnable et inévitable des lieux de production et de consommation, - le circuit court - est celle que j'ai toujours défendue.

Dois-je rappeler que ma mère s'appelle Leïla et mon grand-père Khermiche ?

La question de l'immigration questionne quant à elle la capacité de notre Nation à intégrer, et cette machine à intégrer ne fonctionne plus. C'est pourquoi je pose la question de l'immigration en rapport avec le contrat que nous fixons avec ceux qui viennent s'établir sur notre territoire : apprendre la langue, respecter nos lois, connaître et faire l'apprentissage de nos mœurs, savoir ce qui est autorisé et interdit, et participer à l'effort national en travaillant. Le travail est un élément d'intégration important. Et nous avons une responsabilité collective dans l'école républicaine dans la réussite de ces parcours et trajectoires individuelles d'intégration. L'extrême droite préfère nous demander d'abandonner nos prénoms, une mesure infamante que beaucoup de Français vivent comme un retour du régime de Vichy, qu'elle s'empresse parallèlement de réhabiliter.

Dois-je rappeler que ma mère s'appelle Leïla, mon grand-père Khermiche ? Nous avons mélangé le Morvan et l'Algérie et suis issu fièrement de cette histoire là. Alors quand le contrat est formé, il faut être intransigeant vis-à-vis de ceux qui ne le respectent pas. J'ai vu Jean-Luc Mélenchon me reprocher quelques passages de mon livre « La Remontada » où je disais que l'immigration, c'est d'abord un contrat, qui doit être gagnant pour tout le monde. Ou serait donc l'erreur dans une telle évidence ? L'immigration est une addition. On s'enrichit avec elle si la machine à intégrer fonctionne. Si vous voulez qu'on devienne la Suisse qui ne pèse rien dans le monde, il faut s'enfermer dans le mythe de l'immigration zéro qui n'existe pas d'ailleurs.

Vous dites que ce sujet doit être traité sans hystérie.

Il faut une politique d'immigration comme en Allemagne ou au Canada. Ces pays sont régulateurs et exigeants, en ce qu'ils exigent le respect de règles mais cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de politique d'immigration. Il va donc falloir trouver un point d'équilibre sur le sujet, en reposant les termes du débat et regarder les choses froidement. Il y a beaucoup de choses à faire pour construire une politique d'immigration intelligente, dans l'intérêt national. Une politique respectueuse de nos valeurs et de nos intérêts.

Comment faire alors avec les Etats qui ne veulent pas reprendre leurs nationaux en situation irrégulière ?

La mesure proposée fait partie de l'arsenal des politiques américaines ont utilisé dans l'exercice de la puissance extra-territoriale. Le blocage des visas, des avoirs, le blocage des transferts, la fin de l'aide. C'est ce que font les Etats qui sont confrontés à d'autres États. Il va falloir qu'on ait une politique de coopération vis-à-vis de l'Afrique, de réinvestissement, domaine où nous avons été dépassés par les Chinois et où la France va devoir davantage s'engager, car le développement de l'Afrique est notre intérêt et notre avenir. On traverse aujourd'hui une période difficile avec l'Algérie, avec laquelle nous sommes en quasi-crise diplomatique. J'ai succédé à Pierre Joxe et de Jean Pierre Chevènement à la tête de l'association France Algérie qui avait été fondée par Edmond Michelet et Germaine Tillon. Les propos du président Macron sur la « rente mémorielle » ont choqué car ils ont presque remis en cause l'existence de la nation algérienne. Moi qui suis un enfant de la décolonisation, en faveur de laquelle l'histoire a tranché, je sais que nous avons besoin de nous mettre d'accord des deux côtés des rives de la Méditerranée. Ce travail doit se faire avec des rapports de force, sans être obligé de les utiliser. On doit évidemment avoir d'abord une position politique de compréhension mutuelle.

Sur l'économie, comment expliquez-vous aujourd'hui, alors que la crise sanitaire vous donne raison sur la souveraineté industrielle, que ces problématiques ne soient pas plus au cœur de la campagne ?

Pour ma part, je fais campagne quasi exclusivement sur l'économie et le social, car c'est l'essentiel des problèmes de nos compatriotes. Ces questions-là sont en rapport avec l'écologie et les échecs de la mondialisation de l'économie mondiale. Je défends une stratégie de reprise en main de l'économie par l'Etat, non pas pour entraver la liberté entrepreneuriale, qui devrait être augmentée, mais pour organiser l'économie au mieux de nos intérêts nationaux et humains pour sauver la planète.

Vous proclamez votre amour de la France. Et vous êtes assez sévère sur le diagnostic, parlant d'un pays à terre. Pour vous, Emmanuel Macron a aggravé la situation ?

