ENTRETIEN. Interrogé par La Tribune Jean-Hervé Lorenzi, fondateur du Cercle des économistes, estime que rendre le dispositif d’indemnisation au chômage des seniors plus contraignant, en restant respectueux des personnes, devrait être favorable pour améliorer leur taux d’activité, encore très faible aujourd’hui en France.
Depuis ce 1er avril, des règles d'indemnisation plus strictes du chômage sont entrées en vigueur. Certaines concernent spécifiquement les seniors, à savoir les plus de 50 ans. Ainsi, l'âge minimal pour bénéficier d'une durée d'indemnisation plus longue - 22 mois et demi ou 27 mois, contre 18 mois pour l'ensemble des demandeurs d'emploi - a été reculé. Il faut désormais être âgé, dans le premier cas, de 55 ou 56 ans à la fin de son contrat de travail (contre 53 ou 54 ans auparavant), et d'au moins 57 ans dans le second (contre a minima 55 ans ultérieurement). Toutes les nouvelles modalités ne sont néanmoins pas plus sévères. Dès 55 ans maintenant, les seniors à haut revenu sont exemptés de la dégressivité de l'allocation chômage, contre 57 ans il y a encore quelques jours.
LA TRIBUNE - Quels effets peut-on attendre des nouvelles règles d'indemnisation du chômage sur l'emploi des seniors ?
JEAN-HERVÉ LORENZI - Des effets sûrement positifs. Tout ce qui permet de rendre le dispositif d'indemnisation du chômage un peu plus contraignant, en restant respectueux des personnes, est favorable. Car il faut rappeler que le taux d'activité des seniors est très faible en France comparé au reste de l'Europe [pour comparaison, le taux d'emploi des 55-64 ans était de 58,4 % en 2023 en France, contre 63,9 % pour la moyenne de l'Union européenne, plaçant l'Hexagone à la 17e place sur 27].
Pourquoi est-ce important d'inverser la tendance ?
Car cela crée de la richesse et assure la préservation du modèle social français. La réalité aujourd'hui dans notre pays est que le taux de personnes réellement en activité est de l'ordre de 40 %. Non pas parce que les gens ne veulent pas travailler, au contraire. Mais parce que notre dispositif de protection sociale offre peu de différence entre les revenus tirés d'allocations et ceux issus du travail, donc l'incitation à reprendre une activité n'est pas si évidente. Notamment pour les plus âgés. Or, il suffirait d'avoir un taux d'activité des plus de 60 ans de 15 points supérieurs à celui actuel, ce qui nous rapprocherait de tout le reste de l'Europe, pour que tous nos problèmes de retraite soient résolus. Le taux d'activité est plus important que l'âge de départ à la retraite, même si c'est plutôt le second qui est aujourd'hui au cœur des débats.
D'après l'Insee, l'emploi des seniors est en constante amélioration d'année en année depuis 2009. La France est donc en bonne voie sur ce sujet ?
On était sur la bonne voie, mais on ne l'est plus vraiment. Ce qui a été modifié par madame El Khomri [ministre du Travail, de l'Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social entre 2015 et 2017 sous la mandature de François Hollande], puis par la suite, a entraîné une amélioration de la création d'emplois. Mais désormais, j'ai peur que ce soit un peu arrêté. Car tout ce qu'a voulu faire Gabriel Attal [Premier ministre entre janvier et septembre 2024] pour rendre le dispositif du marché du travail plus vigoureux a été stoppé depuis les problèmes politiques que nous connaissons.
Que préconisez-vous pour retrouver la bonne direction ?
Pour une reprise très nette de la trajectoire de créations d'emplois et donc du taux d'activité, il faut une vraie négociation sur le marché du travail. Et tout mettre à plat sur la table : les rémunérations, la manière dont le travail est mis en valeur et les problèmes de perspective du travail. On est dans un pays où, quand vous êtes non-qualifié, vous le restez toute votre carrière et c'est absolument désespérant pour les personnes dans cette situation.
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Si les discussions ne tournent pas autour de ces trois sujets, on restera exactement là où on en est. Or, il est possible de faire bouger les choses. La preuve : sur les six premières années de la mandature d'Emmanuel Macron, même si c'était beaucoup d'emplois non-qualifiés, il y a eu 1,5 million d'emplois créés.