Déflation, exportations, chômage, immobilier... L'économie chinoise peine à rebondir

L'indice mensuel des prix à la consommation publié ce mercredi s'affiche en baisse de 0,3% sur un an, faisant craindre une spirale déflationniste et des répercussions négatives sur l'appareil productif chinois, déjà plombé par la chute des exportations. Autres signes de la mauvaise santé du géant asiatique, le taux de chômage chez les jeunes atteint 20%, et la crise de l'immobilier est loin d'être résolue. Les espoirs suscités par la fin de la politique « zéro Covid » et d'une forte reprise chinoise, locomotive de la croissance mondiale, s'éloignent au fur et à mesure des mois.
Vue d'un marché à Pékin, ce mercredi 9 août. La Chine est entrée en déflation - une baisse générale des prix des biens et services - pour la première fois en plus de deux ans, plombée par une consommation intérieure atone qui complique la reprise économique.
Vue d'un marché à Pékin, ce mercredi 9 août. La Chine est entrée en déflation - une baisse générale des prix des biens et services - pour la première fois en plus de deux ans, plombée par une consommation intérieure atone qui complique la reprise économique. (Crédits : Reuters)

En Chine, la publication des indicateurs de conjoncture pointe vers un net ralentissement de la deuxième économie mondiale. Après la chute des exportations, et à rebours des principales économies qui luttent contre l'inflation, le géant asiatique annonce ce mercredi 9 août être entré en déflation - une baisse générale des prix des biens et des services - pour la première fois en plus de deux ans. L'Empire du Milieu est en effet plombé par une consommation intérieure atone, compromettant la reprise économique.

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Ainsi, l'indice des prix à la consommation, principale jauge de l'inflation, s'est inscrit en juillet en baisse de 0,3% sur un an, indique le Bureau national des statistiques (BNS). Les analystes sondés par l'agence Bloomberg anticipaient un repli des prix (-0,4%), après une inflation nulle un mois plus tôt. Pour rappel, l'inflation s'affichait en France de 4,5% en juin et de 3% aux Etats-Unis.

En théorie, une baisse des prix est favorable au pouvoir d'achat des consommateurs. En réalité, au lieu de dépenser, les consommateurs reportent leurs achats dans l'espoir de profiter davantage de baisses de prix. Or, la déflation est une menace pour l'économie.

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Et pour cause, face à une demande moindre, les entreprises sont contraintes de réduire leur production et consentent à de nouvelles ristournes pour écouler leurs stocks, tandis qu'elles gèlent les embauches ou licencient. Les économistes parlent alors d'une spirale néfaste. Selon Xia Chun, économiste chez Yintech Investment Holdings à Hong Kong, cité par Reuters, « la déflation en Chine devrait durer de six à douze mois ».

Le pays a déjà connu une courte période de déflation, fin 2020-début 2021, qui avait été provoquée par l'effondrement des prix du porc, la viande la plus consommée dans le pays. La précédente remontait à 2009.

Les principaux moteurs de croissance grippés

Mais cette fois-ci, nombre d'analystes redoutent que le phénomène dure plus longtemps, au moment où les principaux moteurs de croissance de la Chine sont grippés et le chômage des jeunes atteint un niveau record, excédant les 20%.

C'est la crise persistante de l'immobilier, un secteur qui a longtemps représenté le quart du PIB du pays, qui est la « principale » raison du « choc déflationniste », estime l'économiste Andrew Batson, du cabinet Gavekal Dragonomics, cité par l'AFP.

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Autre indicateur en berne, l'indice des prix à la production s'est de nouveau contracté en juillet (-4,4%) pour le dixième mois consécutif, selon le BNS. Cet indice, qui mesure le coût des marchandises sorties d'usines et donne un aperçu de la santé de l'économie, était déjà en repli de 5,4% en juin. Des prix à la production dans le rouge sont synonymes de marges réduites pour les entreprises.

