Allemagne : l'inflation ralentit plus vite que prévu et donne espoir à une baisse des taux en 2024

La hausse des prix Outre-Rhin a marqué le pas en novembre en s'établissant à 3,2% sur un an, selon les données définitives publiées par Destatis ce vendredi. Il s'agit du plus bas niveau d'inflation depuis juin 2021 dans le pays. Une bonne nouvelle qui pourrait encourager la Banque centrale européenne à baisser ses taux directeurs en 2024.
L'Allemagne connaît une forte baisse après les 4,5% de septembre et les 6,4% d'août et même un taux proche de 9% au premier trimestre.
L'Allemagne connaît une forte baisse après les 4,5% de septembre et les 6,4% d'août et même un taux proche de 9% au premier trimestre. (Crédits : HANNIBAL HANSCHKE)

L'Allemagne voit son taux d'inflation marquer le pas et retrouver son niveau de juin 2021. La hausse des prix a ralenti à 3,2% sur un an en novembre selon des chiffres définitifs publiés ce vendredi par l'institut de statistiques Destatis. Ce chiffre est d'ailleurs plus bas que celui de la première estimation de l'institut puisque celle-ci tablait sur une hausse de 3,8% en novembre. Surtout, il s'agit d'une forte baisse après les 4,5% de septembre et les 6,4% d'août.

Servant de référence à la Banque centrale européenne (BCE), l'indice des prix harmonisé a lui aussi baissé en novembre, à 2,3% sur un an.

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Fort effet de base sur l'énergie

Dans le détail, le ralentissement est surtout dû à une baisse des prix de l'énergie qui ont fléchi de 4,5% sur un an. Mais ce chiffre doit être nuancé. « Contrairement aux États-Unis, le ralentissement de l'inflation en Europe est donc essentiellement lié à un effet de base favorable », expliquait l'économiste de la banque Natixis Patrick Artus à La Tribune le 25 novembre.

Cela étant, la hausse des prix en Allemagne ralentit aussi dans d'autres secteurs. L'inflation des services continue de faiblir, à 3,4%, notamment du fait d'un abonnement bon marché pour les usagers des trains et bus. L'inflation alimentaire, quant à elle, reflue pour le huitième mois de suite, mais reste élevée, à 5,5% sur un an. De leur côté, les salaires nominaux en Allemagne ont progressé de 6,3% au troisième trimestre, sur un an, à rapporté Destatis la semaine dernière. En termes réels, ils ont augmenté de 0,6%, le meilleur score depuis le deuxième trimestre 2021.

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Vers une baisse des taux directeurs en 2024 ?

Les prix ralentissent dans la plupart des secteurs donc, et ces données augmentent la probabilité d'une première baisse des taux par la Banque centrale européenne en 2024. Pour cause, l'Allemagne est la première économie de la zone euro et son inflation va impacter celle de toute la zone qui s'est affichée à 2,4% en novembre, soit tout proche de l'objectif de 2% de l'institution. Pour rappel, atteindre ce chiffre est la première mission du mandat de l'institution qui a augmenté ses taux très rapidement, les faisant passer de 0% en début 2022 à 4%-4,75% aujourd'hui, soit au plus haut depuis 1999.

La politique monétaire a durci la capacité d'endettement des ménages et des entreprises qui ont moins consommé et investi... provoquant un ralentissement de l'inflation. Déjà ces derniers mois, la gardienne de l'euro a levé le pied, voyant la hausse des prix se stabiliser. Ainsi, elle a maintenu ses taux en octobre en tenant compte d'un ralentissement marqué des prix en zone euro. D'ailleurs, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau avait affirmé début novembre que « nous sommes en train de gagner la bataille contre l'inflation et sauf surprise, sauf choc, la hausse de nos taux directeurs, c'est fini ».