Ouvrons les yeux. Les Français s'appauvrissent dans la majorité des territoires. Je suis un enfant de la France rurale. Je suis né là, j'y ai vécu, j'y ai été élu et mon cœur est là. J'y vois la fin des services publics, les hôpitaux, les maternités et les commerces qui ferment, les friches agricoles, 20% des terres sont à l'abandon. Des fleurons industriels démontés en cinq ans ou vendus. Alstom, Technip, Alcatel, Lafarge, Essilor, Suez et Engie. Pour Engie, c'est un moindre mal, car cela reste dans le giron national, puisque Bouygues en reprend un énorme morceau. On importe quasiment tout en France. Nous sommes lourdement devenus dépendants des autres. Tous les autres pays européens ont des balances excédentaires, à l'exclusion de l'Espagne, de la Roumanie et de la France. Les deux premiers ont réduit leur déficit après le Covid, la France - elle - l'a aggravé. Le bilan de Macron, c'est 25 milliards d'aggravation de la balance commerciale dans tous les domaines.

Je discutais récemment avec le président des fruits et légumes de France et lui demandais pourquoi on en importe 65%. Est ce qu'on ne sait plus en produire ? Il me disait, oui, mais il faut des investissements, les banques ne nous suivent pas et l'Etat s'en fiche. C'est le sens de mon projet Made in France XXL.

Dans les services publics : police, justice, éducation, santé est-ce que cela va ? C'est ce qui fait la vie en société. Nos alliés nous piétinent et la protection sociale est attaquée et je ne vous parle pas des attaques terroristes. Quand on a mis tout ça bout à bout, on nous sort le chiffre de la croissance. Tous les pays européens voisins, à l'exception de l'Italie et de l'Espagne, sont maintenant au plein emploi.

Il manque un million d'emplois industriels en France qui nous permettraient de retrouver de bons salaires

Le chômage a quand même baissé malgré l'impact de la crise sanitaire et on reparle de plein emploi.

Nous sommes encore à 7,5 à 8% de chômage et celui de longue durée est encore supérieur à l'avant crise. Nous savons tous qu'il manque un million d'emplois industriels en France qui nous permettraient de retrouver de bons salaires. Si vous arrivez à faire un million d'emplois industriels, on en fait trois millions de sous-traitance autour.

Pour retrouver la souveraineté qui nous manque, j'ai établi la liste de 60 produits critiques : quand je vois qu'il y a 1,8 milliard d'antibiotiques importés, et 10 milliards de médicaments alcaloïdes, qui servent à endormir les patients avant les opérations chirurgicales, on a déjà de quoi faire 6 à 7 usines de plusieurs centaines de personnes à implanter dans des territoires désindustrialisés. Ce sont des choses qu'on peut fabriquer au prix mondial, dans des conditions de compétitivité. Où est la volonté publique de le faire ? Où est-ce qu'on a changé la commande publique en mettant une clause de préférence locale pour régler l'affaire ? Ou se trouve le réinvestissement massif en capitaux, car il n'y a pas de capitaux privés risqueurs puisque la France investit dans l'immobilier à 95% et non pas dans le productif. C'est à l'Etat de le faire en allant emprunter sur les marchés financiers pour convertir l'épargne.

Il faut une grande et nouvelle politique du made in France XXL. La Start up nation ne suffira pas. C'est très bien de monter des petites entreprises qui démarrent et iront loin, j'en ai créé moi même plusieurs, mais elles se font souvent racheter par des empires ou d'autres puissances qui viennent faire du shopping en France et ces startups ne règlent pas le problème de l'industrialisation qui réclame des tickets très élevés en capital. Quand on perd des pans entiers de ces outils industriels souverains, pour les remonter il faut des capitaux énormes. C'est pourquoi la révolution économique du made in France passera par des alliances inédites public-privé, des aides d'Etat et une commande publique soutenant nos nouvelles usines, sinon nous ne remonterons pas l'industrie française.

Vous proposez de bâtir "un nouvel Alcatel, un nouveau Pechiney et un nouvel Alstom". C'est-à-dire ?

Un nouvel Alcatel pour une 5G à technologie différenciée. Plusieurs industriels ont imaginé une 5G originale, une 5G plus écologique, consommant beaucoup moins d'énergie. Cette 5G est attendue, pas seulement en France mais par de nombreux pays dans une troisième voie technologique entre l'empire chinois et les équipementiers américains. Nous pourrions avoir un écho dans le monde entier pour exporter cette technologie avec les industriels qui ont bâti la trame technologique de ce projet. Je suis allé à Lannion, ancien berceau des télécoms, le présenter devant les élus et les syndicat, leur expliquer comment le faire, avec un investissement d'un milliard, pour retrouver les emplois d'ingénieurs et de techniciens détruits par Nokia, qui a été racheté par Alcatel, alors que c'était Alcatel qui devait racheter Nokia. Je suis allé voir s'il y avait une motivation.

Que reste t-il ?

J'ai écrit au Premier Ministre pour lui donner l'idée, qui a renvoyé le tout aux appels d'offres et aux calendes grecques. Il ne reste plus rien à Lannion. Vous allez à Belfort chez Alstom, c'est à peine mieux.

Que pensez-vous de la vente aux américains de GE, que vous aviez dénoncé, puis du rachat par EDF quelques années après, des turbines nucléaires d'Alstom ?

