Climat et usage des sols : la solution est dans votre assiette !

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Un régime alimentaire moins carné s'impose pour respecter une baisse suffisante de nos émissions de CO2.
Un régime alimentaire moins carné s'impose pour respecter une baisse suffisante de nos émissions de CO2. (Crédits : © Stephane Mahe / Reuters)
Comment préserver d'un côté le rôle de puits de carbone que peuvent jouer les terres agricoles et, de l'autre, leur capacité à nourrir près de 10 milliards d’êtres humains en 2050 ? Alors que le GIEC consacre ces jours-ci une réunion aux liens entre changement climatique et utilisation durable des sols, une profonde mutation de nos régimes alimentaires et de nos modes d’agriculture s’impose de plus en plus clairement.

Le potentiel conflit d'usage des sols entre forêts, prairies et zones humides, agriculture et élevage, énergie, accès à l'eau... ne date pas d'hier. Mais il prend un relief nouveau dans un contexte de réchauffement climatique. En effet, tout comme les océans, les sols absorbent environ 30% des gaz à effet de serre émis par les activités humaines. C'est dire le rôle essentiel qu'ils jouent dans l'atténuation du réchauffement climatique. Mais ils ont de plus en plus de mal à tenir ce rôle de puits de carbone à mesure qu'ils sont dégradés par l'agriculture intensive et réquisitionnés pour des usages notamment énergétiques. Ce sont pas moins de 2 milliards d'hectares de terres qui sont aujourd'hui dégradés, affectant le mode de vie de 3 milliards de personnes sur terre.

Planter des arbres par milliards

Pour préserver, voire restaurer cette capacité d'absorption du CO2, il vaudrait mieux protéger les zones humides, stopper la déforestation et même (re)planter des arbres par milliards. Thomas Ward Crowther, chercheur à l'École polytechnique de Zürich et co-auteur d'une étude dévoilée il y a un mois dans la revue américaine Science, préconise ainsi d'en planter quelque 1.200 milliards.

En effet, après avoir analysé des photographies satellites, lui et ses collègues ont conclu que la Terre pourrait naturellement se couvrir de 0,9 milliard d'hectares de forêts supplémentaires sans toucher aux terres urbaines ou agricoles existantes. Certains pays suivent déjà cette piste au pied de la lettre, à l'instar de l'Éthiopie qui s'est fixé pour objectif d'en planter 4 milliards d'ici à octobre prochain, ou du Maroc, qui vise 50 millions d'arbres plantés en une seule journée !

La bioénergie avec capture et stockage de carbone (BECCS), qui consiste à faire pousser des végétaux à croissance rapide (ce qui absorbe du CO2) avant de les brûler pour en tirer de l'énergie tout en captant le CO2 émis lors de cette combustion, est l'une des technologies privilégiées par certains experts, dont ceux de l'Agence internationale de l'énergie.

Nourrir 9,8 milliards d'êtres humains en 2050

Mais dans le même temps, il s'agit de faire face à la croissance démographique, qui en bondissant à 9,8 milliards d'êtres humains en 2050, nécessiterait, à régime constant, d'accroître de 56% la production agro-alimentaire par rapport à 2010. Or, l'agriculture et l'élevage, tels qu'ils sont aujourd'hui pratiqués, occupent un tiers de la surface de la terre, absorbent 75% de l'eau douce et pèsent entre 25% et 30% des émissions de gaz à effet de serre. Et 50% du méthane, dont le pouvoir de réchauffement est encore supérieur à celui de dioxyde de carbone, proviennent du bétail et de la culture du riz.

Le sujet est si complexe que les membres du GIEC (Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat) sont réunis à Genève depuis le 2 août dernier. Ils publieront jeudi 8 août un résumé à l'intention des décideurs de leur nouvelle publication sur « les changements climatiques, la désertification, la dégradation des terres, la gestion durable des terres, la sécurité alimentaire et les flux de gaz à effet de serre dans les écosystèmes terrestres ».

Demain, tous végétariens ?

Mais, en toute logique, les premières données connues de cette synthèse indiquent d'ores et déjà que seule une modification en profondeur de nos modes de production agricoles et de nos régimes alimentaires permettra aux sols de jouer leur rôle dans l'atténuation du changement climatique. Faute de quoi, nous aurons beau nous déplacer, nous loger, nous chauffer -ou nous refroidir-, fabriquer nos biens de consommation de façon plus décarbonée et durable, l'indispensable réduction des émissions nettes de gaz à effet de serre restera hors de notre portée.

Outre une réduction drastique du gaspillage alimentaire et un meilleur monitoring de l'agriculture grâce par exemple à des outils de prévention d'événements climatiques extrêmes, c'est une bascule massive vers des régimes pauvres en protéines animales qui s'impose.