Ces données sont publiées au lendemain de chiffres décevants pour les exportations chinoises, traditionnellement un important levier de croissance. Elles ont connu en juillet leur plus fort repli sur un an (-14,2%), pénalisées par une faible demande à l'étranger, selon des chiffres officiels publiés mardi. Cette situation a un impact direct sur des dizaines de milliers d'entreprises qui fonctionnent désormais au ralenti.

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Cette conjoncture menace l'objectif de croissance fixé à environ 5% pour cette année par le gouvernement, qui devient de plus en plus difficile à atteindre, le PIB n'ayant progressé que de 0,8% entre le premier et le deuxième trimestre 2023, selon les chiffres officiels.

Vers un nouveau plan de relance ?

Nombre d'économistes préconisent désormais un vaste plan de relance pour soutenir l'activité. Les autorités s'en tiennent, pour l'heure, à des mesures ciblées et des déclarations d'intention à l'égard du secteur privé, sans résultats probants.

« Les décideurs n'ont aucune idée de la manière d'augmenter les revenus des ménages », constatent les analystes du cabinet Trivium, spécialisé dans l'économie chinoise, le fond du problème, selon eux.

Pékin a en effet tiré les leçons du colossal plan de relance de 2008 après la crise financière mondiale. Un total de 4.000 milliards de yuans (506 milliards d'euros au taux actuel) avaient été investis pour stimuler l'activité. Si ces mesures avaient permis de développer considérablement les infrastructures (routes, aéroports, lignes TGV...), elles avaient aussi conduit à multiplier les projets inutiles et à creuser l'endettement par une mauvaise allocation des ressources.

Aussi, aujourd'hui, Pékin, qui doit d'assainir ses finances, préfère des mesures ciblées à un plan de relance massif et coûteux, remarque l'économiste Larry Hu, de la banque d'investissement Macquarie, cité par l'AFP. Par exemple, le pouvoir a dévoilé en juillet des mesures pour stimuler l'achat d'électroménager et de véhicules électriques. Mais les nouveaux chiffres décevants de mercredi risquent de « mettre la pression » sur le gouvernement pour reconsidérer cela, suppose l'économiste Zhiwei Zhang, de Pinpoint Asset Management.

« Ces chiffres sont mauvais mais le sont-ils suffisamment pour pousser Pékin à prendre immédiatement de nouvelles mesures? », s'interroge pour sa part avec scepticisme l'analyste Tim Waterer, pour le courtier KCM Trade.

En attendant, la Chine aurait ordonné à ses économistes de ne pas rapporter de nouvelles trop alarmistes, en particulier sur la déflation, croit savoir le quotidien britannique des affaires Financial Times, traduisant les interrogations sans réponses concrètes pour le moment des dirigeants chinois.

(avec agences)

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Commentaires 5
à écrit le 09/08/2023 à 19:31
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C'est comme chez nous, les Chinois s'apauvrissent et ils ne peuvent plus acheter la pléthore de produits ( inutiles et trop diuvent de pietre qualité) que fabriquent leurs usines. Quant à espérer acheter un bien immobilier, le rêve s'envole en même t...

à écrit le 09/08/2023 à 13:16
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(2-2)Suite...: L'incongruité de la "Supply side economics" est de taille et la Chine l'a répliquée à sa sauce. Comprenons bien que l'économie de l'offre raisonne comme si les entreprises employaient les gens tant qu'ils sont disponibles et non pas ta...

à écrit le 09/08/2023 à 12:56
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(1-2) Enfin vous vous êtes penché sur l'Empire du milieu👏Maintenant que l'excédent de production est écoulé - alors que la demande mondiale à l'égard de la Chine s'estompe sur le fond d'une dé-globalisation - la Chine se réveille en toussant ses nomb...

à écrit le 09/08/2023 à 11:45
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La Chine entre peut-être en récession mais elle doit corriger les excès des 20 dernières années et tout particulièrement dans l’immobilier,secteur qui inflate à terme tout le reste de l’économie.On pourrait ajouter les capacités de productions,les va...

à écrit le 09/08/2023 à 10:33
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Oui mais les banques européennes vont mieux elles peuvent continuer de gaver leurs paradis fiscaux sans problème. Ils ont eu peur hein !? L'empire des faibles et des détraqués.

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