Le rachat par EDF des turbines Arabelle vendues en 2015 sous la signature du ministre de l'économie Macron qui pouvait bloquer la vente, et qu'il rachète comme président, est l'exemple même de l'incompétence de l'actuel locataire de l'Elysee. Entre temps, les brevets sont partis, les usines ont été abîmées, les sous-traitants ont fait faillite. C'est comme la fermeture en 2018 par Monsieur Macron de la centrale de Fessenheim et maintenant on dit vouloir réinvestir dans le nucléaire. Le même Monsieur Macron a dit : on va faire des énergies renouvelables et fermer nos centrales ; et là, il déclare qu'on va refaire du nucléaire. Mais quel est donc ce génie stratégique qui nous dirige ?

Je propose qu'on refasse une filière aluminium en rassemblant toutes nos forces pour la production des métaux de l'écologisation de l'économie.

Et un nouveau Pechiney, c'est encore possible ?

Pechiney a été racheté par une OPA hostile et été démantelé. Il ne reste que 2 smelters à Saint-Jean-de-Maurienne et à Dunkerque. L'Union européenne a perdu en 20 ans 19 sites de fabrication d'aluminium, parce que sa régulation des prix de l'électricité a fait exploser les prix. Elles n'ont pas fermé pour le coût du travail mais pour celui de l'énergie. Une usine, ce sont 500 emplois directs et 5000 emplois autour qui sont détruits. J'ai sauvé l'usine en Maurienne avec des Allemands qui ont réinvesti. Mais cette usine consomme autant que la ville de Lyon. Si vous n'êtes pas capable de faire des prix de gros aux électro-intensifs, vous les perdez. C'est ce qui s'est passé. Où sont allés les smelters d'aluminium ? Au Canada, pas là où la main d'œuvre est moins chère. On a le parc électronucléaire qui nous permettrait d'avoir des prix de l'électricité parmi les meilleurs au monde avec l'énergie hydroélectrique. Quand les barrages sont amortis, c'est 25 euros le mégawatt et 40 euros le mégawatt avec le nucléaire amorti. On est dans des prix ultra compétitifs, mais on a perdu nos usines. Je propose qu'on refasse une filière aluminium en concentrant l'ensemble de ce qui a été éparpillé et rassemblant toutes nos forces pour la production des métaux de l'écologisation de l'économie. L'aluminium est un métal qui appartient à l'avenir. Vous pouvez y ajouter le magnésium, le silicium, le lithium et les terres rares...

L'Etat peut-il être un opérateur pour organiser ?

Pas tout à fait ! Ma vision est assez simple, c'est la combinaison de Space X et de la Nasa. L'Etat est à la manœuvre, mais ce n'est pas lui qui fait. Il finance avec des aides et des prêts. Aujourd'hui Bpifrance est encore à se demander comment financer l'industrie que le président vient de redécouvrir. Le président avait mis mes 34 plans industriels à la poubelle en 2014, il les redécouvre tardivement en 2021, que de temps perdu.

Nous sommes les exécutants technologiques des asiatiques, s'ils décident de fermer un jour, ils pourront le faire...

34 plans c'était peut-être un peu trop. Les priorités ont changé. On bascule sur un nouveau modèle écologique. Il faut bâtir de nouvelles industries, de nouvelles filières. A l'époque des 34 plans Montebourg, on ne pensait pas que le véhicule électrique irait si vite, par exemple.

Expliquez-moi en quoi c'est trop. Dans mes 34 plans, il y avait le cloud souverain, les batteries électriques, on ne les a pas faites, maintenant on implante des gigafactories en Allemagne ou sous direction technologique coréenne ou chinoise. Nous sommes les exécutants technologiques des asiatiques, s'ils décident de fermer un jour, ils pourront le faire. Sur 34 plans, il y avait des éléments sur les dispositifs de santé, le véhicule à 2 litres, on est à 6 ou 7.

A vous entendre, Hollande aurait dû vous garder et ne pas prendre Macron.

C'est une autre histoire. Ma proposition de l'époque a été détruite par mon successeur qui n'a pas voulu le faire, par orgueil. Si on avait une politique avec une continuité transpartisane, on n'en serait pas là. J'ai repris moi-même certains éléments de la politique de mon prédécesseur Christian Estrosi.

Est-ce qu'il fallait attendre 2021 pour préparer la France de 2030. On a perdu 10 ans !

Dans le plan France 2030 de Macron, il y a pourtant beaucoup de Montebourg.


Je l'avais proposé en 2014. Est-ce qu'il fallait attendre 2021 pour préparer la France de 2030. On a perdu 10 ans et pendant ce temps, il y a des territoires qui meurent, des gens qui se retrouvent au chômage et la France qui s'appauvrit. Le bilan industriel de Macron c'est de la défaisance, de la destruction. La startup nation n'est pas en mesure, je le regrette, de nous offrir de valeur industrielle. On nourrit par notre créativité les fonds de retraite américains et la valorisation délirante des Gafam à Wall Street.

On a renoncé à avoir une solution française et européenne sur le cloud souverain. Est-ce qu'on pourrait le faire ?