Mais plusieurs gouverneurs ont affirmé que ces niveaux devront être maintenus assez longtemps pour aider à faire durablement baisser l'inflation. Ainsi, fin novembre, le banquier central autrichien Robert Holzmann a lancé qu'il ne fallait pas croire que « c'est la fin de l'histoire de la hausse des taux ». Isabel Schnabel, membre du directoire de la BCE a même demandé de ne pas « fermer la porte à une nouvelle hausse ». Reste que l'institution de Francfort pourrait baisser ses taux dans les prochains mois en cas de non reprise de l'inflation et de trop fort ralentissement de l'économie européenne.

L'économie allemande à la peine

L'économie allemande est particulièrement marquée par la crise de l'énergie, l'inflation et la hausse des taux.

Le 7 décembre, Destatis, a annoncé que la production industrielle du pays a de nouveau baissé au mois d'octobre, pour le sixième mois consécutif. L'indicateur a reculé de 0,4% sur un mois (en données corrigées des variations saisonnières et de calendrier) après une baisse révisée de 1,3% en septembre, souligne dans un communiqué l'institut de statistique. Sur un an, la production industrielle chute de 3,5%, chiffre par ailleurs Destatis.

Plus généralement, c'est toute l'économie allemande qui tire la langue. Au troisième trimestre, elle affiche une baisse de son produit intérieur brut (PIB) de 0,1%, selon des chiffres officiels confirmés, publiés fin novembre par l'institut de statistique Destatis. L'économie allemande « a commencé le deuxième semestre 2023 avec un léger ralentissement », a déclaré Ruth Brand, présidente de Destatis, dans un communiqué. La situation est d'autant plus inquiétante qu'elle n'est pas nouvelle. Si elle a échappé de justesse à la récession puisque le PIB allemand a finalement progressé de +0,1% au deuxième trimestre, après une croissance nulle au premier trimestre, l'économie d'Outre-Rhin affiche depuis plusieurs trimestres des performances inférieures à celles de ses voisins, elles-mêmes peu flamboyantes. En Italie, le PIB a stagné (0,0%) au troisième trimestre, par rapport au précédent, tandis qu'il a progressé de +0,1% en France et de +0,3% en Espagne.

Le recul du PIB allemand pour l'ensemble de l'année 2023 est un scénario qui fait d'ailleurs pleinement consensus. Y compris du côté du gouvernement allemand, qui a annoncé mi-octobre s'attendre à une baisse de -0,4%, sabrant ainsi ses précédentes prévisions. Et d'après le Fonds monétaire international (FMI), l'Allemagne sera le seul pays du G7 en récession cette année et pourrait voir son PIB reculer de 0,5%.

(Avec AFP)

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Commentaires 5
à écrit le 08/12/2023 à 20:54
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C'est clair qu'il est temps de penser à baisser les taux. Les crédits coûtent un bras et toute l'économie mondiale est en train de foncer dans le mur s'ils ne réagissent pas, la fed et la bce, rapidement.

le 09/12/2023 à 10:33
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@Salva : en même temps, c'est les taux trop bas qui ont conduit à la crise actuelle, quand il y a trop de liquidités pour trop peu de projets sérieux, l'essentiel de l'argent sert à la spéculation...

à écrit le 08/12/2023 à 15:55
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Il y a à peine quelques jours le gouverneur de la banque de France s'est fait reprendre par ses homologues européens en annonçant qu'il fallait prévoir une baisse des taux de crédit !!

à écrit le 08/12/2023 à 12:03
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Une hirondelle ne fait pas encore d'été. Les prix de l'énergie n'ont pas vraiment baissé en Allemagne. L'Allemagne a encore des prix de l'énergie beaucoup plus élevés que ses concurrents en Europe et à l'étranger. Les coûts énergétiques des consommat...

le 09/12/2023 à 10:42
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Absolument, les grosses crises inflationnistes récentes sont liée à l'énergie, le numérique et les délocalisations limitant sérieusement le pouvoir de négociation des salariés, l'idée de spirale prix/salaires étant un fantasme, nourri par des boomers...

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