Violences faites aux femmes : le combat d’Élisabeth Richard (Engie) et d'Alice Holzman (Axa)

Sophie Iborra

Elisabeth Richard (Engie, à gauche) et Alice Holzman (Axa, à droite).
DR

Sophie Iborra

Elisabeth Richard (Engie, à gauche) et Alice Holzman (Axa, à droite).
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Également co-présidente de la commission violences du Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes, Elisabeth Richard est presque de tous les combats en faveur des droits des femmes et des enfants. Depuis près de 25 ans, celle qui a fait toute sa carrière de La Lyonnaise des Eaux à Engie, multiplie les actions internes et les partenariats stratégiques afin de lutter contre toutes formes de violences intrafamiliales.
Accompagner et aider les femmes en proie à la violence de leur (ex) compagnon c'est aussi l'engagement d'Alice Holzman. membre du comité exécutif d'Axa France depuis 2022. Cette diplômée de l'Essec Business School a su convaincre sa direction de mettre en place une initiative lumineuse qui pourrait bien faire date et inspirer jusqu'aux concurrents de la compagnie d'assurance.
La Tribune - Les chiffres des violences conjugales sont en hausse, le nombre de victimes enregistrées en commissariat ou en Gendarmerie a doublé entre 2016 et 2024 sans compter toutes celles qui ne l'ont pas signalé. L'entreprise peut-elle être une partie de la solution ?
Elisabeth Richard - L'entreprise est le miroir de la société ! Le sujet de la santé et de la sécurité de nos collaboratrices, de leur famille et de toutes nos clientes doit être au cœur de notre attention. L'entreprise ne peut pas être mise sous cloche en se disant que cela n'existe pas ou que cela ne nous concerne pas. Nous avons un rôle essentiel à jouer pour protéger nos collaboratrices mais aussi pour sensibiliser nos clients sur ce fléau. L'État fait beaucoup, les associations aussi, mais le sujet est trop sérieux et trop large pour que les entreprises s'en lavent les mains.
Alice Holzman - Oui et l'entreprise peut être un espace refuge pour beaucoup de femmes victimes de violences souvent sous emprise psychologique. Avoir accès à une aide, des conseils et du soutien sur leur lieu de travail est essentiel. Et même si elle ne peut pas tout, l'entreprise a un rôle central à jouer y compris auprès de ses clients. Chez Axa nous voulions proposer des solutions en phase avec nos métiers.
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Longtemps ignorée des entreprises la question des violences intra familiales semblent entrer progressivement dans le champ la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE). Qu'est-ce qui a changé selon vous ?
A.H. Ça fait 10 ans que nous accompagnons les femmes, nous n'avons pas découvert tout d'un coup que des violences s'exerçaient au sein des familles. En revanche, il y avait une question d'acception sociétale globale y compris sur le rôle des entreprises dans ce combat. On a longtemps considéré que nous devions rester en dehors de son champ d'action. Sans une prise de conscience générale sur les violences par l'ensemble de la société, l'implication des entreprises sur ces sujets auraient été probablement mal comprises. La société n'était pas prête.
E.R. Oui, j'ajouterais que, pour moi, ce qui a créé le point de bascule c'est la Covid. Pendant le confinement, les violences intrafamiliales ont éclaté au grand jour, nous même, chez Engie, avons été témoins de nombreux cas parmi nos collaboratrices, il fallait agir. C'est à ce moment que nous avons décidé de lancer une opération inédite, celle d'afficher sur nos 11 millions de factures les numéros d'urgence les « 3919 », « 17 » et « 114 » pour les victimes de violences sexistes et sexuelles. C'était une première et nous en sommes très fiers.
« Être une femme ne devrait jamais être un risque », c'est l'un des slogans de la campagne de communication d'envergure autours de l'initiative d'Axa. En quoi consiste-t-elle exactement ?
A.H. Il faut savoir que 79 % des féminicides se produisent au sein même du domicile. Notre métier c'est de protéger tous les membres d'un même foyer. Nous avons donc décidé de proposer un relogement d'urgence aux femmes victimes de violences avec ou sans enfants. À ce dispositif s'ajoute un suivi psychologique, juridique et financier. La victime peut appeler un numéro en toute discrétion sans que le détenteur du contrat, souvent le mari ou le compagnon, ne soit prévenu. Accompagnée dès sa décision de départ, la victime est mise en sécurité dans un logement approprié pendant une semaine. Ensuite, nous travaillons avec les associations, afin de passer le relais pour leur prise en charge.
Engie s'est engagée à plusieurs reprises auprès du Gouvernement pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles. De quelles manières ?
E.R. Le rôle des grandes entreprises est aussi prendre part aux débats et aux initiatives publiques. Nous avons beaucoup travaillé notamment auprès des ministres en charge de ces questions à qui je veux rendre hommage, Laurence Rossignol, Elisabeth Moreno, Isabelle Rome ou encore plus récemment avec Aurore Bergé pour avancer conjointement autant que faire se peut sur ce combat commun. Un exemple : au moment du Grenelle des violences conjugales lancé par le gouvernement et la ministre Marlène Schiappa en 2019, j'ai été sollicitée par Muriel Pénicaud, alors ministre du travail, pour faire partie d'un groupe de réflexions. J'étais la seule représentante du privé. Nous avons réussi à faire en sorte qu'il soit possible de débloquer l'épargne salariale en cas de violences avérées. Auparavant, ces victimes étaient obligées de démissionner de leur poste pour pouvoir jouir de leur épargne au moment du départ du foyer.
Selon vous, faut-il être une femme pour porter ces sujets dans l'entreprise ?
E.R. J'avoue que le fait que le groupe soit porté par une femme comme Catherine MacGregor, totalement investie sur ces sujets, aide beaucoup. Mais rien ne serait possible sans l'engagement de l'ensemble des dirigeants. Jean-Pierre Clamadieu, président du conseil d'administration du groupe s'est lui aussi beaucoup investi dans le lancement de l'opération des numéros d'urgence sur nos factures. Je crois profondément que l'engagement sur la question des violences doit dépasser le genre.
A.H. Oui, chez nous aussi la détermination de Guillaume Borie, Directeur général d'Axa France a été déterminante. Femme ou homme, ce n'est pas vraiment la question. Il faut, avant tout, des personnes engagées jusqu'au bout de la démarche parce qu'il y a toujours 10 000 raisons d'abandonner en cours de route. Les aspects techniques, juridiques et financiers peuvent être assez lourds. Pour porter ce genre de projet il faut s'investir corps et âme.
De quoi inspirer les autres entreprises à l'avenir y compris vos concurrents peut-être ?
E.R. Personne ne devrait être en concurrence sur ces sujets, toutes les initiatives qui vont dans le sens de la lutte contre les violences seront toujours bonnes à prendre. C'est un enjeu de société, celle dans laquelle nos enfants vont grandir, on ne pourra pas leur dire qu'on ne savait pas. Tout le monde est concerné et ce combat est encore loin d'être gagné.
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A.H. Si ce genre d'initiative devenait un standard, cela signifierait qu'on a fait du bon boulot. Malheureusement, nous sommes encore face à de nombreux défis en matière de violences intrafamiliales. Quand je vois la résonnance de ce dispositif et la fierté de l'ensemble des salariés d'Axa à son lancement, je me dis que nous pouvons, nous entreprises, apporter des réponses concrètes qui ont un impact fort sur nos clients comme sur nos collaborateurs.
Sophie Iborra