Tous les spécialistes de l'industrie numérique nous disent qu'on peut le faire. Je suis client d'OVH avec mes entreprises, ma proposition c'est des quotas technologiques, comme on a fait des quotas d'œuvres pour l'exception culturelle française. La France est le pays champion des logiciels. Ce n'est pas pour rien que Steve Jobs embauchait des ingénieurs français. Nous avons une tradition de créativité et de génie mathématique qui ne s'est pas démentie et tous les Français dans la Silicon Valley et les data scientists en France ne rêvent que d'une chose, qu'on les protège et qu'ils puissent exprimer leur capacité entrepreneuriale. Ma proposition, ce sont des quotas technologiques. On a bien eu des quotas de bananes et d'acier, on ne peut pas avoir ce nouveau type de quotas technos ?

C'est à négocier en Europe ?

On peut commencer chez nous. On ne va pas attendre après l'Europe qui ne prend aucune décision en la matière, qui nous demande de privatiser nos barrages, met nos armées aux 35 heures, nous demande de démanteler EDF au moment où on a besoin d'une entreprise très puissante. Ils feraient mieux de s'occuper de ce qui nous est inaccessible comme nation seule, les Gafam, la puissance industrielle chinoise, le réchauffement climatique. Il y a bien un grave problème d'inefficience avec l'Europe.

Sur le sujet du pouvoir d'achat, si vous êtes élu, comment faites-vous pour remonter les salaires de ce pays ?

Je veux donner plus de travail à la France pour retrouver notre indépendance. Il faut augmenter le gâteau pour financer la protection sociale et la transition énergétique. On va avoir besoin d'investissements considérables pour se débarrasser de 40 millions de véhicules thermiques et de 11 millions de chaudières au gaz et au fioul et le plastique. Les investissements vont être massifs et il faut financer notre protection sociale. Il y a deux choses à faire : payer mieux le travail et en créer plus. Il faut une société qui ait la reconnaissance du travail, quel qu'il soit, y compris les travailleurs indépendants. Nous vivons une grave crise de pouvoir d'achat. Le gaz c'est un prélèvement de 700 euros par an, selon l'Ademe et il a augmenté 36% en 3 mois, l'électricité a pris plus 25% en trois ans et l'essence est déjà à 2 euros. On nous annonce +10% sur l'alimentation. Pour la moitié des Français les plus mal payés, il ne reste après les factures, que 55 euros au 10 du mois. Et parmi ceux qui gagnent le Smic, 62% sont des femmes.

Je proposerais d'augmenter immédiatement de 10% le smic et d'ouvrir des négociations dans toutes les branches professionnelles.

Comment on fait pour augmenter les salaires ?

Les salaires sont le cœur d'un pays qui travaille. Je refuse le recours aux allocations, qui sont payées par le contribuable, car ce sont des impôts sur les Français. Je préfère parler salaire et partage de la richesse au sein de l'entreprise. Je proposerais donc d'augmenter immédiatement de 10% le smic et d'ouvrir des négociations dans toutes les branches professionnelles.

Un Grenelle des salaires ?

Il n'y en a pas eu depuis 50 ans sur les salaires. Pourquoi ? Parce que le Smic ne permet pas de remonter le salaire minimal des branches, en raison de l'inversion de la hiérarchie des normes. Il faut aller jusqu'à l'augmentation des minimas dans les branches et que cela se diffuse en allant jusqu'à 2000 euros bruts. Il ne faut pas une conférence, mais une négociation avec des décisions au bout. Regardez comment les grèves se multiplient dans les entreprises sur les questions salariales. Vous ne pouvez pas faire la remontada du pays, si vous ne faites pas celle des salaires. Les marges se sont reconstituées, la bourse est au plus haut. Le président Biden a fait du salaire minimum un de ses points durs, il a mis le salaire minimum fédéral à 15 dollars. Et le nouveau chancelier allemand a proposé des hausses du salaire minimum fédéral.

Un des gros problèmes aussi, ce sont les pénuries de main-d'œuvre.

Si vous ne payez pas, vous n'en trouvez pas. Qu'est ce qu'à dit le président de la fédération de l'hôtellerie-restauration ? On va augmenter les salaires de 9%. Il y a 57 métiers en tension souvent mal considérés et mal payés. Les Espagnols ont augmenté les salaires minimums de 27% en 5 ans, les Allemands ont proposé une augmentation de 20% des salaires minimum. Il y a une remontée des salaires mondiale, la France doit prendre sa part. Il n'y a pas de problème de compétitivité. En dessous de 1,6 fois le Smic, les salaires ne supportent presque plus de cotisations. Les dirigeants d'entreprise disent pouvoir absorber une hausse de 10%.

Je pense que nous pouvons construire un compromis historique sur le partage de la valeur.

C'est un hommage au CICE  de Hollande/Macron ?

Toutes les politiques depuis 20 ans se sont concentrées sur les bas salaires. C'est devenu une trappe à bas salaires. La remontée des salaires ne pose pas de problème. J'ai mis dans le débat une proposition qui vise à transférer une partie du financement de la protection sociale. Aujourd'hui, on taxe l'embauche : ma proposition est qu'il vaut mieux aller taxer dans l'entreprise la richesse produite en créant la cotisation sur la valeur ajoutée, car cela neutralisera l'arbitrage capital/travail.

