Le mot de l'année 2023
résume tout. Choisi après délibération du jury de la Société pour la langue allemande, le mot-valise
Krisenmodus
est un parfait concentré des derniers mois, où on a vu le gouvernement fédéral d'Olaf Scholz ne fonctionner qu'en « mode crise ». C'est l'équipe au pouvoir la plus impopulaire depuis 2010, avec seulement 17 % de satisfaits selon le sondage Deutschlandtrend du 7 décembre. À Berlin, le scénario d'élections anticipées est ouvertement discuté.
Au congrès du Parti social-démocrate (SPD) à Berlin ce week-end, on souffle le chaud et le froid.
« Ce gouvernement ira jusqu'au bout de son mandat, je vous l'assure »,
rit un jeune député. À l'opposé, dans les colonnes du
Spiegel,
l'un des doyens dézingue :
« Non »,
répond Axel Schäfer, encarté depuis cinquante-quatre ans, quand on lui demande s'il a déjà connu une telle situation. Tous, dans la salle surchauffée
du palais des congrès, s'entendent :
« Ce n'est pas ici qu'on trouvera une sortie de crise. »
Le discours d'Olaf Scholz devant les militants n'a pas changé la donne. La solution est à trouver entre les trois partenaires de la coalition dite du « feu tricolore ».
Le temps presse : le chancelier ne peut arriver au Conseil européen à Bruxelles jeudi sans avoir trouvé un budget à la première économie du continent ! D'autant plus que la Commission européenne prévoit de discuter d'une rallonge du budget commun, auquel l'Allemagne abonde à hauteur de 25 %. Or, à Berlin, la loi de finances pour 2024 n'a toujours pas été adoptée, le vote est sans cesse ajourné au Bundestag. Les députés enchaînent les ses
sions nocturnes. Les comptes n'y sont pas. Tout est bloqué depuis le 15 novembre, quand la Cour constitutionnelle a sanctionné le fonds « climat et transition » : 60 milliards d'euros, issus du paquet d'aides Covid-19 que la coalition avait réorienté vers des investissements verts. Un tour de passe-passe impossible selon l'esprit de la Loi fondamentale. Par extension, les juges suprêmes ont aussi rendu illégal l'usage des
« fonds spéciaux »,
car contraires au principe du
« frein à la dette ».