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Céréales : le blocage des exportations ukrainiennes par la Russie tire les prix à la hausse

latribune.fr

Publié le 20 juillet 2023 à 12:59 - Mis à jour le 20 juillet 2023 à 13:02

Selon Kiev, l'armée russe a touché des infrastructures portuaires servant à exporter des céréales dans les ports d'Odessa et de Tchornomorsk.

Selon Kiev, l'armée russe a touché des infrastructures portuaires servant à exporter des céréales dans les ports d'Odessa et de Tchornomorsk.

Reuters

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Alors que les céréales ukrainiennes parvenaient à être exportées au reste du monde grâce à la création d’un corridor commercial en mer noire, Moscou a annoncé qu’il ne laisserait plus les navires traverser la zone, actant la fin de la trêve commerciale en Ukraine et faisant craindre de nouvelles tensions sur les prix mondiaux des céréales. Ces derniers ont en effet connu une forte hausse mercredi notamment pour le prix du blé et celui du maïs.

Les tensions reprennent sur le front des exportations de céréales. Lundi, l'accord autorisant leur acheminement depuis les ports d'Ukraine a expiré suite au refus de la Russie de le prolonger une nouvelle fois. Cette dernière a ensuite annoncé, mercredi, ne plus l

aisser passer les navires marchands en mer noire. « Tous les navires naviguant dans les eaux de la mer Noire à destination des ports ukrainiens seront considérés comme des bateaux transportant potentiellement des cargaisons militaires », a indiqué le ministère russe de la Défense dans un communiqué, ajoutant que « les pays du pavillon de ces navires seront considérés comme parties prenantes du conflit ».

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L'Ukraine accuse, elle, Moscou de « délibérément » cibler les infrastructures utilisées pour les exportations de produits agricoles ukrainiens cette semaine et d'avoir détruit 60.000 tonnes de céréales lors d'attaques. « Il faudra au moins un an pour réparer intégralement les infrastructures endommagées », a notamment affirmé Kiev.

Des tensions qui poussent le prix du blé à la hausse

Compte-tenu des risques, « il n'y a plus aucun armateur prêt à aller là-bas », a relevé Frédéric Denefle, directeur général du groupement Garex, spécialiste de l'assurance des risques liés aux conflits. Et pour cause, selon Adam Hodge, porte-parole du Conseil de sécurité national américain, Moscou « a posé de nouvelles mines aux abords des ports ukrainiens » et pourrait attaquer des navires marchands, puis « faire porter la responsabilité de ces attaques à l'Ukraine », a-t-il affirmé mercredi.

Ces nouvelles frictions pèsent largement sur les prix faisant craindre un retour à la situation vécue à l'été 2022 durant laquelle les cours du blé et du maïs avaient flambé. En conséquence de la fermeture de la voie maritime qui connectait notamment les ports d'Odessa et de Tchornomorsk et ayant permis de sortir près de 33 millions de tonnes de grains depuis l'été 2022, les marchés ont bondi. Mercredi, le prix du blé meunier a clôturé en forte hausse, à 253,75 euros la tonne sur l'échéance de septembre sur Euronext, gagnant 8,2% dans la journée, à un niveau pas atteint depuis début avril. Le maïs grimpait, lui, de 5,4%, juste sous la barre des 250 euros la tonne sur l'échéance d'août.

L'Afrique particulièrement menacée

Cette situation pourrait particulièrement peser sur les pays d'Afrique, largement dépendants des exportations ukrainiennes. Pour rappel, avant la guerre, l'Ukraine, cinquième exportateur mondial de céréales, expédiait à l'international 15 à 20 millions de tonnes par an de blé tendre, utilisé pour la farine de pain, l'amidon et la nourriture animale. C'est à peu près autant que la France mais moins que la Russie, le premier producteur mondial de blé, qui exporte environ 35 millions de tonnes de blé tendre par an. L'Ukraine et son voisin de l'est sont les principaux exportateurs des pays d'Afrique de l'Est et du Moyen-Orient. Mais ce pays est surtout un gros producteur de maïs qui exporte 25 à 30 millions de tonnes chaque année.

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une organisation intergouvernementale d'États africains a pris la parole sur Twitter.

« J'exhorte les parties prenantes à résoudre ces problèmes pour permettre la reprise du passage continu et sécurisé des céréales et engrais d'Ukraine et de Russie vers les régions qui en ont besoin, notamment l'Afrique », a-t-il annoncé.

De leur côté, Berlin et Paris ont condamné les attaques, la diplomatie française jugeant que Moscou fait peser « un risque irresponsable sur la sécurité alimentaire mondiale » et la ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, assénant que les bombardements russes « frappent les plus pauvres du monde ». Antonio Guterres, secrétaire général de l'ONU, a aussi regretté la décision russe en soulignant que « des centaines de millions de personnes » menacées par la faim allaient en « payer le prix ».

Les prix ne devraient pas renouer avec leurs pics de l'été 2022

La situation ne devrait cependant pas redevenir aussi dramatique de l'été dernier. Pour Sébastien Poncelet, spécialiste des céréales au cabinet Agritel, « on ouvre une nouvelle page d'incertitude sur le marché des grains, mais on n'est en aucune mesure face au choc subi sur les marchés après l'invasion de l'Ukraine en février 2022 », qui avait propulsé le blé à plus de 400 euros la tonne. La situation est moins tendue pour plusieurs raisons, résume-t-il : les flux s'étaient déjà récemment considérablement ralentis, et l'hémisphère Nord est en pleine récolte, avec de bonnes prévisions de moisson pour le blé en Russie et en Europe, et pour le maïs au Brésil.

Par ailleurs, « les opérateurs ukrainiens affirment avoir la capacité d'exporter jusqu'à 3,8 millions de tonnes par mois par les voies alternatives: terrestres, ferroviaires et fluviale — via le Danube », ce qui pourrait couvrir un volume d'exportation en baisse, relève Damien Vercambre

courtier au cabinet Inter-Courtage

. Mais « on assiste à une escalade en ce moment et on pourrait la voir se poursuivre dans les semaines ou les mois à venir », prévient Andreï Sizov directeur du centre d'analyse SovEcon, qui ne serait « pas surpris » de voir les Ukrainiens « essayer de perturber le transport des grains russes, comme mesure de rétorsion » aux attaques sur Odessa.

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Jusqu'ici, « il était important pour la Russie de préserver le corridor pour ménager ses relations avec la Turquie et la Chine », qui achètent une part importante des exportations agricoles russes et figuraient dans le trio de tête des pays bénéficiaires des exportations ukrainiennes via le corridor, relève Michael Zuzolo, de Global Commodities Analytics and Consulting. Mais, analyse-t-il, « les relations de ces deux pays avec la Russie se sont détériorées » récemment, notamment avec le feu vert récent de la Turquie à l'adhésion de la Suède à l'Otan.

(Avec AFP)

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