Champion de la vaccination anti-Covid, Israël partage les recettes de sa stratégie

Démarrée mi-décembre, la campagne de vaccination de l'État hébreu a fait chuter le nombre de contaminations de 10.000 personnes par jour mi-janvier, à environ 3.600 début mars. Dès lors, tout en restant prudent, le pays a mis fin à son troisième confinement. Un succès que la « Startup Nation » ne manque pas de partager, lors de points organisés avec des journalistes internationaux pour expliquer ses résultats.

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Avec plus de 55% de la population vaccinée, Benjamin Netanyahu et son gouvernement ont réussi à contrôler l'épidémie près d'un an après le début de la crise.
Avec plus de 55% de la population vaccinée, Benjamin Netanyahu et son gouvernement ont réussi à contrôler l'épidémie près d'un an après le début de la crise. (Crédits : POOL New)

« Israël est le leader mondial des politiques de vaccination, nous savons comment organiser une telle campagne en mobilisant toutes les forces et les compétences nécessaires pour y parvenir », se félicite le Dr. Sharon Alroy-Preis ce mercredi 3 mars. En tant que directrice des services de santé du ministère de la Santé, elle est la « madame vaccination » du « cabinet Covid-19 », créé spécialement par le ministère du gouvernement Netanyahou pour superviser la campagne. Petit pays et terre promise de la « Startup Nation », l'Etat du Proche-Orient est soucieux de communiquer sur son bilan et sa réussite face au Covid, à l'occasion d'une conférence virtuelle organisée par la Europe Israel Press Association (EIPA).

Un mouvement qu'a aussi impulsé le président Netanyahou dimanche 7 mars : « Les restaurants vont revenir à la vie », a-t-il annoncé tandis que des lieux ont rouvert sur présentation d'un passeport vaccinal.

Pour répondre à 80 journalistes internationaux pendant deux heures, les experts ont donc été triés sur le volet : le Pr. Ran Balicer, président du conseil des experts Covid-19 auprès du gouvernement israélien, épidémiologiste, et le directeur de l'innovation à Clalit - la plus grande caisse d'assurance-maladie du pays -, Aiman Saif, coordinateur et promoteur de la campagne de vaccination au sein du secteur arabe et palestinien d'Israël et Sharon Alroy-Preis ont répondu à une litanie de questions.

De fait, dans le monde entier, le cas d'Israël est scruté. En trois mois, le pays, peuplé de 9,3 millions d'âmes, a déjà vacciné plus de 5 millions de personnes (au moins une dose), soit près de 55% de la population, selon les dernières données de Clalit. En plus de cette vaccination express, il affiche un des taux de mortalité lié au Covid les plus faibles du monde, à 5.797 décès (contre plus de 22.160 décès en Belgique par exemple). 

A titre de comparaison, seuls 4,68% des Français ont reçu au moins une dose, et près de 87.500 personnes sont décédées depuis le début de l'épidémie, d'après les données du site CovidTracker.

Lire aussi : En tête des vaccinations anti-Covid 19, Israël est-il un modèle à suivre ?

La digitalisation du système de santé

Première explication de cette efficacité, le pays a élaboré une politique sanitaire essentiellement digitalisée, explique Ran Balicer. Dès le début de l'épidémie, les personnes âgées ont ainsi été contactées par téléphone. Depuis, il est aussi possible de prendre rendez-vous avec un médecin ou pour un vaccin directement sur des applications mobiles. « Nous avons tiré profit de la digitalisation de notre système de santé. Cela permet de centraliser la data », se félicite ainsi Pr. Balicer.

C'est grâce à un système sanitaire, décrit comme complet, reposant sur quatre caisses d'assurance maladie, que le numérique a permis au pays de lancer rapidement le campagne de vaccination. « Nous avons été très agiles », résume-t-il. 

