Accord sur les pays pauvres, recul sur les énergies fossiles : bilan mitigé pour la COP 27

La conférence internationale sur le climat s'est achevée ce dimanche matin après avoir joué les prolongations dans un contexte planétaire particulièrement chaotique. Après d'âpres échanges, les délégations présentes en Egypte ont trouvé un accord pour compenser les pays pauvres des dégâts climatiques. En revanche, les objectifs sur les énergies fossiles n'ont pas été revus à la hausse.
Le sommet de deux semaines était considéré comme un test de l'engagement de la communauté internationale à lutter d'arrache-pied contre le réchauffement climatique, alors que le sujet a été un peu éclipsé récemment par la guerre en Europe, les turbulences sur le marché de l'énergie et l'inflation rampante.
Le sommet de deux semaines était considéré comme un test de l'engagement de la communauté internationale à lutter d'arrache-pied contre le réchauffement climatique, alors que le sujet a été un peu éclipsé récemment par la guerre en Europe, les turbulences sur le marché de l'énergie et l'inflation rampante. (Crédits : Reuters)

Après d'âpres négociations qui ont largement débordé du calendrier prévu, la COP27 s'est terminée dimanche à l'aube après avoir adopté un texte très débattu sur l'aide aux pays pauvres affectés par le changement climatique mais sans nouvelles ambitions pour la baisse des gaz à effet de serre.

Après plus de deux semaines, la grande conférence sur le climat de l'ONU a pris fin avec plus d'un jour de retard sur le calendrier prévu, ce qui en fait l'une des COP les plus longues de l'histoire. « Ca n'a pas été facile » mais « nous avons finalement rempli notre mission », a souligné le président égyptien de la conférence Sameh Choukri. « Cette COP a provoqué de nombreuses frustrations mais elle n'a pas servi à rien. Elle a permis d'obtenir des avancées significatives pour les pays les plus vulnérables. Le fond pour les pertes et dommages, un rêve de la COP26 l'année dernière, pourrait être mis en œuvre dès 2023, » a déclaré Laurence Tubiana , directrice de la Fondation européenne pour le climat. De son côté, le vice-président de la Commission européenne Frans Timmermans a déclaré :  « Le monde ne nous remerciera pas quand il entendra uniquement des excuses demain».

« Ce que nous avons là, c'est un pas en avant trop court pour les habitants de la planète. Il ne fournit pas assez d'efforts supplémentaires de la part des principaux émetteurs pour augmenter et accélérer leurs réductions d'émissions.»

Une déclaration finale fruit de nombreux compromis a été finalement adoptée, appelant à une réduction « rapide » des émissions mais sans ambition nouvelle par rapport à la dernière COP de Glasgow en 2021. « Nous devons drastiquement réduire les émissions maintenant --et c'est une question à laquelle cette COP n'a pas répondu », a regretté le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, à l'issue de la conférence climatique. Pour Clément Sénéchal, chargé de campagne sur le climat à Greenpeace France, "cette COP27 se termine avec un goût d'inachevé (...) La communauté internationale continue de discuter d'un problème dont elle méprise les causes." Dans la foulée, l'Union européenne s'est dite « déçue » par l'accord sur les émissions.

Lire aussiCOP27: l'UE prête à réduire ses émissions de 57% d'ici 2030, contre 55% auparavant

Adoption d'une résolution historique

Cette édition a en revanche été marquée par l'adoption d'une résolution emblématique, qualifiée d'historique par ses promoteurs, sur la compensation des dégâts causés par le changement climatique déjà subis par les pays les plus pauvres.

Ce dossier des « pertes et dommages » climatiques des pays pauvres avait failli faire dérailler la conférence, avant de faire l'objet d'un texte de compromis de dernière minute qui laisse de nombreuses questions en suspens, mais acte le principe de la création d'un fonds financier spécifique.

« Les pertes et dommages dans les pays vulnérables ne peuvent désormais plus être ignorés même si certains pays développés avaient décidé d'ignorer nos souffrances », a salué la jeune militante ougandaise Vanessa Nakate.

 Recul critiqué

 Le texte sur les réductions d'émissions a été également très disputé, de nombreux pays dénonçant ce qu'ils considéraient comme un recul sur les ambitions définies lors de précédentes conférences. Notamment sur l'objectif le plus ambitieux de l'accord de Paris, contenir le réchauffement à 1,5°C par rapport à l'ère pré-industrielle, qui est toutefois réaffirmé dans la décision finale.

Les engagements actuels des pays signataires de l'accord ne permettent pas de tenir cet objectif, ni même celui de contenir l'élévation de la température à 2°C par rapport à l'ère pré-industrielle, quand les humains ont commencé à utiliser en masse les énergies fossiles responsables du réchauffement climatique. Ces engagements, en admettant qu'ils soient intégralement tenus, mettraient au mieux le monde sur la trajectoire de +2,4°C à la fin du siècle et, au rythme actuel des émissions, sur celle d'un catastrophique +2,8°C.

