Apple quitte la Chine : pourquoi l’Inde devient le nouveau cœur de sa production d'iPhone

Le « Made in India » sur le point de détrôner le « Made in China » ?
Alexander Drago

Le « Made in India » sur le point de détrôner le « Made in China » ?
Alexander Drago
Le made in India est-il sur le point de détrôner le made in China ? C'est la question qui se pose après les révélations du Financial Times, selon lesquelles Apple prévoit de transférer dès l'année prochaine l'assemblage de tous ses iPhone destinés au marché américain vers l'Inde.
Exit la Chine. Sous la pression d'une guerre commerciale orchestrée par Donald Trump, produire en Chine pour alimenter le marché américain est désormais un pari trop risqué pour le géant Apple. Avec Trump aux commandes pour quatre ans (et déjà affichant ses envies pour un éventuel troisième mandat en 2028) les relocalisations de la Chine vers les pays tiers s'accélèrent. Et l'Inde s'impose comme la nouvelle terre promise.
« Si l'Inde était compétitive, ça se saurait depuis longtemps ! » tranche d'emblée Jean-Joseph Boillot, chercheur à l'Iris et spécialiste de l'Inde et des grands pays émergents. Pourtant, nuance-t-il aussitôt, le pays a fait d'énormes progrès ses dernières années : « Son véritable atout, ce n'est pas son industrie, mais la compétitivité de son marché de consommateurs. »
Avec un milliard et demi de consommateurs, l'Inde offre un levier de compétitivité de plus en plus stratégique pour les entreprises étrangères. Pour Jean-Joseph Boillot, « produire en Chine pour vendre en Inde n'a plus aucun sens ». Produire directement sur place permet aux entreprises étrangères d'accéder directement à un marché de consommateurs colossal.
D'autant plus que, selon Jean-Joseph Boillot, « les Indiens sont très chauvins : un produit estampillé made in India ou assembled in India, comme au dos des iPhone, fera grimper la cote d'Apple auprès des consommateurs indiens ». La vaste classe moyenne émergente en Inde, à la fois consommatrice et source de main-d'œuvre qualifiée, représente un potentiel de croissance considérable, en particulier pour le secteur des hautes technologies.
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Depuis une quarantaine d'années, l'Inde a pris une longueur d'avance dans le secteur des hautes technologies, boostée par ses 8 hubs économiques phares comme Bangalore, Chennai, Hyderabad, Noida et Gurugram. Selon Jean-Joseph Boillot, « ces zones économiques spéciales, avec leurs bureaux ultramodernes et un personnel qualifié, renforce l'attractivité du secteur high-tech ». En 2025, le chiffre d'affaires du secteur devrait augmenter de 5,1 % pour atteindre 282,6 milliards de dollars et 300 milliards de dollars pour 2026.
Au-delà du seul secteur des hautes technologies, le chercheur de l'Iris souligne que l'Inde voit aussi émerger d'autres secteurs comme la biotechnologie et l'électronique. Mais leur émergence constitue, selon lui, « un vrai défi pour le pays qui souffre d'une pollution intense et d'une poussière omniprésente qui entravent la sécurité des produits. D'autant que la logistique d'accès au port de Bombay, point stratégique pour les échanges commerciaux, reste extrêmement complexe pour certains produits lourds ».
Un enjeu logistique, certes, mais pas pour les iPhone d'Apple selon le chercheur de l'Iris : « Ils sont transportés par avion et légers. Leur coût de transport aérien est rapidement absorbé. » Il souligne que « mettre en place un couloir aérien spécial entre l'Inde et les États-Unis est relativement facile ». Surtout à l'heure où la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine semble s'installer dans la durée.
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Pour le chercheur de l'Iris, « le risque systémique pour n'importe quelle entreprise américaine sur le marché chinois risque de durer, d'autant plus pour les produits qui vont vers le marché américain ». Apple semble l'avoir bien compris, en annonçant la relocalisation de 100 % de sa production d'iPhone pour le marché américain en Inde.