Trump II et la stratégie du choc : le retour du chaos calculé

La technique du président américain est simple et redoutablement efficace : saturer l'espace public pour imposer son agenda.
Reuters

La technique du président américain est simple et redoutablement efficace : saturer l'espace public pour imposer son agenda.
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Aucun répit. Trump n'hésite pas à tirer, il mitraille. Transformer Gaza en « riviera » annexer le Groenland, renommer le golfe du Mexique en « golfe d'Amérique », ces annonces vous semblent absurdes ? Elles le sont, et pour cause : c'est théorisé.
La technique du président américain est simple et redoutablement efficace : saturer l'espace public pour imposer son agenda tout en empêchant une évaluation approfondie de ses actions concrètes.
La méthode que semble utiliser Trump a été théorisée par Naomi Klein dans La Stratégie du choc. L'essayiste y explique comment les crises sont utilisées pour déstabiliser les populations et exiger des changements radicaux. Elle démontre comment les situations de crise — naturelles ou provoquées — sont exploitées pour imposer des réformes impopulaires, créant un « capitalisme du désastre » qui prospère sur le chaos.
Dans son livre, elle s'appuie notamment sur des expériences menées par le psychiatre Ewen Cameron à l'université McGill dans les années 1950. Ewen Cameron cherchait à « effacer » l'esprit de ses patients pour les reprogrammer en utilisant plusieurs leviers :
— la privation sensorielle ;
— des électrochocs massifs ;
— l'isolement prolongé ;
— des cocktails de drogues expérimentales.
Ces techniques visaient à créer un état de choc et de désorientation chez les personnes en les rendant plus malléables. La CIA s'est inspirée de ces travaux pour développer ses propres méthodes d'interrogatoire, détaillées dans le manuel Kubark de 1963, tenu secret jusqu'en 1997.
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Quels peuvent être les effets sur la société américaine ?
— La création d'un état de confusion permanente : les Américains submergés d'informations contradictoires peinent à distinguer le vrai du faux.
— Le détournement de l'attention : alors que les médias se concentrent sur les déclarations spectaculaires, des actions concrètes passent inaperçues.
Quels sont les objectifs ?
— Imposer un agenda radical : profiter de la désorientation générale pour faire passer des réformes impopulaires.
— Affaiblir les contre-pouvoirs : les institutions et les médias, constamment sur la défensive, peinent à jouer leur rôle de garde-fous.
— Polariser et diviser la société : dans la confusion, chacun se raccroche à sa propre vérité.
— Créer un culte de la personnalité : Donald Trump se pose en seul point de repère dans le chaos qu'il a lui-même orchestré.
Steve Bannon, l'ancien conseiller d'extrême droite de Donald Trump, le disait en 2019 : « Les médias sont l'opposition, et comme ils sont stupides et paresseux, ils ne peuvent s'intéresser qu'à une chose à la fois. Tout ce que nous avons à faire, c'est noyer la zone. Chaque jour, nous devons leur balancer trois choses. Ils en mordront une et nous pourrons faire nos affaires. Bang, bang, bang, ils ne s'en remettront jamais. »
Même si Gaza n'a éclipsé ni la virulence des coupes drastiques d'Elon Musk dans l'administration américaine ni la brutalité du personnage, l'annonce a définitivement concentré — un temps — l'attention des médias du monde entier.
La même stratégie est à l'œuvre semble-t-il lorsque Musk déclare, son fils sur les épaules, aux côtés de Trump dans le bureau Ovale, que sans coupes budgétaires, les États-Unis allaient à la « faillite ».
Depuis son premier mandat, la stratégie de Donald Trump s'est intensifiée :
— Sur les réseaux sociaux : le président américain exploite davantage les plateformes numériques pour diffuser ses messages sans filtre médiatique. Son compte Truth Social compte désormais plus de 100 millions d'abonnés.
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— Contre les institutions : Donald Trump remet en question de façon plus agressive le fonctionnement des institutions démocratiques. Au nom de la « compétitivité économique », il vient de suspendre une loi interdisant la corruption d'agents étrangers par des entreprises américaines.