L'adaptation aux différentes populations

Ensuite, Israël explique avoir établi un schéma précis de vaccination selon les classes d'âge, en formulant des priorités. « L'objectif était de vacciner en premier les plus vulnérables, ceux susceptibles de présenter des formes graves », précise Ran Balicer.  Pari apparemment réussi : aujourd'hui, 80% des plus de 50 ans ont reçu deux doses de vaccin, d'après la Clalit.

En plus des classes d'âge, ces experts assurent avoir adapté la campagne aux différentes religions afin de favoriser l'adhésion des citoyens, et ce, malgré les images qui ont tourné sur les télévisions du monde entier montrant des juifs orthodoxes s'opposant parfois violemment aux interdictions. « Nous discutons quotidiennement avec les responsables religieux musulmans, chrétiens et juifs pour convaincre les gens d'aller se faire vacciner », argumente pourtant Aiman Saif.

Enfin, aussi très critiqué à l'époque sur le manque d'équité dans l'accès au vaccin, Israël assure avoir intégré les différences culturelles dans sa politique, en particulier pour les communautés arabes qui restent sceptiques au vaccin. « Nous avons besoin d'une campagne spécifique pour la société arabe (...) D'ailleurs, nous avons mis en place des centres de vaccination dans les villes et villages arabes », souligne Aiman Saif. Pour le moment, seulement 40% des arabes israéliens ont été vaccinés, contre près de 50% en moyenne dans le pays, concède-t-il.

Transparence, coopération privé-public et pragmatisme

Autre réussite de la lutte anti-Covid selon la directrice Dr. Sharon Alroy-Preis : la coopération entre les secteurs public et privé. « Lorsque nous unissons nos forces et que chacun apporte son savoir-faire, nous pouvons faire beaucoup de choses », se félicite-t-elle en évoquant les « talents créatifs » du pays. Surtout, l'Etat hébreu aurait montré sa capacité à créer « sa propre usine » et mettre en place toute une chaine de vaccination, ajoute-t-elle.

À côté des entrepreneurs, elle cite l'étroite collaboration entre les médecins et le gouvernement qui a permis d'élaborer une politique sanitaire efficace. « Notre métier consiste à étudier les données, tirer la sonnette d'alarme si besoin, donner des recommandations basées sur des faits scientifiques. Ensuite, c'est au gouvernement de choisir la politique à mener », rappelle-t-elle.

Mais dans son opération séduction auprès des journalistes, Israël a surtout choisi un mot : la transparence. Et de féliciter, pour Ran Balicer, « les principaux responsables politiques du pays » qui « ont même été vaccinés en direct à la télévision ». À la différence de la France, et d'autres pays, critiquée pour son manque de communication notamment au moment de la crise des masques, Israël a préféré informer sa population des moindres détails de sa politique. « Cela permet aussi de lutter contre les fake news » avance Pr. Balicer.

Enfin, les trois experts ont fait preuve de pragmatisme depuis le début de la crise. « Ce qu'il faut c'est gérer les risques », explique Dr. Sharon Alroy-Preis. « L'objectif c'est de rouvrir une partie de l'économie tout en maintenant la situation sanitaire sous contrôle, car nous n'atteindrons pas l'immunité collective tout de suite », ajoute Ran Balicer.

Pour tempérer ce succès, les experts ont tenu à rappeler que le pays a aussi bénéficié d'avantages dont ses voisins ne disposent pas : en plus d'avoir une faible population, ses citoyens y sont « jeunes », souligne Pr. Balicer. Un atout face à un virus qui menace surtout les personnes âgées. Par ailleurs, l'Etat hébreu est « géographiquement condensé », ajoute-t-il, ce qui rend plus facile le déploiement de la campagne vaccinale.

Virus et vie privée

Reste que malgré ces succès avancés, la politique sanitaire menée par Israel n'a pas toujours été saluée. Selon un rapport consulté lundi 18 janvier par l'AFP, Pfizer a cédé un stock de vaccins à Israel en échange notamment de données personnelles sur les citoyens. Cet accord n'est pas sans rappeler la polémique déclenchée en mars 2020 : le Premier ministre avait annoncé qu'il utiliserait des « moyens numériques », « pour lutter contre le terrorisme » afin de suivre la propagation du virus dans la population, selon des informations rapportées par Reuters. Ce dispositif de surveillance avait créé de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux.

