Survoler le Danemark, c'est observer un pays vert gorgé d'eau. Des forêts, des plaines et des champs où les éoliennes poussent plus vite que les arbres. Avec ses centaines d'usines de méthanisation et ses centrales biomasse, on pourrait croire le pays déjà détaché de toute énergie fossile. Mais sous la mer du Nord, dans une zone économique exclusive deux fois plus vaste que son territoire terrestre, le pays scandinave cache d'immenses réserves d'hydrocarbures. Depuis les premiers forages des années 1960, il est devenu au XXIᵉ siècle le premier producteur de pétrole et de gaz de l'Union européenne.
Pour observer de près cette production stratégique, il faut d'abord se rendre à Esjberg, cinquième ville du pays mais dont le port est désormais la capitale de l'énergie. Sur les docks, on monte des éoliennes en kit pendant que des vraquiers déchargent dans des silos neufs de l'huile de poisson venu de Norvège. Ce n'est qu'après une heure de vol au-dessus des isthmes, des îles et des vagues de la mer du Nord, que se dessine enfin Tyra.
C'est le nom de cette immense plateforme offshore située à 250 kilomètres du rivage et qui constitue le principal hub de la production gazière du pays : 90 % du gaz danois - produit dans les champs voisins ou sur les plateformes satellites -, y passe pour être traité et compressé. 80 mètres au-dessus de la mer, Tyra ressemble à une cité suspendue peinte en jaune : des plateformes dressées sur pilotis, hérissées de poutrelles, de passerelles et de grues. En dépit d'un environnement saturé de sel et d'humidité, le métal n'est pas encore rongé par la rouille. Et pour cause : la structure est neuve.