Le sommet des Brics se termine ce jeudi à Johannesburg (Afrique du Sud). Il a entériné l'élargissement à une quarantaine de nouveaux membres dont la liste sera dévoilée aujourd'hui, et qui comptera des poids lourds comme l'Arabie saoudite, l'Indonésie, le Nigéria, l'Iran ou encore l'Algérie. Il va constituer un bloc face au bloc occidental, mais surtout redessiner les configurations du financement du développement des émergents et dominer les marchés des hydrocarbures et des métaux cruciaux dans la transition énergétique.En trouvant mercredi soir un accord pour élargir, comme le voulaient Pékin et Moscou, le club des cinq grands pays émergents à une quarantaine de nouveaux membres dont la liste officielle sera connue ce jeudi à la fin du Sommet en Afrique du sud, les Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du sud) ambitionnent de constituer un bloc émergent face au bloc occidental dominé par les Etats-Unis.
Mardi, la Maison-Blanche, par la voix de Jake Sullivan, conseiller à la sécurité nationale de Joe Biden, avait pris les devants en annonçant que le président des Etats-Unis plaiderait lors du prochain sommet du G20 en Inde les 9 et 10 septembre en faveur de
« la modernisation des banques de développement multilatérales, y compris la Banque mondiale et le FMI »
pour rivaliser avec les prêts
« contraignants et non durables que fait la Chine au travers des "Nouvelles routes de la soie"»
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Fragmentation de la mondialisation
Cette prise de position, pour le moins claire, montre à nouveau la rivalité entre la Chine et les Etats-Unis. La fragmentation de la mondialisation, déjà initiée lors de la présidence de Donald Trump, s'est accentuée avec la pandémie du Covid-19 et, surtout, la guerre menée par la Russie en Ukraine. Les sanctions imposées par les pays du G7 à la Russie ont montré à nombre d'émergents la nécessité d'avoir une protection géopolitique dans un monde qui aujourd'hui se reconstitue en deux blocs.
« Les Brics doivent œuvrer en faveur du multilatéralisme et ne pas créer de petits blocs. Nous devons intégrer davantage de pays dans la famille des Brics »
, a expliqué d'ailleurs le président Xi Jinping, présent à Johannesburg.
Outre l'accord sur l'élargissement à de nouveaux membres, le Sommet a également mis en discussion la création d'une monnaie commune. Le but d'une telle monnaie vise avant tout à faciliter les échanges commerciaux et les financements des infrastructures entre futurs pays membres qu'à détrôner le dollar qui domine largement les échanges commerciaux mondiaux.
« Des considérations politiques peuvent également entrer en ligne de compte. Par exemple, en contrôlant le dollar, les Etats-Unis peuvent plus facilement imposer des sanctions économiques en bloquant l'utilisation de leur monnaie (par exemple à l'égard de Cuba, de l'Iran ou de la Russie), une menace potentielle à laquelle la Chine pourrait vouloir se soustraire »
, note Sylvain Bersinger, économiste chez Asterès. En raison de l'extraterritorialité du droit des Etats-Unis, un juge américain peut en effet tirer prétexte de son utilisation pour engager des poursuites judiciaires contre un pays, une entreprise ou un individu hors du sol des Etats-Unis.