Le président républicain souhaite imposer aux produits entrant aux États-Unis depuis un pays étranger le même niveau de droits de douane que le pays en question impose aux produits américains.
Nouvelle escalade dans la guerre commerciale. Donald Trump doit signer ce jeudi son décret attendu sur l'imposition de droits de douane réciproques contre les partenaires économiques des États-Unis, a-t-il affirmé sur le réseau Truth Social.
Ce furent « TROIS SEMAINES EXTRAORDINAIRES, PEUT-ÊTRE LES MEILLEURES JAMAIS EUES, MAIS AUJOURD'HUI C'EST LE JOUR : DROITS DE DOUANE RÉCIPROQUES!!! » a-t-il écrit, ajoutant son célèbre slogan « MAKE AMERICA GREAT AGAIN!!! »
Dernière étape de sa montée en puissance sur le front des droits de douane, le président souhaite créer de la « réciprocité », « seule façon équitable d'agir » selon lui, mais qui risque de tendre un peu plus les relations commerciales des États-Unis. Mercredi soir, le président américain a indiqué que, à ses yeux, « le monde abuse des États-Unis depuis des années, ils nous imposent des droits de douane massifs alors que nous ne le faisons pas ».
Lundi, il avait déjà annoncé un relèvement à 25 % des droits de douane sur l'acier et l'aluminium (et leurs dérivés) entrant aux États-Unis, quel que soit leur pays d'origine, y compris des pays qui étaient auparavant exemptés comme le Canada ou le Mexique.
Une idée pas récente
L'idée n'est pas nouvelle chez Donald Trump, qui y avait déjà fait rapidement allusion durant sa campagne, en reprenant la loi du Talion pour la réadapter à sa manière : « Œil pour œil, droits de douane pour droits de douane, exactement le même montant. » Il a réitéré l'idée dimanche, la résumant en quelque chose de « très simple : s'ils nous font payer, on les fait payer ». De son point de vue, il n'y a aucune raison qu'un pays étranger taxe les produits américains à un niveau supérieur à celui auquel les produits de ce pays sont taxés en entrant aux États-Unis.
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Interrogé sur CNBC, le principal conseiller économique de la Maison-Blanche, Kevin Hesset, a confirmé l'idée, soulignant que « si on nous taxe à 20 %, on devrait pouvoir le faire, et si les droits de douane baissent, nous les baissons ».
Mais l'idée de droits de douane réciproques, dont l'étendue reste encore à déterminer, pourrait représenter un coup sévère à certaines économies émergentes qui, à l'image du Brésil ou de l'Inde, en imposent à des niveaux plus élevés pour protéger leurs économies respectives. Selon Kevin Hesset, « le Canada et le Mexique sont au même niveau que nous, du fait de notre accord de libre-échange, de même que le Royaume-Uni. L'Union européenne est 2 à 3 points de pourcentage (pdp) plus haut, Taïwan 10 ou 11 pdp, et l'Inde en moyenne 20 pdp au-dessus ».
Mais selon les données de la Banque mondiale, les États-Unis appliquaient en réalité déjà en moyenne des droits de douane supérieurs à ceux imposés par les pays européens (2,72 % contre 1,95 %) alors que l'Inde applique un taux moyen de 14,26 %, le Brésil 12,38 % et la Chine 6,54 %.
En prenant plus particulièrement en compte les échanges commerciaux entre les États-Unis et ses principaux partenaires, le rapport annuel de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) pointe que, si l'UE taxe légèrement plus les produits américains que les États-Unis vis-à-vis des produits européens (4,5 % contre 3,9 %), une part plus importante des exportations américaines en Europe y entre sans taxes que l'inverse. Ramenés au volume échangé, les droits de douane américains sont ainsi plus élevés que ceux de l'UE (1,4 % contre 0,9 %).
Reste une inconnue : ce que le gouvernement américain considérerait comme un « droit de douane ». Donald Trump s'est ainsi plaint régulièrement de la TVA appliquée en Europe, généralement plus élevée qu'aux États-Unis, et qu'il assimile à un droit de douane. Le dirigeant pourrait aussi « chercher à éliminer les barrières non tarifaires », souligne Goldman Sachs, comme des normes différentes à celles existant aux États-Unis ou des restrictions aux importations, telles que celles touchant le bœuf aux hormones américain vers l'Europe.
Objectif : créer le chaos
Il s'agirait dès lors d'utiliser, une fois de plus, les droits de douane pour obtenir d'autres avancées que Donald Trump estime bénéfiques pour son pays, comme inciter les pays européens à ne pas se positionner sur les ressources minières présentes en Ukraine, ou les pousser à acheter plus de gaz naturel liquéfié américain.
L'objectif est« de créer de l'incertitude pour en faire une tactique de négociation. Mais l'incertitude est une forme d'impôt sur les sociétés », dit à l'AFP Jeffrey Schott, chercheur au centre de réflexion Peterson Institute for International Economics.
Reste à déterminer dans quelle mesure il s'agit d'une finalité ou d'un point de départ. Durant sa campagne, Donald Trump a en effet défendu à de multiples reprises l'idée d'imposer à terme entre 10 et 20 % de droits de douane sur l'ensemble des produits entrant aux États-Unis, soit un niveau bien supérieur à ce qu'entraîneraient des droits de douane réciproques.