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Commentaires
a écrit le 12/08/2019 à 14:45 :
Reconstituer la foret : Les prairies naturelles et permanentes constituent un puits de CO2 équivalent à une foret voire meilleures qu'une foret reconstituée.
« le pastoralisme tradirionel- la production extensive de bétail dans les pâturages - offre d'énormes avantages à l'humanité et devrait être considéré comme un élément majeur de la transition mondiale vers une économie verte »/…./
constate que : « le pastoralisme durable dans les écosystèmes de grands pâturages libres / …/ préserve la fertilité des terres et le carbone présent dans sol, et contribue à la régulation de l'eau et à la conservation de la biodiversité. Les autres avantages qu'il présente se trouvent sous la forme de produits alimentaires de grande valeur.
Mais les militants évangélistes sauveur de la planète sont en fait le bras armé de l’industrie agroalimentaire. Ils ont perdu toute faculté d’utiliser leur libre arbitre.
a écrit le 07/08/2019 à 11:21 :
JCML@, félicitations pour votre civisme!.Après moi le déluge.Aucune inquiétude pour vos petits enfants et les générations futures.Si l'on veut diminuer l'émission des gas à effet de serre et limiter le réchauffement climatique,il faut s'attaquer en même temps à toutes les sources d'émissions de CO2 et autres gas à effet de serre: l'agriculture intensive et l'élevage,le transport,l'industrie extractive,l'utilisation des gas médicaux,etc,etc.Comme dit l'article,il faut arrêter la déforestation et au contraire planter des milliards d'arbres,pour piéger le CO2.Pour diminuer la production de méthane par l'élevage,il faut consommer moins de viande,c'est aussi simple que ça.
a écrit le 07/08/2019 à 8:15 :
" c'est une bascule massive vers des régimes pauvres en protéines animales qui s'impose. " eh bien moi ce midi je vais me faire cuire une belle entrecôte.
a écrit le 06/08/2019 à 20:33 :
Très bon cet article.Il a le mérite de signaler l'importance de l'agriculture dans la production des gas à effet de serre.25 à 30% du réchauffement climatique est dû à l'agriculture.L'agriculture intensive joue un rôle central ,car elle est responsable de la déforestation,elle utilise les fertilisants,les pesticides,herbicides et en plus,elle brûle beaucoup de gasoil pour les machines agricoles.Un 2e facteur,est l'élevage,qui produit beaucoup de méthane.Pour moi, il y a 2 conclusions à retirer de cet article.Développer massivement l'agriculture biologique,beaucoup plus respectueuse de l'environnement et produisant beaucoup moins de gas à effet de serre et effectivement ,diminuer notre consommation de viande ( ce sera long à priori) pour diminuer l'importance des élevages et donc la production de méthane.
Réponse de le 12/08/2019 à 9:41 :
Un très bon article à la solde de l'industrie alimentaire. Comme le dit BH en dessous l'agriculture ne représente rien comparé au reste des secteur d'activité.
La pilule nourricière dont rêvent les financiers permettra d'éliminer tous les paysans et les secteurs d'activités qui en découlent (vétérinaire, bouchers, fromagers etc etc). une usine par continent pourra nourrir ceux qui obéissent sans poser de question et la manne financière sera évidemment mise a profit pour dominer le monde.
Les défenseur de la nature sont déjà responsable de la délocalisation de plus de 20 millions d’autochtone qui vivaient sans portables voitures ou autre objet pollueurs.
a écrit le 06/08/2019 à 11:09 :
recourir a un habile subterfuge ( le CETA ° pour sacrifier nos agriculteurs !
a écrit le 06/08/2019 à 10:50 :
L'agriculture, selon l'Insee, ne représente rien sur les émissions de CO2 - https://www.insee.fr/fr/statistiques/2015759 - et je crois qu'il faut arrêter les fausses informations sur les dégradations des sols (certainement vrai dans certaines situations (la déforestation en milieu tropical- mais faux dans les pays développés (aux USA, le développement du no-till (semis direct) permis par les OGM a réduit à néant les problèmes d'érosion éolienne, et globalement en Europe + Amérique, l'augmentation des rendements est là pour souligner l'absence (globale) de problème). Une forêt à l'équilibre et non exploitée ne stocke plus rien, le stockage de CO2 permis par la croissance des arbres étant annihilée par le pourrissement). Dès lors, l'agriculture peut être aussi performante en terme de stockage (temporaire). Enfin, il est sain de se poser la question des émissions, par le transport notamment et l'utilisation massive des énergies fossiles, mais on ne saurait oublier la question des cataclysmes (épiphénomènes mais aux conséquences dramatiques pour notre espèce) dus au volcanisme (avec des fréquences de l'ordre d'une catastrophe mondiale majeure tous les cinquante ans) - lire "l'année sans été" sur les conséquences de l'éruption du Tambora en 1815 de Gillen d'Arcy Wood qui rappelle, et c'est nécessaire, que l'on peut parler très scientifiquement des questions environnementales. L'économie mondialisée a oublié les aspects stratégiques, voire vitaux, de la production agricole (il est loin le temps de "l'Arme du blé"), et le monde devrait considérer l'augmentation des stocks de céréales, ce qui permettrait d'augmenter (à la marge malheureusement) le stockage Carbone.
a écrit le 06/08/2019 à 1:06 :
Bravo. Je dis BRAVO à cet auteur de manger des pâtes tous les jours. Perso, je ne supporterais pas. Tant qu'il y aura des pauvres à convaincre pour que nous puissions en profiter plus, il FAUT le faire. Ca nous profite.
a écrit le 05/08/2019 à 23:51 :
Il y a des avantages dans l'élevage que vous voudriez supprimer par simple idéologie!
a écrit le 05/08/2019 à 21:00 :
Non, désolé, mais c'est absurde de se priver de manger certaines choses. La solution, elle est plutôt dans la contraception, afin de lutter contre la surnatalité.
a écrit le 05/08/2019 à 19:49 :
Ok! Mais pas que...Le levier essentiel est la réduction planétaire du stress hydrique qui ne peut que s'amplifier avec le réchauffement climatique si nos modes de consommation d'eau n'évoluent pas: des précipitations erratiques et catastrophiques dont la+ gde partie ruisselle et est rejetée à la mer après des crues et inondations dévastatrices cf nos tempêtes tropicales, les dernières moussons indiennes. Des sécheresses qui augmentent d'années en années et surviennent ds des régions improbables auparavant : vigilance rouge caniculaire ds tt le nord du pays, ppale z agricole française.
Sans compter les risques conflictuels sociaux ou entre pays : certains quartiers de Los Angeles n'ont + accès à l'eau potable. Le partage des eaux du Nil entre les pays amont et aval est potentiellement explosif.
Bref, on doit ts s'y mettre et vite pour apprendre à économiser l'eau pour la totalité des besoins. Ex pour les besoins domestiques, Il va falloir fortement augmenter le M3 consommé hors des besoins de 1ere nécessité et tant pis pour le lobby des pisciniers et les charges de copropriété dans le 06 et ailleurs.
Favoriser partout les techniques agricoles les + économes en eau adaptée à chaque pays tout en recherchant pour chacun à se rapprocher ou maintenir l'autosuffisance alimentaire. Ex en Afrique, ça passe forcément par le soutien et l'efficience de l'agriculture vivrière... Les techniques existent. Dans les pays riches ça passe par la réduction de la production de viande rouge en priorité et des terres et des cultures très consommatrices d'eau ( soja maïs ) pour la produire.
Mieux recycler les eaux usées sachant que les investissements en France sont dérisoires.
Multiplier en z rurale les bassins de rétention d'eau des rivières.
Dans les cas extrêmes, comme dans le sud espagnol apprendre à dessaliniser l'eau de mer avec l'énergie solaire.
Les investissements sont gigantesques, les défis immenses, mais les techniques sont là et matures pour la plupart. Tout repose sur les volontés politiques qui puissent s'appuyer sur des consultations citoyennes.
a écrit le 05/08/2019 à 17:21 :
"Il faut cultiver notre jardin" Voltaire

