ENTRETIEN. En instaurant des droits de douane à ses principaux partenaires commerciaux, Donald Trump prend le risque de redessiner les relations commerciales entre les pays. Pour La Tribune, Antoine Bouët, directeur du CEPII, dresse un état des lieux des conséquences de ces taxes sur le commerce international mondial.LA TRIBUNE - Quelles répercussions les droits de douane vont-ils avoir sur les échanges mondiaux ?
ANTOINE BOUËT - Les droits de douane vont réduire les échanges commerciaux entre les États-Unis et les pays touchés, et induire des réorientations. Le Canada et le Mexique, les principaux partenaires des États-Unis, vont ainsi chercher à diversifier leurs exportations, que ce soit directement après l'imposition des droits de douane, mais également à terme.
Tant que les Américains ne frappent que le Canada, le Mexique et la Chine, l'Union européenne, qui n'est pas taxée pour le moment, va être favorisée. Sur le marché américain, les produits européens seront vendus moins cher que les produits canadiens, mexicains ou chinois. Les consommateurs américains vont ainsi réorienter leur demande vers les produits venant d'autres pays.
De leurs côtés, les États-Unis perdent en crédibilité, et montrent qu'ils ne sont plus un partenaire commercial fiable, car ils peuvent d'un jour à l'autre mettre en place des droits
de douane. Si vous vendez du vin de Bordeaux, par exemple, et que la politique commerciale américaine est très volatile, vous chercherez à moins vendre sur le marché américain et à trouver d'autres marchés.
La Chine peut-elle y gagner ?
Les États-Unis sont quand même un marché important pour la Chine qui se retrouve de nouveau pénalisée par les droits de douane. Elle l'avait déjà été en 2018, sous le premier mandat de Trump, et Biden avait lui aussi pris des décisions protectionnistes début 2024 avec des taxes très élevées sur certains produits chinois en particulier (acier, aluminium, voitures électriques...).