Ce qu'a dit (et n'a pas dit) Donald Trump à Davos

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A Davos, le président des Etats-Unis s'est auto-congratulé, décrivant une Amérique aux portes de la prospérité, et vantant longuement sa réforme fiscale, conçue comme un moyen d'attirer aux Etats-Unis emplois et capitaux. Il a cité le cas de Apple, qui a dit vouloir réinvestir « 350 milliards de dollars », ce qu'il a présenté comme un des succès de son action.
A Davos, le président des Etats-Unis s'est auto-congratulé, décrivant une Amérique aux portes de la prospérité, et vantant longuement sa réforme fiscale, conçue comme un moyen d'attirer aux Etats-Unis emplois et capitaux. Il a cité le cas de Apple, qui a dit vouloir réinvestir « 350 milliards de dollars », ce qu'il a présenté comme un des succès de son action. (Crédits : Reuters)
"L'Amérique d'abord n'est pas l'Amérique seule", a assuré Donald Trump à Davos. Mais si le président américain a voulu montrer un visage coopératif dans ce temple du multilatéralisme, il a soigneusement évité tous les sujets qui fâchent : climat, immigration, se contentant d'une opération séduction pour inviter les entreprises à investir massivement aux Etats-Unis.

Ce devait être la "masterpiece" du forum de Davos, et, finalement, l'intervention de Donald Trump en séance plénière pour la clôture du forum de Davos a plutôt fait pschitt. Le président américain, dans un discours d'une quinzaine de minutes (4 fois moins long que celui d'Emmanuel Macron le mercredi dans la même salle), a joué l'apaisement et évité les provocations, se contentant au final de dénoncer la presse et ses « fake news », un mantra des tweets de @realDonaldTrump. Il a surtout mené une opération séduction en direction des entreprises pour leur dire que le moment n'a jamais été aussi favorable pour investir aux Etats-Unis.

Arrivé jeudi en début d'après-midi, le 45e président américain a multiplié les rencontres bilatérales, notamment avec Theresa May malgré des relations américano-britanniques assez refroidies, et avec Benjamin Netanyahu le Premier ministre israélien. Surtout, il a invité à dîner une quinzaine de patrons de grandes entreprises mondiales, dîner auquel participait, pour la France, le patron de Total, Patrick Pouyanné.

Rassurer les partenaires commerciaux et diplomatiques

Lors de ces rencontres, comme lors de son intervention publique, Donald Trump a cherché à amadouer les entreprises. Reprenant son slogan de toujours, le président américain a assuré à Davos que "L'Amérique d'abord n'était pas l'Amérique seule", dans un discours destiné à rassurer les partenaires commerciaux et diplomatiques des Etats-Unis.

"Je ferai toujours passer l'Amérique d'abord, tout comme les dirigeants d'autres pays devraient le faire aussi. Mais l'Amérique d'abord, ne signifie pas l'Amérique seule", a-t-il déclaré dans son discours devant le Forum économique mondial.

Devant une audience toute acquise aux principes du libre-échange et du multilatéralisme, Donald Trump poursuivait :

"Je suis là pour représenter les intérêts du peuple américain et pour affirmer l'amitié et la coopération des Etats-Unis pour construire un monde meilleur."


Il a décrit une Amérique aux portes de la prospérité et a aussi longuement vanté sa réforme fiscale, conçue comme un moyen d'attirer aux Etats-Unis emplois et capitaux. Il a cité le cas Apple, qui a dit vouloir réinvestir « 350 milliards de dollars », ce qu'il a présenté comme un des succès de son action.

« Les Etats-Unis connaissent une croissance forte, la Bourse est au plus haut, ainsi que la confiance des consommateurs et des industriels. »

Trump fait l'éloge de son bilan

Bref, c'est un Donald Trump sûr de lui et satisfait de son action qui est venu à Davos, soulignant les « 2,4 millions d'emplois créés depuis son élection ». Aux Etats-Unis, « le chômage des afro-américains et des hispaniques est au plus bas », a-t-il assuré et « le moment n'a jamais été aussi favorable pour venir investir en Amérique ». Pourtant, la journée n'a pas été si bonne, avec la publication d'un chiffre décevant pour la croissance américaine au 4ème trimestre 2017, avec 2,6% au lieu des 2,9% escomptés. Pour la petite histoire, en coulisses, un participant au dîner de la veille a rapporté à quelques participants au forum que Donald Trump aurait glissé que selon lui, la croissance américaine grâce à son action pourrait atteindre à terme des niveaux à la chinoise ou à l'indienne, de l'ordre de 6 à 7%.