Et nous autre européens il faut retourner vers cette formidable puissance culturelle que nous, enfin notre classe dirigeante bien entendu, avons bêtement abandonné afin d'essayer de concurrencer les américains alors que ce sont eux qui ont fait les règles du jeu ne pouvant donc jamais perdre.

Mais avec des imbéciles cupides à la plupart des postes à responsabilité comment faire machine arrière ?

Grâce à nos penseurs nous aurions pu anticiper toutes ces catastrophes qui s'empilent n otre porte, allons nous encore et toujours continuer de nous vautrer dans la bêtise et l'incompétence et la corruption ou bien allons nous essayer au moins de sauver l'humanité ? Puisque là aussi il faut bie nse dire que la nature gagnera toujours à terme, que l'on pourra tout passer à la javel, au nucléaire, aux boues chimiques et-c... qu’elle finira toujours pas réémerger.

Mais pas nous qui sommes, que nous le voulions ou non, entièrement dépendant d'elle, ce n'est pas parce que nous la maitrisons que nous nous sommes détachés du besoin essentiel que nous avons en elle.

"Acquérir de la puissance cela se paie cher, la puissance abêtit" Nietzsche
a écrit le 05/08/2019 à 17:20 :
Elle en a bien des responsabilités cette pauvre menagere, faire tourner l'economie et sauver la planete, planter un arbre et applaudir a zapata qui fait plus de deux litres au kilometre, mais bon y a pas le choix, dix milliards en 2050 ça risque de faire leger pour payer les retraites.

(Bunny Spirit)

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