Résultat, l'Etat hébreu multiplie les opérations de communication pour ses électeurs - dès le 19 décembre 2020 -, date à laquelle Benjamin Netanyahou était vacciné contre le Covid. Depuis, le Premier ministre parcourt les différents centres à travers le pays pour encourager à la vaccination. En VRP du vaccin, il recourt aux slogans : « Les vaccins sont efficaces, ils nous permettent de sauver de nombreuses vies. Sortons prudemment du Corona. Allez vous faire vacciner ! », pouvait-on lire par exemple sur son compte Twitter en février.

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Commentaires 12
à écrit le 12/03/2021 à 10:32
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la carence des autorités francaise apparaisse au grand jour cela fait 1ans qu'ils se gosse et justifie leur incompétences il vas falloir qu'il soit devant le confinement ultime pour decouvrir que cette organisation est nul

à écrit le 12/03/2021 à 9:17
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Ils ont choisi Pfizer et non AstraZeneca.( s’ils l’ont fait , c’est qu’ils savent ce que nous savons pas )

à écrit le 11/03/2021 à 13:54
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C'est simple en Israël si t'es pas vacciné ,tu ne pourras plus rien faire comme dans les hôpitaux ou divers services ou l'on vire les non-vaccinés à moins d'être testé tout les 72 heures d'ici qu'on mettent dans des camps y'a pas des kilomètres . Jo ...

à écrit le 11/03/2021 à 13:22
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Pour ou contre le passeport sanitaire ? Fin février, Emmanuel Macron aurait affiché son soutien à cette mesure, souhaitant en définir les contours avec des conseillers. Mais le sujet reste clivant au sein de la population alors que, selon Covid Track...

à écrit le 11/03/2021 à 13:04
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Bizarre !! un commentaire "gênant" aurait-il disparu ?????

à écrit le 11/03/2021 à 12:43
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Depuis que je lis PROPAGANDA d'edward Bernays écrit en 1928 (neveu de Freud) je me régale. Cet article est à la lettre la propagande mondiale voulue et évidemment organisée. A plus aucun moment on ne parle du quelconque intérêt de se faire vacci...

à écrit le 11/03/2021 à 3:29
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Je prefere et de loin la politique vaccinale ici en Coree. Avec une prevalence de 6/1000, on ne se rue pas pour se faire piquer. Encore moins au Japon pourtant loin derriere le nombre de DCD. Ce qu'il se passe en Israel est inexact, tronque et manipu...

à écrit le 10/03/2021 à 22:32
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Vu que Israél est sur un autre continent , nous saurons jamais la véracité des propos , aucune source actuelle n’est cohérente , même en lisant l’historique de Reuters : ça ne donne aucune confiance sur les informations véhiculées par les médias . F...

à écrit le 10/03/2021 à 20:29
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Eh oui.... voilà pourquoi la France n'arrivera jamais à briller ni économiquement ni autrement. Ses lourdeurs ses bourdes, son arrogance l'empêchent d'être réactif. Combien de personnes vaccinés ??? 4 millions sur 68 millions....tout est dit.

le 11/03/2021 à 19:05
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Ça fait moins de cas graves bénins morts cqfd

à écrit le 10/03/2021 à 20:16
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Bibi a du oublier un bout de la réalité. En Israël, malgré la vaccination la plus avancée dans le monde, le taux de transmission du covid est passé au dessus de 1, le pays s' encovide. Un 4e confinement n’est donc pas exclu avec la hausse de ce...

à écrit le 10/03/2021 à 18:18
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3600 cas par jour pour 8,8 millions; population d' Israël ça fait 27572 cas par jour pour 67,4 d'habitant; population en France succès à relativiser.

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