A propos de sa réforme fiscale, « la plus importante loi fiscale depuis des décennies », il s'est félicité de voir que les entreprises locales en profitent pour verser des primes à leurs salariés, ce qui sera bon pour soutenir la croissance. Il s'est aussi félicité d'avoir réduit en un an les réglementations excessives notamment dans le secteur financier.
Mais c'est sur le volet commercial que le président américain était le plus attendu, au lendemain de nouvelles mesures protectionnistes prises par les Etats-Unis à l'encontre des machines à laver et des panneaux solaires, qui ciblent en particulier la Chine.

Le protectionnisme en sourdine

Alors que la crainte d'une nouvelle guerre commerciale domine les conversations à Davos, Donald Trump est resté très modéré, appelant à des relations plus réciproques, un commerce mondial plus juste face aux comportements prédateurs de certains pays.

« Nous sommes en faveur du libre-échange, mais il doit être juste, et il doit être réciproque », a dit le milliardaire américain, dont Davos redoutait qu'il ne se livre à l'une de ses habituelles diatribes protectionnistes.

Il a redit sa préférence pour négocier des accords bilatéraux avec tous les pays, plutôt que des accords multilatéraux qu'il considère comme désavantageux pour les Etats-Unis. Il s'est dit prêt néanmoins à renégocier le TPP, l'accord commercial avec les pays du Pacifique, mais sur une base "pluri-latérale" si l'on peut dire, plutôt que multilatérale.

Dans un entretien à CNBC, le président américain a néanmoins  qualifié d'« horrible » le traité de l'Alena avec le Canada et le Mexique, en raison des déficits commerciaux enregistrés par les Etats-Unis, mais n'en a pas - à Davos en tout cas - annoncé le retrait, laissant une chance aux négociations.

Pas un mot sur le climat, pas un recul sur l'immigration

En revanche, et cela a été remarqué, Donald Trump, qui a retiré les Etats-Unis de l'Accord de Paris, n'a pas dit un mot à propos du climat, alors que la question du réchauffement climatique est au centre de tous les esprits au sein du World Economic Forum.

Et s'il n'a pas parlé du projet controversé s'il en est du mur avec le Mexique pour lequel il cherche à obtenir un financement au Congrès, il a réaffirmé sa politique d'immigration visant à mettre fin au regroupement familial et à cibler une immigration sélective.

"La valeur de la monnaie doit refléter la santé de l'économie"

Autre signe que le Trump présent à Davos jouait plutôt l'apaisement, le président américain a enfin contredit les déclarations de son secrétaire au Trésor qui avait mis le feu au marché des changes en prônant un dollar faible.

« Les responsables politiques doivent s'abstenir de parler de ces sujets et la valeur de la monnaie doit refléter la santé de l'économie », a-t-il rappelé sur CNBC.

Or, « l'économie américaine va bien et le dollar doit refléter cette bonne santé. Je suis pour un dollar fort », a donc réaffirmé le président américain. « Les Etats-Unis sont l'endroit pour faire des affaires, donc venez aux Etats-Unis », a conclu Donald Trump, se présentant comme le VRP, le « cheerleader », la « pom-pom girl » de son pays. Un rôle que tous les chefs d'Etat venus à Davos assument tout à fait, chacun s'efforçant, comme Donald Trump, d'attirer les capitaux et les investissements.

Tous ceux qui attendaient une "gaffe" ou une sortie de route du président américain en ont été pour leurs frais. Mais tout de même, Donald Trump a réussi à se faire plaisir en visant la presse en répondant à une question du fondateur du World Economic Forum.

« J'ai toujours eu de bonnes relations avec les médias comme homme d'affaires », a-t-il lancé. « C'est quand je suis devenu politicien que j'ai peu me rendre compte à quel point la presse peut être méchante et fausse ("fake") », a-t-il dit avec un sourire carnassier en pointant du doigt les caméras et s'attirant, fait rare, voire inexistant à Davos, une volée de huées. Et d'ajouter : « Mais ce n'est pas si mal puisque nous sommes ici et je pense que nous faisons un excellent travail, mon équipe est absolument extraordinaire. »

