COP28 : immersion à Masdar City (Abou Dhabi), ville du futur et cité fantôme

REPORTAGE - La conférence des Nations unies pour le Climat est sur le point de fermer ses portes à Dubaï, mais dans l'émirat voisin d'Abou Dhabi, la ville du futur de Masdar City s'ouvre aux visiteurs. Après un débarquement en navette autonome, le visiteur déambule entre des résidences étudiantes en terre cuite et des ruelles désertes.
César Armand
Le centre-ville de Masdar City
Le centre-ville de Masdar City (Crédits : C.A pour La Tribune)

Son patron n'est autre que Sultan Al-Jaber. Ministre de l'Industrie et des Technologies avancées et envoyé spécial pour le Climat des Emirats Arabes Unis et directeur général de la Compagnie nationale pétrolière d'Abou Dhabi, le président de la COP28 est aussi président du conseil d'administration de Masdar City. Un démonstrateur de la ville du futur construit en plein désert et érigé en vitrine à quelques heures de la clôture du grand raout climatique.

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Embarquement dans une navette autonome

Pour y accéder, rien de plus simple : il suffit de laisser votre SUV de 3 tonnes au parking et de monter à bord d'une navette autonome Gama (ex-Navya) qui suit un tracé prédéfini grâce à des capteurs placés une dizaine de mètres plus haut. Un coup de pouce sur une tablette tactile fixée à la vitre, et c'est parti pour quelques minutes au milieu des sous-sols bétonnés d'une commune qu'on dirait montée sur pilotis. « C'est un peu comme le métro », résume, lapidaire, une voyageuse.

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La navette autonome de Masdar City

A l'arrivée, une intelligence artificielle et deux êtres de chair et de sang se chargent du comité d'accueil devant une maquette géante cernée d'écrans géants diffusant des formes ressemblant à l'ADN. « Et voici le plan masse d'un écosystème unique », se gargarise une quinquagénaire européenne.

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Le schéma directeur de la ville

Déambulation dans des résidences étudiantes en terre cuite

Le projet de Masdar City est né en 2007. Il a été percuté de plein fouet par la crise économique et financière de 2007-2008 qui a plombé l'immobilier mondial, et a commencé à être livré en 2010. Rien n'est pour autant terminé. De 15.000 personnes qui étudient, travaillent, vivent et jouent sur place - « live, work and play » en anglais dans le texte -, 50.000 sont attendues à terme. Pour se défouler, une piste à pied de 10 km pour courir au milieu des chantiers.

Les présentations étant faites, il faut ensuite emprunter un escalier de béton pour entrer en son cœur. Outre une centrale photovoltaïque, des panneaux solaires ont été installés sur les toits de tous les bâtiments pour une puissance de 10 mégawatts. Des résidences étudiantes en terre cuite de couleur ocre y cohabitent avec des bureaux de Siemens et des antennes vitrées de la Mohamed bin Zayed University of Artificial Intelligence, du nom du président émirati et émir d'Abou Dhabi.

« Nous avons le premier immeuble d'entreprise net zéro énergie », se félicite Lutz Wilgen, responsable du design de Masdar City, guide du jour.

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Une ruelle déserte

Des ruelles désertes, mais fraîches

Sauf que trois jours après la Fête nationale, synonyme de vacances aux Emirats, et en pleine conférence des Nations unies à Dubaï, la ville a des allures de cité fantôme. Alors que certains linges pendent aux balcons, les stands de présentation y sont vides, les commerces en pied d'immeuble fermés et les rues piétonnes désertées. Les quelques locaux croisés sont par groupe de deux-trois et discutent soit debout, soit assis au rare café ouvert, mais dans un périmètre restreint : autour de la bibliothèque du Masdar Institute of Science and Technology.

Ce qui frappe aussi est la fraîcheur du lieu. Alors qu'il fait près de 32°C, un 5 décembre, d'une chaleur inhabituellement sèche, la température ressentie est au moins de 10 degrés moindre. Une tour du vent haute d'une cinquantaine de mètres capte en effet les courants d'air et les distribue dans les ruelles pour les rafraîchir. Des arbustes, voire des arbres, ont également été plantés, ainsi que des petites fontaines rondes hautes de quelques dizaines de centimètres.

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A la sortie de ce centre-ville, cinq grues dansent au milieu de fondations et du gros œuvre. C'est le projet « The Link ». Sur les palissades, le programme se veut alléchant : « multi-use hall et visitor center », « creative and diverse retail spaces » ou encore « modern and flexible office spaces ». Un espace d'accueil, des bureaux, des commerces... Tout est prêt pour accueillir jusqu'à quatre fois plus d'habitants.

D'autant que Masdar City ne fait pas les choses à moitié : la ville est une zone franche. « La communauté d'affaires la plus durable des Emirats Arabes Unis », vante-t-elle sur son site Internet. Les entreprises y restent à 100% aux mains de leurs propriétaires, pendant que les droits d'importation y sont nuls, les licences présentées comme « rentables » et le soutien commercial « transparent ». A date, près de 1.000 sociétés de toutes tailles y sont implantées.

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Le ballet des grues pour le projet « The Link »

César Armand

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Commentaires 2
à écrit le 12/12/2023 à 11:02
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Où l'on voit la dérive du lobby du BTP, prenez ces villes fantômes toutes neuves en Chine également, les gars ils bâtissent et ensuite comptent sur leurs politiciens pour remplir leurs logements et du coup dès que ya un dysfonctionnement tout tombe e...

à écrit le 12/12/2023 à 9:18
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Je le dis depuis longtemps l'oligarchie élève les humains comme les cochons et bœufs que nous mangeons. On nous parque, on nous élève, on nous exploite, on nous maltraite, la seule différence c'est que les animaux ont en général une mort plus rapide....

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