À rebours des autres banques centrales, le Japon persiste à maintenir ses taux bas

La Banque centrale du Japon a, une nouvelle, fois décidé de maintenir sa politique ultra-accommodante caractérisée notamment par un taux négatif de 0,1% sur les dépôts des banques auprès d'elle. Une stratégie qui a pour but de préserver la croissance du pays et de maintenir un yen fort pour doper les exportations. En contrepartie, cette stratégie renchérit le prix des importations alimentant ainsi l'inflation.
La Banque centrale du Japon a indiqué qu'elle conservait son taux négatif de 0,1% sur les dépôts des banques auprès d'elle.
La Banque centrale du Japon a indiqué qu'elle conservait son taux négatif de 0,1% sur les dépôts des banques auprès d'elle. (Crédits : Reuters)

Le Japon persiste et signe : « colombe » il est, « colombe » il restera, selon le surnom donné aux pays qui maintiennent une politique monétaire accommodante. La Banque du Japon (BoJ) a ainsi conservé son taux négatif de 0,1% sur les dépôts des banques auprès d'elle, et va poursuivre sa politique d'achats illimités d'obligations publiques japonaises (JGB) à dix ans visant actuellement à plafonner leurs rendements à 0,25%. En avril dernier, elle s'était déjà engagée à maintenir ses taux à un niveau faible. « La BoJ s'attend à ce que les taux d'intérêt directeurs à court et à long terme restent à leur niveau actuel ou à un niveau inférieur », avait-elle ainsi indiqué.

Une attitude qui contraste avec celle des autres banques centrales à l'instar de l'Union européenne, des Etats-Unis ou encore de la Suisse qui ont toutes fait le choix, à plusieurs reprises même pour certaines, de relever leurs taux directeurs. C'est, en effet, l'une des clés pour tenter de lutter contre l'inflation qui n'épargne pas le Japon, bien qu'elle y reste toutefois modérée. La hausse des prix s'est accélérée, atteignant 2,1% en avril (hors produits frais), un niveau inédit depuis 2015, mais qui est conforme sur le papier à l'objectif de 2% de la BoJ dans un pays longtemps aux prises avec la déflation.

Toutefois, ce n'est pas le type d'inflation que l'institution désire. Car la hausse des prix à la consommation au Japon est tirée par la flambée des prix de l'énergie et d'autres matières premières importées, et non par une réelle dynamique de croissance.

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Chute du yen

Malgré cela, l'institution pense toujours que cette inflation importée ne devrait pas durer au Japon et retomber progressivement. Ce diagnostic est néanmoins fragilisé depuis quelques mois par la chute du yen. En effet, la BoJ maintient qu'un yen bon marché est globalement positif pour l'économie nationale puisqu'il soutient notamment les bénéfices des grandes firmes nippones exportatrices ou très présentes à l'international comme le géant automobile Toyota. Cela dope, en effet, artificiellement leurs bénéfices réalisés à l'étranger une fois convertis en yen. La BoJ craint donc d'affaiblir la croissance du pays en augmentant ses taux.

Mais une telle stratégie a aussi pour effet de renchérir encore davantage les importations japonaises, renforçant donc l'inflation dans le pays qui est un gros importateur d'énergies fossiles dont les prix ont flambé depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie. La devise japonaise est tombée récemment à ses plus bas niveaux face au dollar depuis 1998 à 135,19 yens. Ce vendredi, elle a encore brièvement décroché par rapport au billet vert après l'annonce de la BoJ.

Cette dégringolade du yen est justement en grande partie liée aux divergences croissantes entre la politique ultra-accommodante de la BoJ et les resserrements monétaires intensifiés aux Etats-Unis et en Europe qui souffrent d'une inflation beaucoup plus élevée que dans l'archipel.

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La BoJ a toutefois souligné dans son communiqué qu'il était « nécessaire d'accorder une attention particulière » aux fluctuations sur le marché des devises. Quelques jours plus tôt, le gouverneur de la BoJ, Haruhiko Kuroda, avait déjà admis qu'une « dépréciation rapide du yen » était « négative » pour l'économie nationale, dans la mesure où cela accroît les incertitudes et rend difficile pour les entreprises d'établir des prévisions sur leurs activités.

(avec AFP)

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