Climat : à Bonn, les Etats se demandent que faire après la COP 21

La première réunion des pays après l'adoption de l'Accord de Paris, et la dernière avant la COP 22 à Marrakech en novembre, se tient à Bonn du 16 au 26 mai. Avec pour objectif de préciser les mécanismes de mise en oeuvre de ce texte aussi historique que flou.
Giulietta Gamberini

5 mn

Parmi les sujets en discussion, celui de la montée en puissance et de la distribution des financements des pays riches en faveur des politiques climatiques des plus pauvres.
Parmi les sujets en discussion, celui de la montée en puissance et de la distribution des financements des pays riches en faveur des politiques climatiques des plus pauvres. (Crédits : Reuters)

Après cinq mois de répit, les pays membres de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) ont repris leurs négociations. Depuis lundi 16 mai, et pendant 10 jours, leurs 2 000 délégués sont réunis à Bonn en Allemagne (siège de la CCNUCC) pour la première session de discussions organisée depuis l'accord sur le climat adopté en décembre à Paris. L'objectif poursuivi : déterminer les moyens de la mise en oeuvre de ce texte, certes historique mais encore incomplet.

Des enjeux que la ministre française de l'Environnement Ségolène Royal, présidente de la Conférence des parties à la convention-cadre (COP), a résumé en ces termes :

"Les fondations sont posées, à nous maintenant de construire notre maison commune".

Avec son successeur, le ministre marocain des Affaires Etrangères Salaheddine Mezouar, futur président de la COP22 (prévue en novembre à Marrakech) ils ont précisé dans une lettre aux délégations:

"Notre défi est de rendre l'accord de Paris opérationnel: de transformer des 'contributions nationales' en politiques publiques et plans d'investissement".

Une trajectoire encore insuffisante

L'un des principaux aboutissements de l'Accord de Paris est en effet qu'il engage (art. 4) les pays membres à transformer leurs "intentions" de réduction des gaz à effet de serre présentées avant la COP21 (Intended nationally determined contributions, INDC), en plans d'actions concrets (Nationally determined contributions, NDC). Aujourd'hui, à Bonn, un premier registre public listant les NDC déjà connues doit justement être présenté, permettant aux pays de commenter et de réviser sa conception. Mais si le texte fixe des objectifs collectifs (art. 2), il reste en revanche vague sur les mécanismes permettant de surveiller la mise en oeuvre  de leur NDC par chaque gouvernement, se contentant de mentionner un bilan collectif effectué tous les cinq ans à partir de 2023 (article 14).

Christiana Figueres, secrétaire exécutive de la CCNUCC jusqu'en juillet, a par ailleurs observé que les engagements jusqu'à présent pris par les pays membres placent la planète sur une trajectoire de réchauffement comprise entre 2,5 et 3°C par rapport à l'ère pré-industrielle, alors que l'accord de Paris vise à maintenir le changement climatique "nettement en-dessous" des 2°C et poursuit un objectif de 1,5°C. Cela implique de réviser les promesses à la hausse, selon un processus restant à préciser.

Il s'agit également d'identifier les activités susceptibles d'avoir le plus d'impact sur la réduction des émissions. Nombre de collectivités locales, mais aussi d'entreprises et d'investisseurs, dont le soutien aux plans établis par les gouvernements sera essentiel, sont d'ailleurs aussi présents à Bonn.

La question des financements toujours débattue

La réunion, qui sera la seule session de négociations jusqu'à la COP 22 en novembre, doit aussi se pencher sur un autre chantier fondamental : celui de la montée en puissance et de la distribution des financements des pays riches en faveur des politiques climatiques des plus pauvres. A Copenhague, en 2009, les pays développés ont promis de leur verser 100 milliards de dollars chaque année à partir de 2020. Les pays insulaires et africains réclament une grosse part de ce gâteau, faisant valoir leur exposition particulière aux risques engendrés par le changement climatique.

Lire aussi: COP22 : Marrakech, une étape sur la route du marché africain

Les délégués présents à Bonn doivent établir les bases pour qu'un accord puisse être trouvé à Marrakech. Les meilleures pratiques à adopter en matière d'adaptation seront aussi au centre des discussions.

Lire aussi: Après la COP21, les villes du monde s'organisent contre le changement climatique

L'entrée en vigueur en attente

Signé le mois dernier par 175 pays lors d'une cérémonie au siège new-yorkais de l'ONU (et par deux autres par la suite), l'accord de Paris sur le climat n'entrera toutefois pas en vigueur avant d'être ratifié par au moins 55 pays représentant 55% des émissions de gaz à effet de serre. A ce stade, 16 pays, essentiellement de petits Etats insulaires, l'ont fait. Les deux principaux pollueurs, la Chine et les Etats-Unis, ont annoncé leur intention de le ratifier avant la fin de l'année.

En France la ratification a été approuvée mardi 17 mai par l'Assemblée nationale. L'accord sera soumis au vote du sénat le 8 juin. Quant à l'Europe, Ségolène Royal a souhaité mardi "que l'on ait maintenant très rapidement, c'est-à-dire avant l'échéance du Conseil européen de la fin juin, les dates de délibération de tous les conseils des ministres (...) et les dates de ratification dans les Parlements".

"Je n'imagine pas que l'Union européenne arrive à la COP22", en novembre à Marrakech, "en état d'observateur et que l'accord de Paris entre en application sans l'Union européenne", a souligné la ministre.

Giulietta Gamberini

5 mn

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Commentaires 5
à écrit le 18/05/2016 à 18:06
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d’abord fermer les centrales a charbon et adopter les bonus/malus pour les véhicules a moteurs thermiques comme en France !

à écrit le 18/05/2016 à 18:04
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Si on mettait une taxe sur l'énergie pour réduire les charges sociales affectées aux salaires, on favoriserait la réduction du chomage et l'amélioration de la compétitivité des entreprises tout en favorisant le climat. La France devrait donner l'exe...

le 19/05/2016 à 7:47
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Suite. En admettant de mettre une taxe sur l'énergie de 30€/tCO2, cela permettrait de rapporter environ 20G€, ce qui correspondrait à l'indemnisation de 1million de chomeurs. Ce serait une aubaine pour François Hollande.

le 19/05/2016 à 9:01
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Suite 2. Je dois surement faire une erreur dans mon calcul. Où est l'erreur?

à écrit le 18/05/2016 à 17:14
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C'est simple: on garde le beau rapport bien au chaud jusqu'à la COP 22... Cordialement

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