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Chute de la production, ports bloqués : l’effondrement des exportations céréalières ukrainiennes s'aggrave

latribune.fr

Publié le 13 mai 2022 à 15:43 - Mis à jour le 13 mai 2022 à 15:47

Baisse céréales

L'Ukraine, plus grande surface agricole européenne, produit 80 millions de tonnes de céréales et d'oléagineux par an dont plus de 65% sont exportées.

DR

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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L'Ukraine, quatrième exportateur mondial de céréales, a vu ses exportations s'effondrer de plus de moitié depuis le début du mois de mai faisant craindre de graves conséquences pour les pays les plus dépendants, notamment ceux d'Afrique. Face au risque de pénurie, l'Union européenne se mobilise pour débloquer les ports où se trouvent des millions de tonnes de ces matières premières.

Le grenier à blé du monde a bien du mal à remplir sa mission. L'Ukraine, plus grande surface agricole européenne et qui produit 80 millions de tonnes de céréales et d'oléagineux par an dont plus de 65% sont exportées, a vu ses exportations chuter ces derniers mois.

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Elles se sont en effondrées de plus de moitié depuis le début du mois de mai par rapport à l'an dernier, selon les statistiques publiées jeudi par le ministère de l'Agriculture. Elles sont revenues à moins de 300.000 tonnes contre 667.000 tonnes à la même période en mai 2021, un volume qui dépasse néanmoins celui enregistré sur l'ensemble du mois de mars, le premier mois complet après l'invasion du pays par l'armée russe, le 24 février. Avant cette date, le pays exportait jusqu'à six millions de tonnes de céréales par mois. Il était, au cours de la saison 2020-2021, le quatrième exportateur mondial de céréales, essentiellement en Chine, en Afrique et en Europe, selon les données du Conseil international des céréales. Le pays est aussi l'un des principaux producteurs d'huile de tournesol.

Inflation du prix du blé

Cette baisse de régime pourrait avoir de graves conséquences pour les régions les plus dépendantes de la manne céréalière de l'Ukraine comme l'Asie-Pacifique, l'Afrique subsaharienne, le Proche-Orient et l'Afrique du Nord et fait craindre des émeutes de la faim. Au total, "45 pays africains et pays les moins avancés importent au moins un tiers de leur blé d'Ukraine ou de Russie - 18 de ces pays en importent au moins 50%. Cela comprend des pays comme le Burkina Faso, l'Egypte, la République démocratique du Congo, le Liban, la Libye, la Somalie, le Soudan et le Yémen", indiquait le chef de l'ONU, Antonio Guterres. Au manque de ressource, s'ajoute une inflation de ces matières premières telles que le maïs, les oléagineux ou encore les engrais. Le prix de la tonne de blé dépasse les 400 euros, soit plus qu'en 2008, au plus fort de la crise alimentaire mondiale de 2008, quand la tonne atteignait 300 euros. "La guerre en Ukraine signifie la faim en Afrique", avait alerté mi-mars la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, sur CBS News.

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Guerre en Ukraine : cet « ouragan de famines » et ces émeutes de la faim dans le monde que redoute l'ONU

Si les perturbations provoquées par la guerre devaient durer, en 2022 et 2023, "le nombre global de personnes sous-alimentées pourrait augmenter de 8 à 13 millions", avait calculé, de son côté, l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (Food and Agriculture Organization, FAO). Elles viendraient s'ajouter aux quelque 800 millions de personnes souffrant déjà de la faim en 2020. "Tout le monde paye le prix de la guerre" à travers l'insécurité alimentaire et la hausse des prix, a abondé ce vendredi le ministre ukrainien de l'Agriculture Mykola Solsky à l'issue d'une réunion avec ses homologues du G7.

La production de blé va reculer de plus d'un tiers

Les causes sont d'abord à chercher du côté de la production de céréales qui est mise à mal en Ukraine par le conflit. C'est le cas de celle du maïs qui va diminuer de 53% durant la campagne en cours, selon le ministère américain de l'Agriculture (USDA). Il estime également que la quantité de blé produite par le pays en guerre va reculer de plus d'un tiers.

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Quant aux céréales produits, l'Ukraine accuse les troupes russes de s'en emparer. Le ministre allemand de l'Agriculture a qualifié ce vendredi de "répugnant" ces vols de céréales, en marge d'une réunion du G7 cherchant à aider Kiev à exporter sa production. "La Russie vole et confisque les biens et les céréales dans l'Est de l'Ukraine", a déclaré Cem Özdemir aux côtés de son homologue ukrainien Mykola Solsky, estimant que "c'est une manière particulièrement répugnante de mener la guerre".

Des silos bloqués dans les ports ukrainiens

Après la production, c'est l'exportation qui se retrouve, elle aussi, bloquée par le contexte géopolitique. Avant le début de l'offensive militaire russe, 90% des exportations de céréales et d'oléagineux transitaient par les ports ukrainiens de la mer noire, une voie désormais impraticable. Dans les ports fermés en raison d'un blocage de la marine russe, des millions de tonnes de céréales attendent de pouvoir être acheminées. "En ce moment, les silos à grains de l'Ukraine sont pleins. Dans le même temps, 44 millions de personnes dans le monde se dirigent vers la famine. Nous devons ouvrir ces ports pour que la nourriture puisse entrer et sortir d'Ukraine. Le monde l'exige car des centaines de millions de personnes dans le monde dépendent de ces approvisionnements", a alerté à ce sujet le directeur exécutif du Programme alimentaire mondial des Nations Unies, David Beasley sur CNN.

L'Union européenne se mobilise

"Vingt millions de tonnes de céréales doivent quitter l'Ukraine en moins de trois mois, en utilisant les infrastructures de transport de l'Union européenne", a confirmé la commissaire européenne aux Transports, Adina Valean, le 12 mai. L'UE a proposé un plan d'action pour aider Kiev à exporter ses matières premières. "Il s'agit d'un défi gigantesque. Il est donc essentiel de coordonner et d'optimiser les chaînes logistiques, de mettre en place de nouveaux itinéraires et d'éviter autant que possible les goulets d'étranglement", a-t-elle ajouté. En d'autres termes, l'UE ambitionne de faire transiter la production ukrainienne par train plutôt que par bateau ce qui pose toutefois un problème technique : la différence d'écartement des rails qui fait que les wagons ukrainiens ne sont pas compatibles avec la majeure partie du réseau ferroviaire de l'UE. Il faut donc à la frontière transborder les marchandises vers des camions ou des wagons aux normes européennes, ce qui ralentit leur transport. Il n'existe en outre que peu d'installations permettant ces opérations aux frontières de l'Ukraine avec l'UE.

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Pour pallier cette différence de taille, la Commission européenne demande aux transporteurs de fournir davantage de trains et de camions et leur promet de faciliter leurs démarches par la mise en place d'une plateforme logistique destinée à adapter ces ressources supplémentaires à la demande. Elle invite aussi les Etats membres à créer chacun un "guichet unique" pour l'accès à ces "corridors de solidarité". L'exécutif européen demande aussi aux gestionnaires d'infrastructures de réserver des créneaux ferroviaires pour les exportations agricoles ukrainiennes, auxquelles "il conviendrait de donner la priorité". Enfin, la Commission exhorte aussi les autorités nationales à faire preuve de souplesse et à accélérer les procédures aux passages frontaliers et elle entend se coordonner avec les Etats membres pour renforcer les capacités d'entreposage temporaire des produits agricoles ukrainiens.

latribune.fr

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