LA DÉCENNIE COVID ? (5/5). Depuis deux ans, le risque microbien est redevenu le cauchemar de l'humanité. Aux côtés du réchauffement climatique, du risque d'attentat terroriste et d'accident nucléaire, il fait trembler le monde. Les épidémies de maladies infectieuses n'ont pourtant rien de nouveau, mais on les avait soigneusement oubliées. Comment mieux gérer le risque de pandémie ? Comment surveiller la guerre secrète des microbes ? Eléments de réponses face à un risque imprévisible, mais que le SARS-COV2 a rendu probable.Quand le Covid-19 sera devenu une maladie endémique - autrement dit une
pathologie que l'on sait soigner et provoquant peu de morts -, quand la course aux
variants se sera ralentie et que les dangereuses versions feront l'objet d'un vaccin,
sera-t-on enfin débarrassé du cycle pandémie ? Non !, répondent la majorité des
épidémiologistes, car les épidémies sont des risques que l'Humanité a toujours
connu et dont on n'est pas prêts d'être débarrassés.
Le choc provoqué par cette crise Covid-19 vient du fait qu'on a soigneusement oublié les leçons du passé. La pandémie de grippe espagnole due à une souche H1N1 et ses plus de 40 millions de morts dans les années 1920 semblait appartenir à un lointain passé.
Même avec l'épidémie de CoV-1, la grippe H1N1 et la fièvre Ebola, la menace microbienne nous semblait maîtrisée. Sauf que ce n'est pas tellement ça. Le SARS CoV-1 asiatique n'était pas arrivé en Occident en 2003 parce que le virus était moins contagieux. Or les leçons tirées sur le moment ont fait long feu, comme le souligne Fréderic Keck, anthropologue et directeur de recherche CNRS.
« Après la première crise du SRAS, les États membres de l'Organisation mondiale de la santé étaient d'accord pour se préparer sérieusement à faire face à une pandémie. Mais peut-être par lassitude des populations et face aux règles d'austérité budgétaire, ces bonnes intentions n'ont pas duré et les stocks de masques et de vaccins n'ont pas été renouvelés. »
Pourtant, depuis plus de vingt ans, les spécialistes nous alertent sur les risques pandémiques. La grippe aviaire et son virus influenza, le coronavirus de chauve-souris..., les candidats ne manquent pas. Sans oublier les arbovirus transmis par les moustiques et qui provoquent la dengue ou le chikungunya. Des virus qui pourraient déclencher des pandémies avec des moustiques dopés au réchauffement climatique.