Or, à près de 1,2°C de réchauffement actuellement, les impacts dramatiques du changement climatique se multiplient déjà. L'année 2022 en a été l'illustration, avec son cortège de sécheresses, méga-feux et inondations dévastatrices, impactant récoltes et infrastructures.

Les coûts de ces événements extrêmes s'envolent également: la Banque mondiale a ainsi estimé à 30 milliards de dollars le coût des inondations qui ont laissé un tiers du territoire pakistanais sous l'eau pendant des semaines et fait des millions de sinistrés. Les pays pauvres, souvent parmi les plus exposés mais qui sont généralement très peu responsables du réchauffement, réclamaient depuis des années un financement des "pertes et dommages" qu'ils subissent.

Lire aussiLe coût des catastrophes naturelles s'envole : 221 milliards d'euros en 2021

« Suspects habituels »

 La bataille ne s'achèvera pas avec l'adoption de la résolution de Charm el-Cheikh puisque celle-ci reste volontairement vague sur certains points controversés. Les détails opérationnels doivent être définis pour adoption à la prochaine COP, fin 2023 aux Emirats arabes unis, promettant de nouveaux affrontements. Notamment sur la question des contributeurs, les pays développés insistant pour que la Chine en fasse partie.

Autre sujet qui a secoué la COP: les ambitions de réductions d'émissions. De nombreux pays ont estimé que les textes proposés par la présidence égyptienne constituaient un retour en arrière sur les engagements d'en relever régulièrement le niveau pris à Glasgow.

« Cette COP a affaibli les obligations pour les pays de présenter des engagements nouveaux et plus ambitieux », a regretté Laurence Tubiana, architecte des accords de Paris de 2015. Sans compter la question de la réduction de l'usage des énergies fossiles, à l'origine du réchauffement mais à peine mentionnées dans la plupart des textes sur le climat.

Le charbon avait été cité en 2021 après de rudes échanges mais à Charm el-Cheikh les "suspects habituels", selon l'expression d'un délégué, s'y sont une nouvelle fois opposés pour le pétrole et le gaz. Arabie saoudite, Iran ou Russie sont les noms de pays les plus souvent avancés. Le développement des renouvelables fait cependant l'objet d'une mention inédite aux côtés des énergies à "basses émissions", expression généralement appliquée au nucléaire.

(Avec AFP)

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Commentaires 11
à écrit le 21/11/2022 à 10:00
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Certaines erreurs perdures comme les inondations au Pakistan. Il semblerait que 70 % des arbres aient disparus ces dernières années hors un arbre fixe la terre, apporte de l’humus et de l’humidité, de l’ombre et est indispensable aux activités humain...

à écrit le 21/11/2022 à 9:22
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A quand le boycotte de ces pays usines, que nous poussons... à utiliser l'énergie la moins chère pour notre plus grand plaisir ? ;-)

à écrit le 20/11/2022 à 21:31
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Tout est basé sur un canular entretenu par les mondialistes sur un réchauffement climatique prétendument du à l activité humaine. Excellent article de Jean Goychman "Aux origines de la COP 27: "comment la finance mondialisée a imposé...

le 21/11/2022 à 3:39
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L'epoque est a l'arnaque, dans tous les domaines. Signe d'une profonde decadence des peuples trahis par leurs gouvernants. L'exemple, helas n'est pas nouveau. Bien des civilisations ont peries avant nous.

le 21/11/2022 à 10:30
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C'est comme en religion..., "Dieu n'existe que si l'on y croit", mais, dans le doute, vaut mieux y croire que de se poser éternellement la question ! ;-)

à écrit le 20/11/2022 à 21:08
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bref, les occidentaux se suicident, vont financer tout et n'impoorte quoi ' da ira dans la poche des despotes) , mais ca changera rien au climat

à écrit le 20/11/2022 à 20:22
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Le premier grand pays qui va se débarrasser du Charbon, du pétrole, et du Gaz s=dès 2030 c'est la Chine communiste qui va le faire grâce à construction de 150 centrales nucléaires d'ici 2030 ajoutées à la cinquantaine déjà en service y compris des EP...

à écrit le 20/11/2022 à 18:42
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On va devoir composer avec une comptabilité sordide d'évaluation cumulée depuis 1850 (date de naissance officielle de la révolution industrielle) des émissions de GES par habitant et par pays. Retracer l"évolution des populations pays par pays, affec...

à écrit le 20/11/2022 à 15:08
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Cela est un juste retour, de se faire aider maintenant. La France a tellement aidée les autres en empruntant elle même de l'argent, que les pays qui en ont profité pour développer leurs industries, leurs départements de recherche, d'éducations ou leu...

à écrit le 20/11/2022 à 13:09
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Bénédiction pour le temps clément en cette fin d'année et nous épargner ainsi d'un grand froid qui serait en cette époque un drame absolu.

à écrit le 20/11/2022 à 12:45
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Donc, au prétexte fallacieux du réchauffement climatique, les pays soi-disant "pauvres" vont recevoir de l'argent, ce qui va leur permettre de continuer à avoir une natalité débridée, de manière à polluer encore plus la planète. Très intelligent en e...

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