Un étudiant de l'Université de Tsinghua, à vélo, les yeux rivés sur l'écran d'un ordinateur posé en équilibre sur le guidon, pédale à toute allure. L'image, devenue virale en 2020, a fait de lui le symbole du « Neijuan » (内卷化), « involution » en français, un terme jusque-là cantonné aux sciences sociales. En mandarin, il désigne ces efforts supplémentaires réalisés au quotidien par la population, mais qui ne produisent plus de gains. Cette course sans fin pour laquelle 1,3 milliard de chinois pédalent sans vraiment avancer.
Né dans les campus et les bureaux, le terme a glissé et est devenu économique. Il désigne l'hyperconcurrence de certains secteurs qui érode les marges, alimente la déflation et fige l'investissement.
L'automobile en est l'un des symboles. La Chine a dépassé les 30 millions de véhicules produits l'année passée. Si BYD est le leader du pays, il existe une multitude de concurrents au géant de l'électrique. En juin dernier, à Chongjin, au cours du China Auto Chongqing Forum, BYD a été vivement critiqué par les dirigeants d'entreprises concurrentes qui l'accusent d'avoir contourné la réglementation en matière de réservoirs d'essence. L'affaire a surtout joué le rôle de catalyseur de l'exaspération des patrons du secteur face à la bataille à laquelle se livrent leurs entreprises.
« Certaines entreprises se disputent le titre de roi de l'involution, s'en vantent même. Mais si l'on continue dans cette voie, l'écosystème sain de l'industrie automobile, construit grâce à d'énormes soutiens financiers de l'État, risque d'être entraîné dans une impasse par ces soi-disant champions de l'involution »,a ainsi lâché Yang Xueliang, vice-président exécutif du groupe Geely Holding,