Exemple : une ETI avec 2000 salariés et 250 millions de chiffre d'affaires paie plein pot la protection sociale, tandis qu'une entreprise numérique qui fait 40 millions de CA avec 20 personnes ne paie presque rien. Le rééquilibrage serait naturel et permettrait aux entreprises de main d'œuvre d'être déchargées du poids de la protection sociale sans toucher au paritarisme. Cela permet aussi de créer de nombreux emplois. Les projections de l'OFCE ont démontré que cela créerait entre 700.000 et 1 million d'emplois.

Quels seront vos alliés pour mettre en place ces mesures salariales ?

Je pense que nous pouvons construire un compromis historique sur le partage de la valeur. En disant que l'essentiel du pays est au travail, qu'il doit être honoré et c'est là que nous allons faire progresser le partage de la valeur. J'ai défendu, je ne suis pas le seul, la distribution de dividendes aux salariés.

Vous voulez généraliser la participation ?

Il n'y a que 5 millions de salariés qui obtiennent intéressement et participation. C'est peu. On pourrait imaginer un système plus partageur. Je suis pour qu'il y ait davantage de salariés dans les conseils d'administration pour s'associer aux décisions, pour qu'il y ait un patriotisme commun de l'outil de travail.

Votre Remontada est également écologique : vous dites dans votre livre, qu'il faudrait baisser de 5% notre consommation de pétrole avec une fin envisagée en 2040.

Nous allons devoir investir massivement, sortir nos investissements du fossile, les pénaliser et réorienter notre épargne vers des investissements vertueux, qui vont créer de l'emploi. Je rappelle qu'il y a 11 millions de chaudières au gaz et au mazout à remplacer par des pompes à chaleur. Ces investissements ne peuvent se faire que par des déductions fiscales. C'est ce qu'on a fait depuis des années, sans résultat. Il faut dire : on va les interdire, vous avez 3 ans pour changer, on vous en paye un bout chaque année, vous avez cela à votre charge, mais vous y gagnerez en faisant d'énormes économies d'énergie. On fait un calcul économique et le remplacement étant obligatoire, il doit être pris en charge, autofinancé par les économies d'énergie.

Il nous faut investir dans le nucléaire, pour sortir du pétrole.

Il faudrait que les banques jouent le jeu.

Elles financent encore majoritairement l'industrie fossile. Ce projet de substitution ne pourra se jouer autrement que par un système public ou parapublic, soit par les collectivités ou la Caisse des dépôts. Il faut une agence de rénovation énergétique. On va avoir le même problème avec les véhicules thermiques, il y en a 40 millions à remplacer. J'ai entendu ce qu'a dit le président de PSA : c'est la première fois que les Etats nous obligent à un choix technologique, la batterie électrique. Le pétrole, c'est une facture de 45 milliards par an. Dans la balance commerciale, cela pèse lourd. On va remplacer le pétrole par l'électricité et il va falloir en produire beaucoup, pas trop cher. C'est pour cela qu'il nous faut investir dans le nucléaire, pour sortir du pétrole.

Yannick Jadot n'est pas d'accord sur le nucléaire, Mélenchon veut en sortir aussi. Comment est-ce que vous pourriez avoir des convergences dans une future coalition ?

Je ne vois pas, sincèrement, comment se débarrasser du charbon, du pétrole et du gaz, sans le nucléaire. Il y a un problème d'acceptabilité sociale des énergies renouvelables, que ce soit l'éolien en mer, avec les pêcheurs, l'éolien terrestre, avec les riverains ou avec le solaire, car on doit pouvoir garder nos terres agricoles. On voit bien les limites physiques des énergies renouvelables. La question de l'intermittence rend ces énergies non pilotables. Les Allemands ont énormément investi, ils sont à 16% d'utilisation des équipements. Quand vous installez 1000 mégawatts, vous avez 160 mégawatts qui fonctionnent. Les investissements sont disproportionnés par rapport au rendement. Quand cela ne souffle pas, il peut y avoir des black out. C'est l'exemple de la Californie et du Texas. Deux inconvénients soulevés par RTE. Je note qu'ils disent que si on ré-industrialise, il va falloir doubler la production électrique. Il va bien falloir avoir des outils de production, prolonger les centrales nucléaires, en construire de nouvelles, réinvestir dans la nouvelle génération qu'était Astrid, abandonnée par le gouvernement. Je suis parfaitement aligné avec Fabien Roussel sur ce sujet.

La fermeture de Fessenheim, c'est 8 milliards mis à la poubelle, 2200 salariés au chômage et un outil qui aujourd'hui nous fait défaut.

Sur le nucléaire, des questions se posent sur la chaîne d'approvisionnement, le renouvellement des compétences des ingénieurs et des figures du secteur s'interrogent sur le retard pris. Avant de faire de nouveaux EPR, il faudrait déjà faire le premier.

