COP 28 : un nouveau texte jugé « insuffisant » par la France, l'UE et les États-Unis

A la veille de la fin prévue de la COP 28, le président émirati de l'événement a mis sur la table un nouveau texte appelant à la réduction des énergies fossiles dans le monde mais sans mentionner de « sortie » de ces dernières. La nouvelle version se veut être une voie médiane, face au blocage des pays producteurs ou exportateurs de pétrole.
Ce mardi, les délégations de 197 pays sont censées présenter l'accord final de cette COP 28. De nombreux participants espère que celui-ci sera le plus ambitieux possible.
Ce mardi, les délégations de 197 pays sont censées présenter l'accord final de cette COP 28. De nombreux participants espère que celui-ci sera le plus ambitieux possible. (Crédits : THAIER AL-SUDANI)

[Article publié le lundi 11 décembre 2023 à 08h01 et mis à jour à 18h25]. Dernière ligne droite pour la 28e conférence de l'ONU pour le climat à Dubaï. Pour lever les blocages sur l'accord final, le président émirati de la COP 28 a proposé ce lundi un nouveau texte se voulant être une voie médiane pour la réduction des énergies fossiles dans le monde.

Le nouveau texte appelle à la « réduction à la fois de la consommation et de la production des énergies fossiles d'une manière juste, ordonnée et équitable, de façon à atteindre zéro net (neutralité carbone, NDLR) d'ici, avant ou autour de 2050, comme préconisé par la science », a-t-il déclaré.

En revanche -et c'est un point central- il ne mentionne plus le mot « sortie » concernant les énergies fossiles.

Ce nouveau texte de 21 pages inclut désormais plusieurs vœux du camp des pays producteurs ou exportateurs de pétrole, comme la mention des technologies balbutiantes de captage et de stockage du carbone, exigées pour continuer à pomper des hydrocarbures. Le texte appelle également à « réduire rapidement le charbon sans captage de carbone » mais aussi à des « limites sur les permis accordés pour de nouvelles centrales au charbon » sans captage de CO2, ce qui constitue en fait un recul par rapport à la COP de Glasgow d'il y a deux ans, où aucun blanc-seing, c'est-à-dire une signature apposée en avance sur un document blanc, n'avait été accordé pour de nouvelles centrales.

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Une nouvelle tentative d'accord entre tous les pays

Cette nouvelle version a notamment été écrite dans l'objectif de trouver un compromis sur la sortie ou a minima la réduction des énergies fossiles, tout en assurant le financement pour les pays les plus pauvres. Car, jusqu'à présent, les discussions entre les délégués et ministres des pays n'ont guère progressé malgré des négociations frénétiques et de multiples bilatérales plus discrètes dans la fourmilière climatisée du parc des Expositions de Dubaï. Les différents camps attendent le nouveau texte pour véritablement « dévoiler leurs cartes », explique une source proche de la présidence de la COP.

Au cœur du blocage sur l'accord final, l'Arabie Saoudite, premier exportateur de pétrole, l'Irak et quelques alliés de plus en plus isolés, campent sur leurs positions hostiles à toute sortie ou réduction des énergies fossiles, comptant sur les technologies balbutiantes de captage du carbone et brandissant la menace d'un bouleversement de l'économie mondiale.

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Une position qui fait écho à celle de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep). Mercredi dernier, la puissante institution a adressé une lettre interne à ses pays membres et alliés - le document a été révélé par l'AFP - les exhortant à bloquer tout accord évoquant un abandon des énergies fossiles. L'Opep avertit que « les pressions injustifiées et excessives contre les énergies fossiles pourraient atteindre un point de bascule avec des conséquences irréversibles ». D'après Alden Meyer, du centre de réflexion E3G, c'est la première fois qu'un secrétaire général de l'Opep intervient de la sorte dans des discussions sur le climat parrainées par les Nations unies. « Cela témoigne d'un vent de panique », a-t-il confié à l'AFP.

Un texte décevant pour l'ONG et plusieurs pays

Mais cette concession aux défenseurs des énergies fossiles a provoqué de fortes réactions du côté des ONG.

« Nos voix ne sont pas entendues » et le projet est « totalement insuffisant » sur la question des énergies fossiles, a dénoncé le ministre samoan Cedric Schuster, qui préside l'alliance des petits États insulaires (Aosis). Harjeet Singh, le chef de la stratégie politique mondiale au CAN, qui représente plus de mille associations et participe aux travaux de la COP en tant qu'observateur affirme aussi que le nouveau texte « représente une régression importante par rapport aux versions précédentes (...) de façon stupéfiante, il n'inclut plus de formule explicite sur la sortie des énergies fossiles »Andreas Sieber, de l'ONG 350.org, a lui aussi dénoncé des propositions « affaiblies » par rapport aux précédentes.

Enfin, une source parmi les négociateurs européens, contactée par l'AFP, juge que ce texte « est loin de ce dont a besoin le climat aujourd'hui. Une chose est claire : nous n'y arriverons pas d'ici à mardi 11 heures », l'heure à laquelle Sultan Al Jaber souhaitait clore la COP 28.

Du côté des États, les commentaires négatifs se succèdent. Les États-Unis appellent à « renforcer fortement » le projet d'accord, tandis que la ministre française Agnès Pannier-Runacher à Dubaï a déclaré : « Ce texte, il est insuffisant, insuffisant. Il y a des éléments qui ne sont pas acceptables en l'état ». Quelques minutes plus tard, la ministre espagnole Teresa Ribera, représentant l'Union européenne, a également jugé qu'il était « clairement insuffisant ». Un accord final semble donc encore bien loin d'être conclu.

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Optimisme

Malgré la lenteur des négociations, les points de blocage, et les critiques autour de ce nouveau texte, plusieurs ONG et négociateurs, estiment néanmoins qu'un accord n'a jamais été aussi proche pour signaler le début de la fin du pétrole, du gaz et du charbon, dont la combustion depuis le XIXe siècle a permis l'essor économique mondial au prix d'un réchauffement de 1,2°C. Lors d'une grande réunion dimanche, organisée en cercle sur le modèle des « majlis », tradition des pays musulmans, des ministres du monde entier ont souscrit les uns après les autres à la sortie des énergies fossiles.

(Avec AFP)

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Commentaires 3
à écrit le 12/12/2023 à 9:26
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"la France, l'UE et les États-Unis" Ho !, Nous sommes enfin sorti de l'UE et personne ne m'a prévenu ?

à écrit le 11/12/2023 à 19:31
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Ce qui est "insuffisant", c'est que monsieur tout le monde continue à faire le plein de sa voiture tous les quinze jours pour aller à son travail. Et à mon avis, c'est pas près de changer

à écrit le 11/12/2023 à 8:39
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Nous continuons de broyer des poussins, nous massacrons 40 milliards d'animaux chaque année, nous venons juste d'arrêter de refroidir avec des frigos l'air que l'on chauffe dans les commerces, nous avons 6 continents de plastique sur nos océans, nous...

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