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ÉconomieInternational

Concilier sécurité alimentaire et climat, un casse-tête à résoudre de toute urgence

Dominique Pialot

Publié le 08 août 2019 à 13:18 - Mis à jour le 08 août 2019 à 13:22

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Publié ce 8 août, le rapport spécial du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat montre que, pour nourrir plus de 10 milliards de terriens en 2050 sur une planète vivable, il est indispensable de modifier en profondeur et sans attendre nos pratiques agricoles et nos habitudes alimentaires.

Ce nouveau rapport du GIEC, auquel ont contribué 107 scientifiques de 52 pays, dont 53% issus de pays moins développés et qui a recensé pas moins de 7.000 articles, incite les gouvernements des 195 pays qui l'ont approuvé à une action urgente - peut-être plus urgente encore que dans ses derniers rapports, dont celui consacré aux impacts d'une hausse de +1,5°C de la température par rapport à l'ère pré-industrielle, paru en octobre dernier. Sans doute parce que la multiplication d'épisodes caniculaires et d'événements climatiques extrêmes -cet été encore- ou les constats sur l'érosion de l'absorption de CO2 par les forêts tropicales, semblent indiquer un emballement de la situation sur le plan scientifique, alors qu'on ne constate aucune réaction politique à la hauteur de cette urgence.

Pas de rupture technologique attendue

Mais ce n'est pas la seule raison. Comme l'a expliqué la climatologue Valérie Masson-Delmotte, vice-présidente du GIEC, lors d'une conférence de presse ce 8 août à Genève -où les experts étaient réunis depuis le 2 août dernier-, en matière d'utilisation des sols, et singulièrement, de pratiques agricoles, on n'attend pas de rupture technologique. Les solutions existent et sont connues, mais plus on tardera à les mettre en œuvre, plus la palette des possibilités se réduira. L'inertie intrinsèque à certaines solutions - reboiser massivement - ou le temps nécessaire pour éduquer le public et former les professionnels plaident également en faveur de l'urgence.

Ce rapport explique et quantifie les liens entre l'utilisation des sols et le changement climatique. L'évolution de l'exploitation des terres (agriculture et élevage intensifs, déforestation, artificialisation des sols au détriment notamment des zones humides) ces dernières décennies, en plus de nuire à la biodiversité, décuple les émissions de gaz à effet de serre de certaines activités tout en limitant la capacité des sols à les absorber et accélère donc le réchauffement climatique. De façon plus globale, ces pratiques érodent les services écosystémiques rendus par la nature à l'homme (notamment l'épuration et le stockage de l'eau), dont la valeur est estimée entre 10% et 25% du PIB mondial.

La sécurité alimentaire menacée

Avec la sylviculture, l'agriculture, qui occupe à l'échelle mondiale 70% des terres émergées, dont un quart sont déjà fortement dégradées par des pratiques agressives, représente 23% des émissions globales. Mais si l'on prend en compte l'intégralité du système alimentaire, y compris la transformation des denrées agricoles et leur transport ainsi que les pertes et le gaspillage, cette proportion atteint 30%. Entre 2007 et 2016, les sols sont parvenus à éliminer 28% des émissions totales, mais leur rôle de puits de carbone s'amenuise.

Dans le même temps, les effets du changement climatique sur l'agriculture - à commencer par le stress hydrique dont souffrent déjà 500 millions de personnes vivant aujourd'hui dans des zones souffrant de désertification - se font déjà sentir : sécheresse, baisse des rendements et des qualités nutritives de certaines cultures, prolifération de ravageurs et de maladies agricoles...

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Plus de 800 millions de personnes aujourd'hui ne mangent pas à leur faim, alors même que 2 milliards d'autres sont en surpoids, et que 25% à 30% des volumes produits sont perdus ou gaspillés, ce qui correspond à 8% à 10% des émissions de gaz à effet de serre.

Les projections de cette situation à l'horizon 2050, d'autant plus dans un contexte de croissance importante de la population, laissent présager une dégradation de la sécurité alimentaire notamment dans les zones tropicales et subtropicales, avec une dégradation accrue des rendements, des tensions sur les cours des denrées agricoles, plus de famines, de dysfonctionnement le long de la chaîne d'approvisionnement, de migrations forcées et même de conflits autour de la nourriture et de l'eau.

Cap sur une agriculture durable

L'urbanisation galopante joue également un rôle significatif. Les villes, qui souffrent tout particulièrement du réchauffement climatique en raison du phénomène des « îlots de chaleur », contribuent également à l'artificialisation des sols et, donc, à l'aggravation des phénomènes observés.

Le rapport met en évidence l'impact positif de pratiques telles que l'agro-foresterie (qui associe arbres, cultures et/ou animaux sur une même parcelle agricole) ou l'agriculture biologique, la rotation des cultures, la ré-utilisation des eaux de pluie. Mais l'enrayement de la déforestation (10 à 15% des émissions mondiales), la restauration des écosystèmes dégradés ou encore une meilleure gestion forestière seraient encore plus efficaces à court terme.

Régimes alimentaires en question

En revanche, les experts soulignent les risques associés à des changements massifs d'usage des sols tels que ceux qu'impliquerait un développement important de la bioénergie. Cette technique, qui consiste à faire pousser des plantes à croissance rapide pour les brûler à des fins de production d'énergie tout en captant le CO2 émis lors de leur combustion, élimine en principe plus de gaz à effet de serre qu'elle n'en produit. C'est ce qui la rend si séduisante aux yeux de certains dans la poursuite d'un objectif de neutralité carbone.

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Si les médias et les ONG ont tendance à se focaliser sur la nécessité de faire évoluer les régimes alimentaires en inversant les proportions entre alimentation carnée et végétale, sur ce sujet comme sur les autres, les experts du GIEC se refusent à toute préconisation. Mais leurs calculs mettent en évidence les bienfaits qu'aurait un régime « basé sur les céréales secondaires, les légumineuses, les légumes, les noix et les graines ». Une généralisation d'un régime végétarien à l'échelle de la planète permettrait ainsi d'éliminer jusqu'à 8 milliards de tonnes de CO2 par an.

Eux préfèrent insister sur la nécessité d'actions coordonnées autour de l'usage des terres et de l'organisation du système alimentaire dans son ensemble - coordonnées... et urgentes.

Dominique Pialot

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