Bien que Joe Biden estime que les relations entre Washington et Pékin devraient connaître un « dégel très prochainement », les tensions entre les deux puissances semblent être à leur paroxysme. Et le secteur des semi-conducteurs, véritables cerveaux de nos machines, en fait les frais.
Dimanche, en Chine, l'organisme chargé de la cybersécurité a annoncé qu'une enquête avait mis à jour « des problèmes potentiels pour la sécurité des réseaux relativement sérieux » provenant des semi-conducteurs du fabricant américain Micron et a appelé les entreprises travaillant avec des données sensibles à arrêter d'acheter ses puces. Pour l'instant, cette interdiction se cantonne aux opérateurs d'infrastructures dites « sensibles » - autrement dit à toutes les grandes entreprises chinoises -. Mais elle pourrait avoir un impact beaucoup plus large. « D'autres clients nationaux peuvent également considérer cela comme un signal politique pour arrêter d'acheter, voire remplacer, leurs produits », a déclaré au Wall Street Journal, Lester Ross, avocat basé à Pékin chez WilmerHale, qui conseille les entreprises américaines en Chine.
Au final, Micron risque de perdre gros étant donné qu'il réalise 10,8% de son chiffre d'affaires (trois milliards d'euros) en Chine continentale et 5% a Hong-Kong.
Cette décision aux lourdes conséquences « est autant politique et géopolitique qu'économique », affirme Sylvain Bersinger, consultant chez Astares, spécialiste de l'économie chinoise. Cette interdiction brutale, qui devrait nuire à l'Américain Micron, est en réalité une réponse à l'annonce de Joe Biden de limiter les exportations de semi-conducteurs très complexes américains vers la Chine. « Le gouvernement veut montrer aux Américains qu'il ne reste pas les bras croisés face aux sanctions », explique le consultant. Le timing est d'ailleurs parfaitement trouvé puisque cette annonce chinoise a été publiée dimanche 21 mai, juste après la clôture du sommet du G7 dont les membres se sont montrés très critiques envers Pékin.