Vous observerez que j'avais déjà cette position lorsque j'étais au gouvernement. J'avais dit que le nucléaire est une filière d'avenir. Vous vous souvenez des critiques qui s'étaient abattues sur moi. Je ne pense pas m'être trompé beaucoup. La fermeture de Fessenheim n'était pas une bonne décision. C'est 8 milliards mis à la poubelle, 2200 salariés au chômage et un outil qui aujourd'hui nous fait défaut, car c'est pour la raison de cette fermeture que nous n'avons pas pu fermer nos trois centrales à charbon et qu'on va continuer à s'alimenter aux centrales à gaz allemandes, c'est absurde au regard de nos objectifs climatiques.

Vous pourriez gouverner avec les Verts en lançant des EPR ?

Cela ne se pose pas en ces termes. Le nucléaire est une question vitale, puisqu'il n'y a pas d'autre solution réaliste, surtout si on veut réindustrialiser. Si, comme Sandrine Rousseau, on dit qu'il faut un choc de décroissance, cela marche. Mais ce n'est pas ce que je veux faire. Aujourd'hui, on est en train de s'appauvrir. On est obligé de produire davantage. Des activités indésirables, parce que polluantes, doivent diminuer, il faut donc de la décroissance dans certains secteurs et des activités vertes qui doivent augmenter. Il y aura donc croissance dans ces secteurs là.Le nucléaire n'est pas une énergie propre, mais c'est une énergie décarbonée. Il y a 51 centrales nucléaires en construction dans le monde. Si on demande à la Chine de fermer ses usines de charbon, par quoi va-t-elle les remplacer ? Par le nucléaire. La maîtrise technologique est fondamentale. La recherche doit reprendre pour économiser les déchets et l'uranium. Il y a aujourd'hui une capacité de 1000 ans avec les réserves d'uranium mondiale. La coopération industrielle avec les pays qui construisent des centrales nucléaires, les Russes, les Chinois doit se poursuivre et nous devons réinvestir dans nos capacités.

Concernant le prix du gaz, faut-il se réconcilier avec les Russes ?

Je ne crois pas que le prix du gaz soit indexé sur la bonne ou mauvaise humeur du président russe, par rapport à la politique européenne. C'est d'abord un problème européen concernant le prix de l'électricité. La directive européenne nous oblige à fixer le tarif imposé à nos opérateurs à un prix beaucoup plus élevé que celui auquel on le produit. Cela permet peut-être à EDF et Engie de gagner beaucoup d'argent. Le Gouvernement le sait parfaitement.

Sur le prix de l'électricité, vous êtes d'accord avec Bruno Le Maire qui veut réformer la règle européenne ?

Je vais plus loin que lui. Il faut reprendre notre liberté.

Vous êtes pour une remise en cause du consensus européen ?

Quel consensus ? L'Europe est divisée, elle est paralysée et elle ne réalise pas les promesses qu'elle avait indiquées. Je rappelle que les Français avaient voté non en 2005 sur le traité européen, je l'avais fait aussi et je m'étais opposé à l'élargissement, mais à l'époque on était considéré comme des anti-européens. Je pense qu'on a besoin de l'Europe, mais pas de celle-là.

Il est faux de dire que les traités européens interdisent la primauté du droit national.

Vous dites qu'il faut « remonter la France sans démonter l'Europe ». Les traités disent qu'il y a primauté du droit européen sur le droit national.

Il est faux de dire que les traités européens interdisent la primauté du droit national. C'est même tout le contraire. Les Traités sont soumis et inférieurs aux constitutions des Etats membres. Sans quoi il n'y aurait jamais eu de traité de Rome. Même si la Cour de Justice européenne multiplie les coups de force pour faire croire le contraire. Je propose que la souveraineté nationale, exprimée par le Parlement en dernier ressort, puisse modifier des règles européennes, lorsque l'intérêt national vital est en jeu.

C'est le cas pour le prix de l'électricité ?

Par exemple. Mais c'est aussi le cas de la directive du travailleur détaché qui nous interdit d'aligner les travailleurs qui travaillent sur notre sol au droit national : cela s'appelle un intérêt vital, car cela a un rapport avec la vie et la survie économique. La privatisation des barrages, idem, c'est une spoliation. On va laisser les puissances étrangères répondre aux appels d'offres et prendre en main nos barrages comme sur nos aéroports ? Nous sommes chez nous monsieur ! On fait ce qu'on veut ! Ce rééquilibrage raisonnable entre souveraineté nationale et européenne est nécessaire. Même Michel Barnier, ancien commissaire européen, le dit : « je sais ce qu'a été le Brexit et je sais qu'il y en aura d'autres, si on ne rééquilibre pas. ».

Il l'a dit sur l'immigration, je le dis sur la question économique. Je veux faire une politique made in France taille XXL. Cela suppose qu'on ait des règles alignées sur celles du Japon ou des Etats-Unis. Le modèle Space X-Nasa, pour les médicaments alcaloïdes : créer 5 usines sur lesquelles on va flécher les achats de nos hôpitaux. Je vais dire aux directeurs des achats des hôpitaux, vous garantissez pendant 5 ans les volumes et les prix, vous devez vous approvisionner dans ces usines dans le Tarn, la Lozère ou dans les territoires des industrialisés, au nom de la relocalisation. Avec de la commande publique, ces médicaments seront fabriqués en France. On peut le faire pour 60 produits. Même l'armée fait fabriquer ses pulls en dehors de France !