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Commentaires
a écrit le 28/01/2018 à 20:39 :
Voir cet article sur le site Dreuz.info intitulé : " Après Davos, l'Amérique est de retour " de Guy Milière "' . Mettez votre ceinture car ça bouscule les idées reçues.
( A propos de l'auteur : Trois doctorats, professeur à l'Université Paris VIII Histoire des cultures, Philosophie du droit, Économie de la communication, Maître de conférences à Sciences Po, professeur invité aux États-Unis. Il collabore à de nombreux think tanks aux Etats-Unis et en France, etc...).
a écrit le 28/01/2018 à 13:30 :
...L'Europe à bien vécu et prospéré avant que Cristovão Colombo ne découvre l'Amérique du Nord en 1492!, et que tous ses Sans-terre ne soient ou s'y soient installés!...
a écrit le 28/01/2018 à 13:23 :
Macron a annoncé 3,5 milliards d'investissement privé au pays, et Trump 350, soit cent fois plus. C'est bien le rapport des ambitions de l'un et de l'autre. Vive la France!
a écrit le 28/01/2018 à 11:05 :
pour " patriot 9 "
sans réfléchir , je préfère un fan club à une secte .
cordialement
a écrit le 28/01/2018 à 7:20 :
Il est étonnant qu'il faille rappeler cette vérité physique, ou mathématique, en tout cas parfaitement réelle, et qui finit toujours par s'imposer, comme la précession des équinoxes et l'excellence des poèmes de Verlaine: une monnaie vaut exactement ce que vaut l'économie de son pays, avec tout au plus quelques anticipations. Au delà, ce sont des bulles et des produits toxiques.
C'est sans doute le plus gros défi à relever pour l'Euro, ce qui passe obligatoirement par la prise en compte de la taille et de l'économie de chaque pays. Le Benelux ne peut plus gouverner l'euro, pas davantage que l'Autriche, la pologne ou encore la Catalogne. Cela signifie que les décisions doivent être prises impérativement selon ce critère. Les Grecs ont dû s'en apercevoir.
a écrit le 27/01/2018 à 12:00 :
Trump montre du doigt la presse qui parle du doigt de Trump, celle-ci ne faisant qu'alimenter le discours de Trump et les gens se méfiant de plus en plus des médias de masse il est évident que celui ci sera réélu.

Les médias ne nous parlent quasiment que de gens que l'on ne croise jamais, que l'on ne rencontre jamais, toujours situés en haut de la pyramide et ils s'étonnent ensuite que les gens ne répondent plus au doigt et à l’œil à leur propagande.

Cette campagne contre Trump de la part des médias européens tout comme celle contre le brexit d'ailleurs ne démontre qu'une incapacité majeur à s'adapter aux phénomènes nouveaux ne faisant qu'essayer de conserver un système usé à la corde n'étant plus capable que de générer misère et inégalités pour la plus grande partie de la population.
a écrit le 27/01/2018 à 6:54 :
Personne pour dire que , sur la première année Trump, US ont connu : Irma , Harvey ( excellent pour la croissance : reconstruction payée par les assureurs, bcp moins pour les gens concernés ) , les feux de Californie et les boues qui ont suivi ( excellent pour la croissance : idem , bcp moins pour les gens qui ont perdu maison et/ou vie ) , la fusillade de las Vegas ( la plus importante jamais vue): le commerce des armes se porte bien , excellent pour la croissance , le froid sibérien sur le Grand Est US en fin d'année....
Réponse de le 27/01/2018 à 9:56 :
Donc maitenant les catastrophes naturelles en particulier celles qui bloquent l’economie, comme les vagues de froid ou les tempètes, sont bonnes pour la croissance ?
Réponse de le 27/01/2018 à 20:53 :
Certainement!
Il suffit d aller au super marche avec les etageres vides specialement eau lait pain viande , tout ne va pas pouvoir etre manger!
Ou a Home Depot contre plaque outils generateurs....
J habite aux USA.
a écrit le 26/01/2018 à 20:01 :
C'est bête alors les fans-boys de Trump avaient du trouver génial cette idée d'un dollar faible. Mais en fait un dollar fort va faire baisser le prix des matières premières, ça va stimuler l'économie. De toute façon c'est un génie.
Réponse de le 27/01/2018 à 9:52 :
Bah oui, une monnaie forte a des avantages tout comme une monnaie faible. En ce moment, nous payons notre petrole pas cher relativemement a la remonté de son prix mais nos exportations souffrent. Et quand l’eurodol va rebaisser, ce sera l’inverse...
a écrit le 26/01/2018 à 19:14 :
Les américains ne peuvent investir aux USA ? C'est pas réservé aux norvégiens. :-)
La baisse des impôts va libérer de l'argent qui pourra donc ipso facto être investi, non ??
America Great Again, grâce aux Américains, pourquoi 'sous-traiter' ?
a écrit le 26/01/2018 à 17:35 :
je n'ai rien compris du discours de Macron , j'ai en revanche bien enregistré le message de Trump .
j'ai dû trop longtemps stationner dans le parking de la France d'en bas .
Réponse de le 26/01/2018 à 23:05 :
Et oui, avec Macron, il faut avoir une capacité de réflexion qui n'est évidemment pas nécessaire avec Trump et son fan club.

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