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Chine : la « longue marche » vers la stabilité

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Robert Jules

Publié le 18 janvier 2018 à 06:42

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La croissance chinoise va-t-elle se stabiliser comme prévu à 6,5 % cette année ? C'est la principale interrogation pour 2018 concernant la deuxième économie mondiale, sous la menace d'une montagne de crédits.

« Stabilité », tel est le mot d'ordre qui a conclu la Conférence centrale sur le travail économique, réunissant chaque fin d'année - à huis clos - les principaux responsables du pays pour statuer sur les perspectives économiques. Les taux de croissance économique à deux chiffres, qui ont été durant des années la caractéristique de « l'atelier du monde », appartiennent désormais au passé. En 2017, le PIB affiche une hausse de 6,7%, sa plus faible progression depuis vingt-six ans. Cette année, la prévision annonce 6,5%. Parallèlement, les autorités chinoises peuvent se targuer de maîtriser l'inflation, qui officiellement s'élève à 1,7% en 2017. Elles comptent la contenir sous les 3% cette année.

Pour favoriser la stabilité économique, le pouvoir chinois a besoin de stabilité politique. Ce qui passe visiblement, au regard des conclusions du dernier congrès du Parti communiste chinois (PCC) qui s'est tenu à l'automne, par une centralisation renforcée afin de piloter les changements et de garder la mainmise sur une société de plus de 1,4 milliard de personnes. Ainsi, le leader du PCC et président du pays, Xi Jinping, qui concentre tous les pouvoirs de décision, a annoncé qu'il fallait que le pays passe « d'une phase de croissance rapide à une étape de développement de haute qualité ».

La deuxième économie du monde s'est en effet engagée depuis déjà plusieurs années sur la voie d'un changement de son modèle économique. Il s'agit de dépasser un principe de croissance tirée par les exportations, le crédit facile et la construction de grandes infrastructures, pour passer à une économie fondée sur la consommation intérieure, le développement de services et la montée en gamme de l'appareil productif. Mais une telle manoeuvre n'est pas sans risque pour un pays de la taille de la Chine.

Assainissement et environnement

Économiquement, la stabilité passe par la réduction d'une montagne de crédits dont une partie a été accordée à des acteurs fragiles. La dette cumulée du secteur public et du secteur privé est évaluée par la Banque des règlements internationaux (BRI) à quelque 256% du PIB, dont plus de 150% détenus par les seules banques. En outre, les deux tiers de la dette des entreprises sont le fait de compagnies publiques, dont la gestion est politiquement sensible malgré la situation de faillite de nombre d'entre elles, celles que l'on désigne sous le terme d'« entreprises zombies ».

Depuis plusieurs années, le FMI alerte la Chine sur la nécessité de réduire le recours au crédit pour soutenir la croissance. C'est ce à quoi s'emploient les autorités, qui ont réduit le shadow banking, fixé des ratios de solvabilité plus exigeants pour le système bancaire, rationalisé le fonctionnement du secteur public industriel, par exemple dans le secteur de la sidérurgie, du charbon ou des panneaux solaires. De même, nombre de projets d'infrastructures, en particulier dans le transport, ont été reportés sine die.

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Outre ces réformes, le président Xi Jinping a inscrit également en haut de son agenda la protection de l'environnement, en particulier la lutte contre la pollution atmosphérique. Le gouvernement a ainsi fixé des normes environnementales pour les entreprises chinoises, ce qui l'a conduit à faire fermer des dizaines de milliers de petites sociétés. Par ailleurs, il vient de fixer une taxe environnementale applicable à toutes les activités, et a lancé un marché de quotas d'émissions de CO2.

Montée en gamme

Les autorités tentent aussi de réduire le risque d'éclatement de bulles. Si les marchés financiers font l'objet d'une réglementation drastique depuis les mini-krachs de juin 2015 et janvier 2016, le secteur immobilier demeure en revanche toujours hautement spéculatif. À lui seul, il absorbe aujourd'hui près de la moitié des crédits bancaires. Un tel flux pose aux autorités le problème récurrent en Chine de la meilleure allocation des ressources, car le financement de la construction se fait au détriment de secteurs industriels plus porteurs pour la compétitivité du pays, en particulier dans les nouvelles technologies et le numérique.

Certes, la Chine abrite des géants de taille internationale, à l'instar d'Alibaba dans le commerce en ligne, et la montée en gamme dans la production devrait continuer à fournir aux exportations - la part de la Chine dans le commerce international est de 14% - des produits qui vont concurrencer directement ceux des pays développés, que ce soit dans la chimie ou, demain, dans l'aéronautique ou la robotique, montée en gamme qui se fait également par la capacité à copier rapidement ses concurrents.

Cette concurrence internationale, que les Européens vont subir avec les « nouvelles routes de la soie », est de nature à tendre les relations, notamment avec les États-Unis. La faiblesse de la devise chinoise, le yuan, est notamment régulièrement critiquée. Mais le yuan est ces derniers jours au plus haut depuis vingt mois face au dollar, à 6,5 yuans pour 1 dollar. Il s'est apprécié de 6% face au billet vert en 2017. Même si la banque centrale chinoise (PBOC) contrôle son évolution, elle montre une volonté de normalisation par rapport au marché des changes, une tendance nécessaire pour une devise qui veut acquérir de plus en plus un statut de monnaie internationale.

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Ce rôle de puissance mondiale sur la scène internationale, la Chine, fidèle à sa politique de soft power, entend bien continuer à le jouer. En 2017, elle avait marqué des points sur la question climatique ou le protectionnisme commercial face à un Donald Trump tenté par l'isolationnisme. Il n'est pas dit que Washington fasse la même erreur en 2018.

Robert Jules

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