Préférence locale ou européenne ?

Est ce qu'on veut réindustrialiser les autres ou nous mêmes ? S'il faut donner la préférence locale, on va la donner. On va avoir un conflit avec l'Union européenne. La loi dira les secteurs concernés : les radars, les thermostats, les cellules de batteries, les accumulateurs, les médicaments, les huiles et les graisses par exemple. Je veux agir à la japonaise, cela veut dire des aides d'Etat qui sont aujourd'hui non acceptées par l'UE et des commandes publiques, c'est le Small Business Act américain, sur lequel on va s'aligner.

Je propose des zones spéciales réservées à la non application de la loi européenne, où on peut relocaliser.

L'exemple japonais n'est pas une grande réussite en termes de croissance.

Le gouvernement japonais a relocalisé 1500 usines venant de la Chine, dont il a payé la fermeture et la réouverture à 75%. Payer 75%, cela permet de choisir l'endroit où on va aller. Je propose des zones spéciales réservées à la non application de la loi européenne, où on peut relocaliser. On peut, en un quinquennat, créer 200.000 emplois, 400.000 sur dix ans, multiplié par 3 ou 4 avec la sous-traitance autour et vous retrouvez ainsi le niveau de salaire de prospérité dans les territoires et travailler à la qualification des salariés car il y a des millions de personnes qu'il faut requalifier pour les métiers dont on va avoir besoin.

Avec l'Allemagne, voyez-vous des partenaires ou une France isolée ?

La priorité, c'est la France, parce que la France a toujours cotisé à la construction européenne, mais qu'est-ce qu'elle en a retiré ? Concernant le fameux plan de relance négocié avec Bruxelles, nous recevons 40 milliards de subvention et nous allons en rembourser 67 ! Cinq pays ont obtenu qu'ils ne paieraient pas plus que ce qu'ils recevront, notamment l'Italie. Nous pas. Chaque pays se défend, pendant que la France, elle, défend la construction européenne. Il s'agit d'un rééquilibrage. L'isolement, je ne le vois pas. L'Europe est à je ne sais combien de vitesses et l'Europe ne doit pas nous empêcher de reconstruire ce qu'on doit reconstruire. Cette mise à distance, qui sera temporaire, nous permettra de retrouver la force dont on a besoin.

Il y a 10 millions de Français qui rêvent de quitter les métropoles.

Vous parlez aussi de « remontada territoriale », d'un réenracinement, avec sur le logement, une mesure originale de retour à la terre, financée par l'Etat.

Il y a 10 millions de Français qui rêvent de quitter les métropoles. Les loyers y sont délirants, les problèmes de sécurité réels, les délais de transport insupportables. Les gens cherchent à retrouver une vie normale, mais beaucoup de Français n'ont pas le choix, parce qu'ils n'ont pas les moyens de vivre autrement, de retrouver leurs racines, une harmonie familiale. Est-ce que l'Etat doit s'occuper de cela ? Je le crois. Dans les petites villes, il y a, au bas mot, un million de biens vacants abandonnés. Les collectivités ne savent pas quoi en faire, alors qu'il y a des gens qui ne savent pas où se loger. Mon idée est de proposer un rachat par l'Etat à bas prix avec un plan d'accession à la propriété pour des gens qui accepteront des les habiter et les rénover à leur frais, et qui ne sont pas déjà propriétaires. Cela a été fait en Italie du sud, avec un succès phénoménal. Les collectivités ont offert des biens, les gens sont venus du Nord. Cela a revigoré le commerce. Il y a dans les régions rurales, beaucoup d'emplois non pourvus, des activités pour les artisans, cela amènera des enfants dans les écoles. Cela permettrait d'amorcer la pompe de la repopulation.

Il faudrait aussi y proposer les mêmes services publics.

Je vais vous parler des déserts médicaux. Mon successeur en Saône-et-Loire au conseil général a eu l'idée bienvenue de salarier les médecins. Il en a embauché 74 et les déserts ont reculé ; les médecins en ont assez d'être surmenés et de ne plus avoir de vie, ont une nouvelle manière d'exercer, c'est ma proposition pour sortir des déserts médicaux. Autre proposition : le rétablissement du service national civil et militaire, permettant aux étudiants finissant leurs études d'apporter leurs compétences à la nation, en apportant du renfort dans les territoires. Chacun selon ses compétences. Ceux qui voudront s'engager comme militaire le feront, ceux qui voudront aller dans la police, la gendarmerie, soutenir les Eaux et Forêts, aller dans les Ehpad le pourront. C'est ce qu'on appelle la Fraternité, un mot qui manque avec M. Macron et ses mots méprisants, les « gaulois réfractaires », les « illettrés » ou « ceux qui ne sont rien »... La cohésion nationale, c'est ce qui nous manque.

Votre projet peut-il rassembler la gauche ? Est-il socialiste ?

Oui, c'est un projet de gauche qui peut rassembler. Il vise à retrouver les classes populaires, car la gauche les a abandonnées ainsi que le monde du travail.

