Cop 21 : retour sur 20 ans de négociations pour le climat

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La Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique pose un objectif ultime:  stabiliser (...) les concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique.
La Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique pose un objectif "ultime": "stabiliser (...) les concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique". (Crédits : © Kim Kyung Hoon / Reuters)
Si cette semaine se tiennent à Bonn les dernières négociations avant la conférence internationale sur le climat organisée en décembre à Paris, la diplomatie climatique a pourtant une histoire de plus de vingt ans. Revue des principales étapes.

Tous les regards de ceux qui militent pour la conclusion d'un accord international ambitieux pour contrer le phénomène du réchauffement climatique sont tournés vers Bonn cette semaine. La ville allemande héberge jusqu'à vendredi les délégués de 195 pays et de l'UE, pour un dernier round des négociations avant la conférence internationale qui se tiendra à Paris à partir du 30 novembre. Soulignant qu'il s'agit d'une semaine "critique", le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, l'a encore rappelé mardi 20 octobre :

"Nous devons avancer à Bonn pour avoir un succès à Paris", a-t-il plaidé.

Les délégations ont été appelées par Fabius à produire un projet d'accord "clair, concis, équilibré et ambitieux", "identifiant un nombre limité de questions politiques qui resteront" à trancher à Paris. depuis lundi, elles planchent notamment sur un nouveau projet de texte, présenté début octobre par deux fonctionnaires onusiens. Critiqué par les pays en développement, furieux de voir le texte amputé d'une partie de leurs propositions, il a déjà été amendé par toutes les parties, passant de 20 à 34 pages.

Si à trois jours de la fin de cette réunion de la dernière chance le sentiment d'urgence domine, les négociations autour de la question du réchauffement climatique ont néanmoins désormais une histoire de plus de vingt ans. Après un début prometteur pour leur rapidité, elles se sont enlisées dans une complexité croissante. En voici les principales étapes.

  • 1988 : le Groupe intergouvernemental des experts sur le climat (GIEC) est créé sous l'égide de l'Onu. Sa mission est d'évaluer de façon globale, objective et transparente les informations scientifiques, techniques et socio-économiques nécessaires pour comprendre trois questions liées au changement climatique d'origine humaine: le fondement scientifique des risques, les conséquences éventuelles et les stratégies d'atténuation et adaptation possibles. Cependant, il ne conduit pas lui-même ses travaux de recherche, mais passe en revue la littérature scientifique déjà existante.

  • 1990: le Giec publie son premier rapport d'évaluation.

De la Convention-cadre au Protocole de Kyoto

  • 1992 : la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique (CCNUCC) est ouverte à la signature à Rio, lors du Sommet de la Terre dédié au développement durable. Elle entrera en vigueur en mars 1994. Aujourd'hui, elle a été ratifiée par 196 parties (195 Etats et l'Union européenne),ce qui en fait l'un des accords internationaux à la plus large participation. Elle pose un objectif "ultime":

"Stabiliser (...) les concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique".

Celui-ci s'accompagne d'un certain nombre de principes, dont celui des "responsabilités communes mais différenciées" entre parties contractantes, qui conduit à une distinction des pays en plusieurs groupes, en fonction de leur niveau de développement.

Le seul délai mentionné est toutefois fixé d'une manière plutôt générale:

il s'agit de celui "suffisant pour que les écosystèmes puissent s'adapter naturellement aux changements climatiques, que la production alimentaire ne soit pas menacée et que le développement économique puisse se poursuivre d'une manière durable".

  • 1995 : Quelques mois après la publication du deuxième rapport d'évaluation du Giec, s'ouvre à Berlin la première conférence des parties (COP 1) à la convention-cadre. Elle aboutira à la rédaction d'une décision appelée "mandat de Berlin", dont l'objectif est de lancer un cycle de négociations afin de mieux préciser les engagements des pays industrialisés sous la forme d'un protocole ou d'un autre instrument juridique.

  • 1997 : le mandat de Berlin débouche, lors de la COP 3 au Japon, sur l'adoption du Protocole de Kyoto. Les pays développés s'y engagent à réduire, dans la période 2008-2012, leurs émissions moyennes de 5,2% par rapport à 1990.

  • 2001 : les Etats-Unis annoncent qu'ils ne ratifieront pas le Protocole de Kyoto, le Sénat américain s'y étant opposé à cause de l'absence d'obligations de réduction vis-à-vis des pays émergents.

Un après-Kyoto semé d'embûches

  • 2007 : Le Giec obtient le Prix Nobel de la paix. Il vient de publier son quatrième rapport, où il montre les risques d'impacts irréversibles découlant d'une augmentation de la température moyenne de la planète de plus de 2°C par rapport à l'ère préindustrielle. Le Prix Nobel est attribué conjointement à l'ancien vice-président des Etats-Unis Al Gore, dont la récente campagne de sensibilisation sur la question climatique avait été représentée dans un film couronné par deux oscars à Hollywood, Une vérité qui dérange. La même année, à Bali, la 13e conférence des parties adopte une "feuille de route" (dite Bali Roadmap) donnant à deux groupes de travail un mandat de négociations pour l'après Kyoto. L'objectif est de parvenir à un nouveau protocole en 2009, lors de la COP15 à Copenhague.

  • 2009 : la conférence de Copenhague ne permet pas d'adopter un nouveau protocole, mais débouche sur la simple rédaction d'un accord politique. Les pays émergents y acceptent de s'engager dans la réduction des émissions mais obtiennent en échange une promesse: à partir de 2020, les pays riches devront transférer à ceux en voie de développement 100 milliards d'euros par an pour les aider dans la transition bas carbone et l'adaptation au réchauffement climatique. L'objectif d'une limitation de l'augmentation des températures moyennes en dessous des 2°C est également posé.

  • 2010 : lors de la conférence de Cancun (COP-16), les principaux éléments de l'accord de Copenhague sont intégrés dans la convention-cadre.

  • 2011 : à Durban, un nouveau processus de négociations est lancé. L'objectif est de parvenir à l'adoption, avant décembre 2015 lors de la COP-21 à Paris, d'un accord climatique universel démarrant en 2020. La même année, le Canada sort du Protocole de Kyoto.

  • 2014 : le Giec publie son 5e (et dernier jusqu'à présent) rapport d'évaluation où, en envisageant plusieurs scénarios d'émissions de gaz à effet de serre, il décrit une trajectoire qui permettrait de ne pas dépasser les 2°C. Il en résulte que la planète a déjà dépensé les 2/3 du budget carbone permis afin d'avoir de bonnes chances d'atteindre ce résultat, et que dans cette perspective il ne lui reste que 25-30 ans d'émissions au niveau actuel.

  •  2015 : la 15e conférence des parties (COP 21) est programmée à Paris, au Bourget, du 30 novembre au 11 décembre.

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Commentaires
a écrit le 21/10/2015 à 23:19 :
Certes. Il vaut mieux faire semblant de s'attaquer aux effets plutôt qu'aux causes. C'est plus simple et, surtout, plus rentable.

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