Les 35 heures, ce fut la flexibilisation, l'annualisation et la modération salariale. On ne peut pas refaire ce mouvement car les Français ont besoin de hausses de salaires urgentes.

Vous ne parlez pas de réduction du temps de travail, à la différence d'Hidalgo ou de Mélenchon ?

J'ai fait le choix du salaire, car on ne peut pas avoir les deux. Les 35 heures, ce fut la flexibilisation, l'annualisation et la modération salariale. On ne peut pas refaire ce mouvement car les Français ont besoin de hausses de salaires urgentes.

Pensez-vous pouvoir trouver des partenaires pour accéder au second tour, alors que vous avez du mal à faire la Remontada au vu des sondages actuels ?

Ma stratégie est de proposer un « Conseil National de la Résistance » pour les temps actuels.  Un projet de reconstruction nationale et sociale qui s'adresse à tous, des gaullistes aux communistes. Comment tout cela se nouera, je l'ignore. Mais ma proposition est nécessaire pour notre pays qui va si mal. Fermer les yeux, on ne peut plus se le permettre. Défendre les salaires, c'est de gauche, lutter contre les inégalités  territoriales, c'est de gauche.

Gouverner avec Mélenchon c'est possible ?


Ces questions se poseront le moment venu, pour le moment je défends mon projet de remontada.

Vous dites que vous serez le dernier président de la 5ème République, car vous êtes pour un septennat non renouvelable.

Je suis défenseur de la 6ème République depuis longtemps : trop de concentration des pouvoirs, pas de contre-pouvoirs. Il faut les faire grandir et faire intervenir le peuple dans les décisions politiques. Je défends donc le référendum d'initiative citoyenne. C'est la destitution ministérielle par une majorité parlementaire. C'est l'entrée du conseil économique et social dans les institutions délibératives. C'est la réduction des pouvoirs du président sur les nominations qui sont abusives. C'est une meilleure responsabilité du gouvernement face au parlement et une meilleure responsabilité de la majorité parlementaire face à la population qui l'a élue. Nul ne pourra pas gouverner avec 15% à 20% des voix. Il faut sortir de son clan et construire des compromis. Je suis prêt à le faire avec tous ceux qui se reconnaissent dans ce spectre large et peuvent se situer dans ce projet de Remontada de notre pays.

34 mn

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Commentaires 11
à écrit le 22/11/2021 à 9:17
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il a demolit ' facon xxl' le peu d'industrie qu'il restait, et il ose la ramener!! le chancre de la souverainete de vrait se rappeler des reunions de ses sbires avec l'industrie du medicament, a laquelle il avait ete promis de lui casser les reins a...

à écrit le 21/11/2021 à 16:27
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Montebourg vient d'apprendre à ménager l'immigration son parti lui a rappelé de ne pas couper la branche où s'assoit toutes élections du parti Socialiste car il ne son là que grace à cela . Les Français de souche ne vote plus pour eux comme le parti ...

à écrit le 20/11/2021 à 15:48
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Le contribution de Montebourg a l'economie francaise c'est bien connu. Demandez les ouvriers en heritage de l'affaire Goodyear et Titan.

à écrit le 20/11/2021 à 9:20
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Si la gauche était opposée à l'immigration, elle creverait les sondages. Mais au fait, pourquoi la gauche soutient-elle systématiquement et inconditionnellement l'immigration ?

à écrit le 20/11/2021 à 2:33
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Faut pas compter sur ceux qui ont été au gouvernement et coule la France, il faut quelqu'un qui se couche pas devant un groupe minoritaire.

à écrit le 19/11/2021 à 23:14
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"Et je me renie devant le premier qui gueule plus fort que moi...". En 24h, Montebourg s'est torpillé lui-même tout seul.

à écrit le 19/11/2021 à 14:59
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Encore un gaulliste bidon, comme tous les politiciens. Et quelqu'un qui n'a toujours pas digéré d'avoir été remplacé par E. Macron comme ministre de l'économie. Bref : un ego surdimensionné de plus. La France des barons, y'en a marre.

à écrit le 19/11/2021 à 11:25
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Montebourde financé par une filiale de Rotschild, voir l' excellent dossier de Xavier Poussard sur Faits et Documents, veut faire du souverainisme en restant dans l' UE, faudra qu' il nous explique ! J' aime beaucoup mieux les Mont...

à écrit le 19/11/2021 à 9:00
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S'il veut gouverner avec les gaullistes et les communistes, ça risque de pas faire grand monde. Beaucoup de projets a financer, 75% des usines, les maisons de villages ,le nucléaire... mais la france n'en aura pas les moyens, donc bon...

à écrit le 19/11/2021 à 8:13
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Notons comme les chances de la gauche de l'emporter sont réduites à néant du fait d'une dispersion programmée des voix de gauche, Mélenchon fait peur aux plus modérés, Montebourg et Hidalgo font rire les radicaux Jadot lui fait roupiller tout le mond...

le 21/11/2021 à 12:10
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Tiens d'ailleurs je viens juste de voir un sondage sur votre fenêtre reuters sur lequel il est dit que 52% des français ne veulent pas que la gauche s'unisse ! :-) Mais que c'est pénible de ne jamais se tromper.

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